Autopsie du vote FN à Hénin-Beaumont

Le candidat Bleu marine Steeve Briois remporte la mairie dès le premier tour, avec 50,26% des voix. Francetv info s'est penché sur les raisons de ce succès.

Steeve Briois (FN) a été élu maire d\'Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais) dès le premier tour des municipales, le 23 mars 2014.
Steeve Briois (FN) a été élu maire d'Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais) dès le premier tour des municipales, le 23 mars 2014. (DENIS CHARLET / AFP)

C'est un succès "spectaculaire", au point que Marine Le Pen a du mal à y croire. La victoire de Steeve Briois, élu maire d'Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), dimanche 23 mars, dès le premier tour des élections municipales, était "inespérée" pour le Front national.

En recueillant 50,26% des voix, le secrétaire général du FN offre à son parti une victoire historique dans cette ville d'environ 27 000 habitants d'habitude acquise à la gauche. Il ouvre ainsi une nouvelle étape dans entreprise de conquête frontiste du bassin minier. Comment expliquer ce succès ? Francetv info analyse les dessous de ce vote Bleu marine. 

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Une longue préparation du FN

Le Front national semble avoir fait de la patience son mot d'ordre. Le parti de Marine Le Pen s'échine depuis des années à s'implanter dans des zones stratégiques. Le cas Steeve Briois en est un bon exemple. Comme le rappelle Octave Nitkowski, auteur du livre Le Front national des villes & le Front national des champs, ce fils d'ouvrier et militant frontiste depuis ses 15 ans "se présente sous l'étiquette FN à chaque élection depuis 1995" 

Depuis, le conseiller municipal FN n'a eu de cesse de montrer "une grande intégrité, une grande proximité et une grande pugnacité", selon Marine Le Pen. Bref, "un trio gagnant" qui lui a permis de convaincre les électeurs, à force de tracts et de visites sur les marchés. La formule se décline aussi dans le Sud-Est, territoire enclin au vote FN. La présence du parti dans le secteur, depuis les années 90, lui permet de réaliser un joli score à Marseille. Le Front national se place juste derrière l'UMP et cloue au pilori le PS emmené par Patrick Mennucci.

Ce maillage territorial était voulu depuis longtemps. Pour l'achever, rien n'a été laissé au hasard. Dans le Pas-de-Calais, région-laboratoire du parti, les têtes de liste ont été choisies avec minutie, la communication des candidats calibrée, l'organisation bien réfléchie... Tout a été fait pour que le FN s'implante. Dès lors, "vous avez des personnalités identifiées qui peuvent commencer à s'enraciner localement, ouvrir une permanence, disposer de moyens et avoir accès aux débats municipaux", analyse Jérôme Fourquet, de l'Ifop, sur Europe1.

Un contexte économique favorable au parti

La situation économique de la région Nord-Pas-de-Calais a porté le vote FN, note le géographe Laurent Chalard, sur Le Plus. Il n'y a qu'à voir sa progression aux législatives dans les villes situées aux alentours d'Hénin-Beaumont, pour comprendre que le parti de Marine Le Pen est devenu une réponse crédible aux yeux de l'électorat ouvrier, miné par la désindustrialisation et le chômage.

( FRANCETV INFO )

Alors, les villes frontistes vont-elles se multiplier dans tout le Nord-Pas-de-Calais ? Pas tout à fait. La situation économique ne semble pas la seule explication à la réussite du FN à Hénin-Beaumont. Preuve en est qu'en dépit de ses efforts, le parti ne s'en sort bien que dans deux des huit villes convoitées dans la région.

Les listes frontistes se sont, en effet, inclinées face aux socialistes, dès le premier tour, à Oignies et Méricourt. A Dourges, Harnes, Billy-Montigny et Mazingarbe, le FN est en ballottage défavorable. Montigny-en-Gohelle est la seule autre ville du bassin minier que le parti peut espérer conquérir au second tour : Emmanuel Rignaux y termine en tête avec 28,86% des voix. Conquérir la région s'annonce donc ardu, tout comme l'Ouest, où le vote FN reste très en retrait après ce premier tour. A Quimper, Nantes, Morlaix ou encore Brest, le parti ne se qualifie pas pour le second tour. 

Des affaires qui ont dégoûté les électeurs

Pourquoi cette stratégie a-t-elle payé à Hénin-Beaumont ? L'explication se trouve du côté politique. Les difficultés du PS dans cette ancienne cité minière ont ouvert un boulevard au FN. Ce dernier a su profiter de la condamnation en première instance de l'ancien maire socialiste Gérard Dalongeville à trois ans de prison ferme, cinq ans d'inéligibilité et 50 000 euros d'amende pour détournement de fonds publics.

Les affaires ont accéléré sa progression, impressionnante au fil des élections municipales. Le bond de près de 20 points réalisé entre les municipales de 2008 et celles de 2009, provoquées par la révocation de Gérad Dalongeville, marque bien l'impact de cette affaire sur les électeurs. Cette année-là, Steeve Briois avait failli ravir la mairie au socialiste Daniel Duquenne, élu in extremis.

Pendant la campagne électorale à Hénin-Beaumont, le FN s'est fait un plaisir de rappeler ces casseroles. Dimanche sur France 2, Marine Le Pen a vertement recadré Najat Vallaud-Belkacem, la porte-parole du gouvernement, sur le sujet, jugeant que Steeve Briois "a contribué au grand nettoyage de [ses] amis, qui ont volé les pauvres (...)". Regard noir de la ministre et défense faiblarde. A la lumière des résultats, ce thème de campagne a fait mouche chez de nombreux habitants.