Portrait Élections régionales : "macroniste" pour les uns, "insoumis" pour les autres... Matthieu Orphelin, l’écolo qui pourrait conquérir les Pays de la Loire

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Matthieu Orphelin, candidat aux élections régionales dans les Pays de la Loire, le 22 juin 2021. (ROBIN PRUDENT / FRANCEINFO)

L'ancien député LREM est à la tête d'un large rassemblement de gauche pour le second tour des élections régionales. Mais lui n'est encarté dans aucun parti. Un positionnement atypique qu'il compte bien mettre à profit pour battre la droite.

Un tee-shirt vert par dessus une chemise bleu clair. Sur le parking du Géant Casino d'Angers, mardi 22 juin, Matthieu Orphelin tente une drôle de combinaison stylistique. Pas de quoi surprendre ses colistiers aux élections régionales qui l'entourent. L'écologiste aime mélanger les nuances politiques. Après un bref passage à La République en marche (de 2017 à 2019), le quadragénaire aux cheveux poivre et sel part à la conquête des Pays de la Loire sous les couleurs d'Europe Ecologie-Les Verts, du Parti socialiste et même de La France insoumise.

Matthieu Orphelin, candidat aux régionales, à Angers, le 22 juin 2021. (ROBIN PRUDENT / FRANCEINFO)

"Vous avez un parcours, quand même…" souffle une septagénaire venu à sa rencontre, sac de courses dans les bras. La dame aux cheveux blanc et foulard multicolore pose sa main sur sa gorge : "Le passage à En marche !, il me reste là…" lâche-t-elle en fixant le candidat unique de la gauche. "Je suis parti le premier !" rétorque-t-il, pas très à l'aise. Il le sait : son parcours politique sinueux pèse parfois comme un boulet. Mais il pourrait aussi être la clé d'une première victoire écologiste dans une région française dimanche 27 juin.

"J'étais chiant à l'époque"

Le parcours politique atypique de Matthieu Orphelin commence dans cette même ville d'Angers. Si le candidat est né à Saint-Nazaire, puis a fait ses études d'ingénieur à l'Ecole centrale de Nantes et aux Mines de Paris, c'est dans la capitale du Maine-et-Loire qu'il débute sa carrière. En 2000, il intègre l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) et frotte sa fibre écolo à la réalité de terrain. La politique n'est pas loin. Elle le rattrape lors du Grenelle de l'environnement, en 2007, au cours duquel il pilote des travaux sur la transition écologique et rencontre un certain Yannick Jadot, alors directeur de campagne de Greenpeace.

Trois ans plus tard, l'ingénieur décide de s'engager pleinement en politique et devient le candidat d'Europe Ecologie-Les Verts aux élections régionales des Pays de la Loire. "La première fois que je l'ai croisé, il était déguisé en ours polaire dans mon bar", se remémore Arash Saidi, actuelle tête de liste aux régionales dans le Maine-et-Loire. A l'époque, ce dernier est un "simple militant" du Parti socialiste. Matthieu Orphelin, lui, a déjà ce goût pour les opérations de communication et pour le rassemblement de la gauche. Après une fusion avec la liste PS et une victoire au second tour, il est propulsé vice-président à l'éducation et à l'apprentissage sous la présidence de Jacques Auxiette.

Son passage laisse un goût mitigé à l'équipe en place. L'élu écolo est jeune et très dynamique. Trop, peut être ? "Il aime la lumière et faire savoir ce qu'il fait. Mon directeur de cabinet avait parfois du mal à le canaliser", souffle l'ancien président socialiste de la région à Ouest-France. Le principal intéressé ne s'en cache pas : "J'étais chiant à l'époque, j'avais la fougue. Alors, on s'est chicanés", reconnaît-il en souriant.

"Il se faisait remarquer pour son indépendance"

Pendant ce mandat, Matthieu Orphelin va aussi s'engager auprès de celui qui va devenir un mentor : Nicolas Hulot. Le conseiller régional l'accompagne dans la primaire des écolos en vue de la présidentielle de 2012. Un échec cinglant. Alors, il quitte Europe Ecologie-Les Verts et devient porte-parole de la Fondation Hulot. En 2015, le vice-président de la région ne rempile pas. Il se dirige plutôt vers un nouveau mouvement lancé quelques mois plus tard, En marche !, mené par Emmanuel Macron. Sa manière de casser les codes de la politique plaît à l'écologiste... jusqu'à se présenter sous la bannière présidentielle lors des élections législatives. Au printemps 2017, il est élu député LREM du Maine-et-Loire et Nicolas Hulot est nommé ministre de la Transition écologique.

A peine arrivé sur les bancs de l'Assemblée nationale, le nouvel élu se distingue rapidement des députés très obéissants. "A la première réunion de groupe de La République en marche, c'est lui qui a pris la parole en premier après Richard Ferrand", se remémore Cédric Villani, ex-député LREM et soutien de Matthieu Orphelin. "Il suggérait qu'on puisse déposer des amendements co-signés avec des députés d'autres groupes, ce qui a été refusé sans ménagement par Richard Ferrand. Il se faisait déjà remarquer pour son indépendance", se rappelle avec malice le mathématicien.

"On s'est rendu compte qu'on était un peu plus à gauche que la majorité de nos collègues."

Paula Forteza, ex-députée LREM

à franceinfo

Rapidement, l'écolo "Macron-compatible" lance tout de même des ponts transpartisans. C'est le cas avec Accélérons, un collectif qui rassemble quelque 160 députés de tous bords autour de la transition écologique. Mais malgré ses tentatives, le médiatique député est de plus en plus mal à l'aise avec la politique menée par l'exécutif et la discipline de groupe. Quelques mois après le départ de Nicolas Hulot, il suit son mentor en claquant la porte du groupe LREM à l'Assemblée. "Nous ne nous donnons plus les moyens de tenir nos engagements", écrit-il à ses collègues.

