Débat de la présidentielle : "Le Pen et Mélenchon se déploient, Fillon se remet en selle"

Invité de franceinfo, au lendemain du débat avec cinq des candidats à la présidentielle, le politologue Stéphane Rozès juge leur prestation. Il distribue des bons points à Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen et François Fillon.

Cinq des candidats à l\'élection présidentielle – François Fillon, Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen et Benoît Hamon – sur le plateau de TF1, le 20 mars 2017.
Cinq des candidats à l'élection présidentielle – François Fillon, Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen et Benoît Hamon – sur le plateau de TF1, le 20 mars 2017. (PATRICK KOVARIK / AFP)

Au lendemain du débat inédit opposant cinq des onze candidats à la présidentielle, le politologue Stéphane Rozès a estimé, sur franceinfo mardi 21 mars, que Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon avaient réussi une bonne prestation, tandis que François Fillon avait pu se relancer, étant relativement épargné par les remarques sur les affaires judiciaires, qui ont été peu mises en avant. Une posture qui n'aurait pas été possible dans un pays anglo-saxon, relève aussi le président de la société de conseil Cap.

franceinfo : L'indécision des Français est encore forte. Ce débat a-t-il permis selon vous aux indécis de faire un choix définitif entre les différents candidats?

Stéphane Rozès : Non, certainement pas. Traditionnellement environ 15% [des électeurs, NDLR] se déterminent le jour même de l'élection. Pour cette présidentielle, les sondeurs indiquent que cela va être encore plus massif. Jamais dans une présidentielle il y a eu une appétence aussi importante d'aller voter consécutive à une indécision. Le pays a le sentiment, après les quinquennats Sarkozy et Hollande, de jouer une question existentielle. Pour l'heure, Marine Le Pen et Emmanuel Macron rajoutent au clivage gauche/droite de nature sociale un clivage plus existentiel. Emmanuel Macron dit : 'pour s'en sortir, pour survivre, il faut se mettre en mouvement dans l'Europe'. Marine Le Pen dit : 'non, repli et souverainisme, nous devons décider de tout. Ce n'est pas aux étrangers de décider à la place du peuple français."

Comment jugez-vous la prestation des candidats lors de ce débat?

Les Français attendent à la fois un projet et son incarnation. D'un certain point de vue, celle qui était la plus à l'aise dans l'articulation entre les questions culturelles, politiques et économique, c'était Marine Le Pen. Elle a pu se déployer et faire revivre le souverainisme de l'extrême droite traditionnelle. Jean-Luc Mélenchon est également un tribun. On sent qu'il a l'habitude de parler sur des places et dans des amphithéâtres. Il a fait une bonne prestation formelle. François Fillon lui a pu se remettre en selle parce que nous ne sommes pas les États-Unis, et que les affaires ont occupé une place assez peu importante dans ce débat.

Comment expliquer justement que ces affaires judiciaires, très présentes lors des huit premières semaines de la campagne, soient passées lundi soir au second plan ?

Le peuple français n'est pas le peuple américain. Pour les Américains, la morale est au-dessus de la politique, et donc elle doit indiquer ce que va être l'homme politique et son projet. En France, dans une présidentielle, on n'attaque pas son adversaire. On est dans une verticalité, un lien direct avec le pays. On aurait été dans un pays anglo-saxon, on aurait passé un temps infini sur les différentes affaires concernant François Fillon et les affaires concernant le Front National.

Emmanuel Macron a été pris à partie par Marine Le Pen, qui a semblé vouloir en faire son principal adversaire. Comment s'en est-il sorti ?

Emmanuel Macron, c'était sa première passe d'armes. Il a joué plutôt le sérieux, le pragmatisme, le refus du dogmatisme, et s'est dit souvent d'accord avec les autres. Le problème, c'est qu'on attend pas de lui qu'il se définisse par rapport aux autres, mais par rapport au chemin qui est le sien.

Débat présidentiel : "Le Pen et Mélenchon se déploient, Fillon se remet en selle", analyse le politologue Stéphane Rozès
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