Vote par anticipation pour la présidentielle : un "Opni, objet politique non-identifié" amené "d'un seul coup", dénonce le sénateur centriste Hervé Marseille

Le président du groupe Union centriste au Sénat s'agace mercredi de l'amendement déposé mardi matin par le gouvernement au Sénat qui propose un "vote par anticipation" sur des machines à voter, pour la prochaine élection présidentielle.

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Radio France
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Hervé Marseille, à Paris, le 21 octobre 2020. (LUDOVIC MARIN / AFP)

"D'un seul coup, on vous amène un texte, une espèce d'Ovni, ou plutôt un Opni, un objet parlementaire non identifié", déclare mercredi 17 février Hervé Marseille, sénateur des Hauts-de-Seine et président du groupe Union centriste au Sénat, au sujet de l'amendement déposé mardi matin par le gouvernement au Sénat prévoyant un "vote par anticipation" sur des machines à voter lors de la prochaine élection présidentielle. Le sénateur s'agace de n'avoir été prévenu de ce projet du gouvernement que par un "coup de fil avant-hier soir" alors que la commission des lois du Sénat va devoir l'examiner mercredi. 

franceinfo : Comment accueillez-vous cette idée d'un vote par anticipation, qui fait l'objet d'un amendement ajouté à un texte technique déjà passé par l'Assemblée nationale le mois dernier ?

Hervé Marseille : Il y a un problème de forme, Dans ce pays, le Parlement est traité comme un accessoire. On nous prévient sur un coup de fil avant-hier soir, on dépose un amendement hier matin, et aujourd'hui on va regarder en commission des lois cet amendement. L'Assemblée nationale a déjà discuté le texte, a refusé d'ailleurs le vote par correspondance, a refusé la double procuration, le fait d'avoir deux procurations pour voter, ce qui a marché aux élections municipales. Et puis, d'un seul coup, on vous amène un texte, une espèce d'Ovni, ou plutôt un Opni, un objet parlementaire non identifié, on ne sait pas d'où ça sort, on ne sait pas à quoi ça sert. On vous dit : vous allez peut être pouvoir voter par anticipation pour les élections présidentielles, quelques jours avant la date du vote vous pourrez aller quelque part. On ne sait pas où, mais il faudra plusieurs sites dans un département et il faudra vous inscrire pour prévenir que vous allez voter par anticipation. Et puis, vous irez voter trois jours avant, autant faire une procuration. On se demande à quoi ça sert. Il va falloir acheter des machines. Il va falloir organiser des bureaux de vote, gérer tout ça, on ne sait rien de la façon dont tout ça va s'organiser.

On croit comprendre que le gouvernement veut instaurer ce vote par anticipation pour renforcer la participation aux élections, non ?

Oui, mais il y a d'autres moyens de renforcer la participation. Déjà si on veut que les gens aillent voter, il faut leur redonner le goût du vote. S'ils ne vont pas voter, c'est qu'ils ont le sentiment que ça ne sert pas à grand-chose, peut-être que la proportionnelle dont on parle est une façon de ramener les gens aux urnes pour dire : votre vote sert à quelque chose. Là, on vous annonce par un amendement qui arrive de je ne sais où, que vous allez pouvoir voter par anticipation, sans qu'on en ait discuté, sans qu'on sache comment ça va s'organiser. Tout ça va coûter de l'argent et on se demande vraiment à quoi ça va servir.

Sur le fond, quel est le risque de ce projet ? Vous vous dites qu'il y a un risque de fraude ?

Oui. J'ajoute que sur ces affaires de machines à voter, ce qui est cocasse, c'est que le gouvernement depuis 2008 a organisé un moratoire sur les machines à voter. On ne peut plus, dans les communes où il y a déjà des machines à voter, avoir de nouvelles machines, les changer, ce qui pose un problème parce qu'elles sont souvent obsolètes, et pour d'autres communes on ne peut pas avoir l'installation de nouvelles machines. Alors d'un côté on interdit les nouvelles machines et de l'autre on nous dit on va mettre des machines à voter pour un vote par anticipation. Il faudrait que tout ça fasse l'objet d'un débat, que ça soit un peu organisé et qu'on ne fasse pas tout le contraire de ce qu'on veut faire. Le vote par procuration, le vote par correspondance, voire un vote électronique, ça peut se discuter. Il faut avoir une discussion globale. On ne peut pas avoir des discussions comme ça, segmentées, il faut avoir un débat sur la façon dont les gens peuvent voter. Et je pense que la proportionnelle fait partie de ce débat. Et on ne peut pas, du jour au lendemain voir l'exécutif envoyer des amendements sans même qu'on sache d'où ça vient, à quoi ça sert. C'est la raison pour laquelle il y a de fortes que cet amendement soit rejeté par la majorité sénatoriale. Il faudrait peut-être que dans ce pays, on tienne davantage compte du Parlement et qu'on utilise le Parlement à bon escient, plutôt de considérer qu'il y a un exécutif qui décide et un Parlement qui n'a vocation à approuver.

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