Municipales 2020 à Lyon : tout savoir des enjeux du scrutin, même après six ans sur Mars

Les électeurs de la région lyonnaise vont découvrir deux urnes en mars dans leur bureau de vote : une pour les municipales et une pour les élections métropolitaines.

La passerelle Saint-Georges et le quartier du Vieux Lyon, le 29 septembre 2019, à Lyon.
La passerelle Saint-Georges et le quartier du Vieux Lyon, le 29 septembre 2019, à Lyon. (JACQUES PIERRE / HEMIS.FR / AFP)

Des divisions internes, la poussée des écologistes et un scrutin qui complique le tout. Les élections à Lyon et dans la métropole lyonnaise, prévues les 15 et 22 mars, se révèlent un peu difficiles à suivre. Dans la troisième ville de France, capitale de la gastronomie et de la Résistance, le maire sortant Gérard Collomb vit une campagne plus ardue que prévu, en raison notamment d'une candidature dissidente issue de son propre camp. Franceinfo vous aide à y voir plus clair.

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Qui est le maire en place (et veut-il rester) ?

Le maire actuel n'est autre que Gérard Collomb, vous savez, l'ancien ministre de l'Intérieur qui a quitté le gouvernement en 2018 pour revenir dans son fief lyonnais. Le parrain en politique d'Emmanuel Macron ne se représente pas à la mairie de Lyon.

Gérard Collomb (à gauche) et David Kimelfeld lors de l\'inauguration de l\'institut de la Civilisation musulmane, le 19 septembre 2019 à Lyon.
Gérard Collomb (à gauche) et David Kimelfeld lors de l'inauguration de l'institut de la Civilisation musulmane, le 19 septembre 2019 à Lyon. (NICOLAS LIPONNE / NURPHOTO)

Investi par La République en marche, l'élu de 72 ans vise plus grand : il est candidat aux élections métropolitaines, un scrutin inédit pour l'agglomération. Il souhaite diriger une nouvelle collectivité territoriale créée en 2015 et devenue le principal lieu de pouvoir du territoire. Mais il va devoir jouer serré, car les divisions n'épargnent pas le camp LREM. Gérard Collomb va tenter de reprendre la présidence de la métropole à son ancien bras droit David Kimelfeld, qui présente une candidature dissidente.

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Par ailleurs, il a désigné un fidèle pour se présenter à sa succession à la mairie de Lyon avec l'étiquette LREM, l'ancien gymnaste Yann Cucherat, son actuel adjoint aux Sports. Mais là encore, une candidature dissidente vient troubler les plans du maire sortant. Georges Képénékian, actuel premier adjoint à la mairie, est candidat aux municipales. Les élections municipales et métropolitaines sont deux scrutins différents, mais les deux campagnes vont être menées de front autant par le camp Collomb que par ses opposants avec, au cœur des débats, le bilan de l'ancien ministre.

Qu'est-ce qu'on retient de son mandat ?

Gérard Collomb, maire depuis 2001, a profondément marqué la ville de son empreinte, de l'aveu même de certains membres de l'opposition. "On ne peut pas nier que Gérard Collomb a profondément transformé la ville. Dans la continuité des anciens maires Michel Noir et Raymond Barre, Lyon est devenue une métropole européenne", estime Etienne Blanc, candidat LR à Lyon. "Il a fait beaucoup pour le développement économique, l'attractivité", se félicite aussi Romain Blachier, membre de l'équipe de campagne de Gérard Collomb.

On est quand même une métropole qui a continué à créer de l'emploi, même pendant la crise.Romain Blachier, membre de l'équipe de campagne de Gérard Collombà franceinfo

Lors de son dernier mandat, Gérard Collomb n'a pas toujours été présent puisqu'il a passé plus de seize mois place Beauvau à Paris, au ministère de l'Intérieur, mais il vante tout de même son bilan. Sa majorité municipale a notamment engagé d'importants investissements pour les écoles, favorisé les modes de transport doux, fait des efforts en matière de végétalisation de la ville et développé les caméras de surveillance, selon le bilan dressé par 20 Minutes. Romain Blachier insiste également sur le travail entrepris en matière d'écologie : "Depuis 2014, il a quand même fait des pistes cyclables, développé les transports en commun, le bio dans les cantines, des repas sans viande, les premiers composts associatifs… Tout ça, ce n'est pas rien."