Pas question, pour autant, de disparaître des radars. A peine parti, Matthieu Orphelin s'attèle à monter un nouveau groupe parlementaire. Mais il faut trouver 14 autre députés volontaires. En mai 2020, ils seront finalement 17 à lancer le groupe Ecologie démocratie solidarité. "Matthieu a fait preuve de capacité à créer un collectif, à l'animer, à donner de l'enthousiasme", se rappelle l'un des fondateurs, Hubert Julien-Laferrière. Mais l'expérience ne dure pas. Le départ de trois députés en cinq mois précipite la fin du groupe. "Ça a été une expérience courte, mais très intense", raconte l'ancienne co-présidente, Paula Forteza.

"Je me suis trompé et on m'a trompé"

En parallèle de ses activités à l'Assemblée, l'élu du Maine-et-Loire n'oublie pas ses terres de prédilection. Petit à petit, il sème des cailloux en vue d'une possible candidature aux régionales dans les Pays de la Loire. On l'aperçoit notamment aux journées d'été des écologistes, pas rancuniers, en 2020. "Sur son passage chez LREM, il disait : 'Je me suis trompé et on m'a trompé'", se remémore Arash Saidi, proche de Benoît Hamon. "C'est rare de reconnaître ses erreurs pour un politique."

Matthieu Orphelin, candidat aux régionales, à Angers, le 22 juin 2021. (ROBIN PRUDENT / FRANCEINFO)

Une fois le mea culpa accepté, les écologistes donnent leur soutien à Matthieu Orphelin pour les régionales. Mais ce dernier ne veut pas se contenter d'un seul logo. Il entame des discussions avec de nombreuses formations. Si ça coince avec le socialiste Guillaume Garot, La France insoumise soutient la candidature de l'ancien député LREM. "Si on m'avait dit que La France insoumise ferait alliance avec EELV dans les Pays de la Loire, je n'y aurais pas cru. Et avec Matthieu Orphelin, encore moins !", reconnaît l'insoumis local, Matthias Tavel, à Mediapart.

"Un opportuniste qui s'est rallié aux extrêmes"

Cette attelage atypique fait grincer des dents. Quelques militants "insoumis" du coin bombardent le comité électoral de courriers d'indignation. Mais c'est surtout à droite que la charge est lourde. La présidente sortante de la région, Christelle Morançais (Les Républicains), dénonce l'"alliance de la honte avec Jean-Luc Mélenchon". "Penser que les clés de la région peuvent être remises à des 'insoumis' me fait froid dans le dos", renchérit Franck Louvrier, maire LR de La Baule et colistier de Christelle Morançais.

"Il a un double-discours, en essayant de se notabiliser et en faisant alliance avec l'extrême gauche. C'est un peu Docteur Jekyll et de Mister Hyde."

Franck Louvrier, maire LR de La Baule

à franceinfo

La droite n'est pas la seule à critiquer le soutien de LFI à Matthieu Orphelin. Les tacles viennent aussi de son ancien collègue à l'Assemblée nationale, lui même passé par Europe Ecologie-Les Verts, François de Rugy. La tête de liste LREM dans les Pays de la Loire assure que "si la liste composée de membres d'EELV et de LFI gagne, leur politique anti-nouvelles technologies et anti-entreprises pourrait demain se déployer au conseil régional". Certains sont encore plus explicites : "C'est un opportuniste qui s'est rallié aux extrêmes", assure Eric Fremy, candidat LREM dans la région.

Toutes ces critiques font sourire le candidat écologiste. "'Orphelin mélenchoniste ?', ça fait rire tout le monde ici, les gens me connaissent. Imaginer les chars russes débarquer devant le conseil régional... Soyons sérieux !" réplique l'ex-député LREM, à l'aise dans son costume bleu et bottines en cuir noir, sur le parvis de la gare d'Angers. Il faut dire que le candidat était plutôt habitué à d'autres invectives : "Toute ma vie, on m'a dit que j'étais trop à droite, trop au centre pour être écolo", explique-t-il, entre deux tracts distribués.

La gauche rassemblée

Son positionnement atypique a finalement convaincu bon nombre d'électeurs qui l'ont placé en deuxième position lors du premier tour des élections régionales, dimanche 20 juin. L'occasion d'élargir encore un peu plus la liste de ses soutiens avec le ralliement, dès l'annonce des résultats, du socialiste Guillaume Garot. "On a eu tous les deux des beaux scores et on avait des projets compatibles", se félicite Matthieu Orphelin.

"Ses opposants de droite disent que c'est un gauchiste parce qu'il est soutenu par La France insoumise et ses opposants de gauche disent qu'il est de droite parce qu'il est soutenu par un 'macroniste' comme Villani."

Cédric Villani, ex-député LREM

à franceinfo

Face au flot de critiques, ses partisans y voient plutôt le signe d'une déstabilisation de leurs adversaires, à quelques jours d'un second tour qui s'annonce serré et qui pourrait bien voir basculer une première région française aux mains des écologistes. En attendant le verdict des urnes, le candidat unique de la gauche, qui n'est encarté dans aucun parti, savoure le fruit de son parcours politique sinueux : "On va avoir 20 logos sur nos nouvelles affiches ! se félicite-t-il. Le plus grand rassemblement de gauche du pays, c'est ici."

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