Municipales : pourquoi le FN réalise une poussée

C'est un des enseignements majeurs du premier tour : avec 472 conseillers municipaux d'ores et déjà élus, et des listes dans 315 villes au second tour, selon le Front national, le parti réussit une percée. Explications.

Florian Philippot, vice-président du Front national, le 24 mars 2014 à Nanterre (Hauts-de-Seine). Il est arrivé en tête lors du premier tour des élections municipales à Forbach (Moselle), où il est candidat.
Florian Philippot, vice-président du Front national, le 24 mars 2014 à Nanterre (Hauts-de-Seine). Il est arrivé en tête lors du premier tour des élections municipales à Forbach (Moselle), où il est candidat. (MIGUEL MEDINA / AFP)

Ils ont le sourire scotché aux lèvres : les dirigeants du Front national savourent, lundi 24 mars, les résultats du premier tour des élections municipales. Leur parti a d'ores et déjà gagné 472 conseillers municipaux, et sera présent dans 315 villes au second tour, selon Florian Philippot, numéro deux de la formation. Le parti d'extrême droite réalise ainsi des scores au-delà de ses espérances. Comment expliquer une telle poussée du FN ? Francetv info liste des éléments de réponse.

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Parce que son enracinement local est réussi

Depuis l'élection de Marine Le Pen à la tête du Front national, le parti s'est déployé sur la totalité du territoire. Il a semé ses idées, et ses militants avec. Aujourd'hui, il récolte. "Les résultats de dimanche sont le fruit de l'implantation locale du FN, lente mais certaine, analyse Jean-Yves Camus, politologue spécialiste de l'extrême droite, contacté par francetv info. Tous ces candidats ont eu le temps de se construire une image locale."

"Le FN retrouve la place qu'il occupait dans les années 90, lorsqu'il avait atteint son apogée", poursuit Jean-Yves Camus. Lors des élections municipales de 1995, le parti, alors dirigé par Jean-Marie Le Pen, avait effectué une percée dans la France urbaine et emporté l'élection à Toulon, Marignane et Orange.

Les exemples. La victoire de Steeve Briois à Hénin-Beaumont dès le premier tour en est l'illustration parfaite. Conseiller municipal de cette ville du Pas-de-Calais depuis 1995, il a été nommé secrétaire général du parti par Marine Le Pen en 2011. Aujourd'hui, il remporte le scrutin avec 50,26% des suffrages, devant le maire sortant divers gauche. "Sa victoire était attendue. Mais sa performance est une surprise", juge Jean-Yves Camus.

A Marseille aussi, l'ancrage local paye. Entré au FN à 16 ans, aujourd'hui patron du parti dans les Bouches-du-Rhône, Stéphane Ravier arrive en deuxième position avec 23,16%, derrière le maire sortant, l'UMP Jean-Claude Gaudin, mais devant le candidat socialiste Patrick Mennucci. En 2008, Stéphane Ravier avait recueilli 9%. La stratégie fonctionne aussi à Beaucaire, dans le Gard, où Julien Sanchez devance les autres candidats avec 32,84% des suffrages. Agé de 30 ans, il a pris sa carte au FN en 2000. Conseiller régional du Languedoc-Roussillon, il s'est déjà présenté à neuf élections sous les couleurs du Front national.

Parce que les jeunes sont formés et les cadres boostés

Réunir jeunes candidats et têtes de liste chevronnées, c'est l'une des forces du parti. "Parmi les candidats, il y a des militants et des cadres. Marine Le Pen a réussi son pari de rassembler, au sein du même parti, des personnes qui ne sont pas destinées à s'entendre. C'est sa marque de fabrique au sein du Front national", souligne Jean-Yves Camus.

L'implantation locale est surtout payante pour les jeunes militants en tête de liste, sur lesquels le parti a misé. "Pour cette génération qui émerge, le plus intéressant était de faire campagne. Ensuite, ils auront tout le temps d'améliorer leur performance, car ils sont jeunes, voire très jeunes, explique Jean-Yves Camus. Le FN met des candidats sur orbite : ceux qui ne seront pas élus dimanche prochain [le 30 mars, au second tour] prennent date pour plus tard."

Les exemples. A 24 ans, Etienne Bousquet-Cassagne a recueilli 26,01% des voix à Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne). Il arrive en deuxième position derrière le maire sortant, le socialiste Patrick Cassany (28,65%). "C'est impressionnant pour quelqu'un de moins de 30 ans. Il ne sera certainement pas élu maire, mais son résultat est un palier supplémentaire pour se maintenir lors de la prochaine élection", commente Jean-Yves Camus. A Fréjus (Var), David Rachline, 26 ans, fait encore mieux : il arrive en tête avec 40,3% des suffrages, loin devant les candidats UMP-UDI, divers droite et socialiste.

Parce que le FN est devenu un label politique

Implantation locale et formation des candidats justifient en grande partie le succès du Front national au premier tour des municipales, mais n'expliquent pas tout. Comment, par exemple, certains candidats parachutés ont-ils réussi à se placer en tête au premier tour ? "Ils sont investis du label FN. D'habitude, l'effet de marque des partis politiques joue plutôt pour les élections nationales. C'est plus rare pour les élections locales. Mais là, c'est le cas", répond Jean-Yves Camus, qui ajoute : "Cela signifie que le vote FN n'est pas seulement un vote de contestation, mais un vote durable."

Les exemples. Vice-président du Front national, Florian Philippot, parachuté à Forbach (Moselle) depuis les élections législatives de 2012, a obtenu 35,75% des voix et se place devant le maire socialiste sortant. A Avignon (Vaucluse), Philippe Lottiaux, le candidat frontiste, n'avait pas hésité à dire au "Petit journal" de Canal+ : "Je connais Avignon, pas plus que d'autres. J'y suis déjà venu régulièrement pour le festival." Dimanche, il a créé la surprise en arrivant en tête (29,63%).