Élections régionales : Jean-Michel Blanquer "réticent" à mener la liste LREM en Île-de-France

Selon les informations de franceinfo, le ministre de l'Éducation nationale a fait part de ses réserves à Emmanuel Macron.

Article rédigé par
Jean-Jérôme Bertolus - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Le ministre de l'Education nationale, de la Jeunesse et des Sports, Jean-Michel Blanquer, quitte l'Elysée le 13 janvier 2021. (LUDOVIC MARIN / AFP)

"Jean-Michel Blanquer avait l’ambition d’entrer en politique", souligne un proche Emmanuel Macron, d’écrire une autre histoire que celle du "recteur de l’académie de Créteil devenu ministre de l’Éducation". Dans l’entourage de Jean-Michel Blanquer, on confirme une telle ambition, marquée par la volonté de passer un jour ou l’autre par le suffrage universel. Mais pas lors des prochaines élections régionales.

Selon nos informations, lundi soir, le ministre de l'Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports s’est entretenu avec le chef de l'État. Il lui a fait part de ses doutes, de "ses réticences" à prendre la tête de la liste de la majorité en Île-de-France.

C'est "quasiment un non", selon un fidèle d’Emmanuel Macron, très agacé par ce revirement. Ces dernières heures, au sein du comité électoral de la majorité, qui réunit une centaine d’élus d’Île-de-France, les échanges sur WhatsApp se sont enflammés. La majorité présidentielle va devoir en effet se résoudre à un "second choix comme porte-étendard" dans la principale région française, selon l’expression d’un élu de La République en marche. "Si on va aux régionales sous nos couleurs, ce sera la Bérézina. Si on veut garder des élus, il faut soutenir Valérie Pécresse dès le premier tour", tranche l’un des leaders de la majorité présidentielle.

Une situation délicate en cas de défaite

"Aller au casse-pipe au premier tour pour faire plaisir à Macron, puis se retrouver contraint au deuxième tour de jouer le chevalier blanc de Valérie Pécresse n’amusait pas nécessairement Jean-Michel Blanquer", observe un élu de poids du comité électoral de la majorité. D’autant qu’en cas d’échec de la conquête de la région, Jean-Michel Blanquer pourrait-il conserver ses responsabilités ministérielles ? Même si Emmanuel Macron le lui permettait, "il n’est pas certain que les syndicats ne lui fassent pas payer son écart", observe un familier du ministère.

Jean-Michel Blanquer était considéré jusqu'à présent comme un bon élève de La République en marche. Chaque lundi, il mettait un point d’orgueil à participer au bureau exécutif du mouvement. "Il a pris sa carte dès 2017 et il n’avait jamais été encarté ailleurs. Il joue collectif", assure son entourage. Mais cette fois, les pressions amicales n’auront pas suffi. Y compris au sein du gouvernement, de la part de ceux qui se réjouissaient par avance de voir Jean-Michel Blanquer jouer au kamikaze en Île-de-France.

L'énorme défi de la crise sanitaire à gérer

Il y a bien sûr le poids de la crise sanitaire liée au Covid-19. Sa réforme du bac, qui doit s’appliquer au printemps prochain est déjà menacée par la nécessité de contrôles en présentiel. "Jean-Michel Blanquer veut surveiller la mise en œuvre de sa réforme comme le lait sur le feu", souligne l’un de ses proches. Difficile de faire campagne dans ces conditions. Un œil sur les nouveaux cas de contamination à l’école, un autre sur les intentions de vote. Comment délaisser l’Éducation nationale en plein danger ? L’échec retentissant d’Agnès Buzyn, qui abandonna le ministère de la Santé pour la conquête de Paris en pleine montée de l’épidémie est encore dans toutes les têtes. Comme son effacement de la scène nationale.

Aujourd’hui, Jean-Michel Blanquer apparaît plus que jamais en fusion avec son ministère. En privé, il explique que "2020 aura vu les retrouvailles de la France et de son école". Il vante par exemple, "l’avantage comparatif" acquis par la France en matière d’éducation, compte tenu de la volonté de l’exécutif d’éviter une fermeture de l’école. "Le Covid est une catastrophe mondiale au plan sanitaire et au plan éducatif. L’histoire du XXe siècle, c’était la progression de l’éducation".

Contrairement à mars dernier, au plus haut sommet de l'exécutif, on a compris l’importance de garder les écoles ouvertes le plus longtemps possible. "L’éducation n’est plus une variable d’ajustement", confirme-t-on rue de Grenelle. À Matignon, le Premier ministre ne cache pas sa "fierté" d’avoir évité jusqu’à présent la fermeture des écoles. Mais Jean-Michel Blanquer veut rester vigilant. Bien campé dans son ministère.

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