Présidentielle 2022 : Bertrand, Pécresse, Barnier... Quel candidat les parlementaires LR soutiennent-ils ?

Nous avons posé la même question à ces 259 élus Les Républicains : "Avez-vous, à ce stade, une préférence parmi les six candidats de droite déclarés à la présidentielle ?"

Article rédigé par
Julien Nény - franceinfo
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 5 min.
 Xavier Bertrand, le 20 août 2021, à Livron-sur-Drôme (Drôme). (NICOLAS GUYONNET / HANS LUCAS / AFP)

Si Les Républicains s'écharpent encore pour savoir comment choisir leur candidat pour 2022, ils connaissent au moins le casting des prétendants. Ils sont six : Xavier Bertrand, Valérie Pécresse, Michel Barnier, Eric Ciotti, Philippe Juvin et Denis Payre. Pour faire pencher la balance en leur faveur, ces candidats se sont lancés dans un discret travail de fourmi : tenter de convaincre, un à un, les 259 parlementaires LR, à l'Assemblée nationale, au Sénat et au Parlement européen.

"Ils me font tous la danse du ventre ! s'esclaffe un député indécis. Je n'ai jamais eu autant d'amis." Avant les journées parlementaires Les Républicains, qui débutent jeudi 9 septembre à Nîmes (Gard), nous avons posé la même question à ces élus : "Avez-vous, à ce stade, une préférence parmi les six candidats de droite déclarés à la présidentielle ?" Parmi eux, 224 nous ont répondu.

Xavier Bertrand a une longueur d'avance

Aucun candidat n'a, à ce jour, révélé le nombre de ses soutiens parlementaires. Alors, comme l'avait entrepris RTL le 3 septembre à l'Assemblée nationale, nous avons contacté chacun des 104 députés LR, ainsi que les 147 sénateurs et 8 eurodéputés membres du parti (ou apparentés) pour connaître leurs préférences. Certains ont déjà déclaré publiquement leur choix. D'autres ont souhaité rester anonymes. Un sénateur a préféré répondre "Emmanuel Macron" à notre question et un autre… "Eric Zemmour".

Premier enseignement de notre enquête : avec 52 soutiens parlementaires chez LR, Xavier Bertrand arrive assez nettement en tête. Vingt-six députés (dont le président du groupe, Damien Abad) et autant de sénateurs souhaitent que le président des Hauts-de-France soit le candidat de la droite en 2022. "C'est pour moi le candidat qui permettra de réunir la droite et le centre", justifie un sénateur, quand un autre nous explique que "le pragmatisme" le conduit à "soutenir le plus proche de la zone de qualification pour le second tour". "C'est Xavier Bertrand qui peut nous faire gagner", résume un député.

"C'est satisfaisant", se félicite Jean-François Rapin, sénateur du Pas-de-Calais et "recruteur en chef" de Xavier Bertrand au Sénat. "Ces résultats consolident ce que montrent les sondages. Et encore, nous avons aussi avec nous une dizaine de parlementaires centristes et indépendants."

Lancé le premier dans la course à l'Elysée le 25 mars dernier, l'ancien maire de Saint-Quentin (Aisne), le seul à refuser de participer à une primaire, tisse son réseau d'élus avec méthode. "Il m'a reçu trois fois en tête-à-tête, parfois pendant 1h30 dans son bureau, témoigne ce député converti à Xavier Bertrand. Il m'a promis que ma ligne politique serait écoutée et que j'aurais un rôle à jouer. Je ne suis pas un perdreau de l'année, mais il a fini par me convaincre."

Michel Barnier d'un cheveu devant Valérie Pécresse

C'est peut-être la principale surprise de notre recensement, mis en regard avec les sondages. L'ancien négociateur du Brexit, Michel Barnier, est soutenu à ce stade par 41 parlementaires LR (18 députés, 22 sénateurs et un eurodéputé), un de plus que Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France (12 députés, 25 sénateurs, trois eurodéputés).

Pour expliquer cette "percée Barnier", selon le mot du député François Cornut-Gentille, l'un de ses premiers soutiens, un argument revient souvent : la fidélité au parti. A l'inverse de Xavier Bertrand et Valérie Pécresse, Michel Barnier est toujours membre des Républicains. "C'est devenu le critère le plus important pour moi, confie une sénatrice. Avoir une colonne vertébrale qui tienne la route, sans ces yo-yo permanents qui embrouillent les électeurs."

Plusieurs parlementaires nous ont aussi révélé avoir "basculé" vers Michel Barnier après le choix de Laurent Wauquiez et Bruno Retailleau de ne pas être candidats, même si ces deux ténors du parti n'ont pas (encore) donné de consigne de vote. "C'est une super bonne nouvelle", s'enthousiasme la députée de Paris Brigitte Kuster, fidèle soutien de l'ancien ministre de Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy.

"Il y a une petite musique Barnier qui s'installe et que beaucoup n'avaient pas vue venir."

Brigitte Kuster, députée de Paris

à France Télévisions

Loin d'être distancée, Valérie Pécresse a su elle aussi convaincre de nombreux parlementaires. "Elle a fait le job en Ile-de-France, notamment au plus fort de la crise sanitaire", justifie une sénatrice francilienne. "Elle sait écouter, qualité rare, et je sais par expérience combien c'est difficile pour une femme en politique lorsqu'elle bosse bien", détaille cette parlementaire qui a fait son choix récemment.

L'entourage de Valérie Pécresse tente sans surprise de minimiser l'impact de cette troisième place dans notre recensement. "Il n'y a ni inquiétude ni déception, réagit Vincent Jeanbrun, maire de L'Haÿ-les-Roses (Val-de-Marne) et l'un des recruteurs de l'ancienne ministre de l'Enseignement supérieur auprès des parlementaires. On est en campagne depuis un mois et demi quand Xavier Bertrand laboure le terrain depuis deux ans. Les soutiens de Michel Barnier nous rejoindront à la fin si Valérie est désignée candidate. Mais comptez sur nous pour rattraper notre retard dans le camp des indécis."

Encore beaucoup d'indécis

C'est le dernier enseignement important de notre enquête. A sept mois du premier tour de l'élection présidentielle, 37% des parlementaires qui nous ont répondu sont encore indécis, soit 84 d'entre eux.

Première explication : le brouillard le plus total chez Les Républicains pour choisir la méthode de sélection. "J'attends le congrès du 25 septembre et le vote des militants LR pour savoir si oui ou non nous nous orientons vers une primaire, précise une sénatrice francilienne. Je me rangerai sans état d'âme derrière celle ou celui qui sera en tête dans les sondages ou de la primaire."

Pour de nombreux autres parlementaires, ce refus de choisir s'explique aussi par une forme de lassitude. "Qu'ils se débrouillent pour se mettre d'accord et qu'à la fin il n'y en ait qu'un ! s'agace ce sénateur hostile à la primaire. Peu importe qui sortira du chapeau, du moment qu'il puisse nous faire gagner."

Les journées parlementaires des Républicains, à Nîmes, permettront peut-être à ces indécis d'y voir plus clair : cinq candidats (seul Denis Payre n'a pas été convié) y défileront jusqu'à demain pour exposer leurs projets aux députés présents. Et à n'en pas douter, s'entretenir discrètement avec eux pour espérer les rallier à leur cause.

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