Et l'opposition, qu'est-ce qu'elle en dit ?

Pendant plusieurs années, Gérard Collomb est parvenu à maintenir une large alliance allant des communistes aux centristes, mais l'opposition estime désormais qu'il est temps de mettre fin à l'ère Collomb. "Il y a le sentiment qu'on est à la fin d'une époque, qu'il faut tourner une page", estime Etienne Blanc (LR). Les écologistes, qui se sentent pousser des ailes sondage après sondage, jugent que les efforts restent insuffisants en matière d'environnement pour un territoire qui souffre de manière récurrente des pollutions issues des transports et de l'industrie. "Aujourd'hui, il faut aller beaucoup plus loin et beaucoup plus vite sur l'environnement", affirme Bruno Bernard, candidat EELV à la métropole. L'élu reproche au maire sortant d'être obnubilé par l'attractivité de la ville, au détriment des enjeux écologiques.

Gérard Collomb a été un très bon élu par le passé, mais sa vision est aujourd'hui obsolète.Bruno Bernard, candidat EELV à la Métropole à franceinfo

La gauche pointe aussi un bilan en demi-teinte sur le plan culturel, tandis que la droite évoque les problèmes de sécurité dans certains quartiers. "En matière de sécurité publique, la situation s’est particulièrement dégradée ces dernières années", considère Etienne Blanc. A ces oppositions, il faut ajouter les candidats dissidents du camp LREM qui dénoncent notamment la gestion autoritaire de Gérard Collomb à la tête de la ville lors des deux dernières décennies.

Qui veut devenir maire à la place du maire ?

Sur la ville de Lyon, tout le monde veut prendre la place de Gérard Collomb et au moins neuf listes sont dans la course. L'ancien gymnaste Yann Cucherat a été adoubé par le maire sortant comme tête de liste pour LREM. Mais Georges Képénékian, l'actuel premier adjoint, présente également des listes dissidentes. Le vice-président du conseil régional Etienne Blanc (Les Républicains) aimerait bien que la ville revienne à droite, tandis que la candidate du Rassemblement national Agnès Marion espère marquer des points. 

En tête dans les sondages, les écologistes ont désigné Grégory Doucet, 46 ans et responsable au sein de l'ONG Handicap international. A gauche, Nathalie Perrin-Gilbert est à la tête d'une liste divers gauche soutenue par La France insoumise et Sandrine Runel défend une autre liste regroupant plusieurs formations, dont le Parti socialiste. Deux candidats centristes tenteront également d'exister : Eric Lafond (100% Citoyens) et Denis Broliquier (Les Centristes).

Pour briguer la métropole de Lyon, au moins huit candidats sont en lice. Gérard Collomb a obtenu l'investiture de La République en marche et il sera soutenu par le MoDem et l'UDI. Mais le maire sortant de Lyon va devoir affronter la candidature dissidente de David Kimelfeld, son ancien premier adjoint à la mairie qui a pris sa succession à la tête de la métropole en 2017.

Porté par de bons sondages, le candidat écologiste Bruno Bernard est à la tête d'une liste EELV. A gauche, Renaud Payre, directeur de Sciences Po Lyon, mène une liste soutenue par le Parti socialiste et divers partis de gauche, Nathalie Perrin-Gilbert présente des listes soutenues par La France insoumise et Olivier Minoux représente Lutte ouvrière. Pour Les Républicains, c'est François-Noël Buffet qui mènera la liste. Enfin, l'ancien insoumis Andrea Kotarac est à la tête d'une liste du Rassemblement national.

En bref, qui propose quoi ?

L'environnement est un sujet phare de la campagne à Lyon et tous les candidats se sont emparés du sujet ces dernières semaines. Le projet de l'"Anneau des sciences" est au cœur des débats. Cette autoroute souterraine qui doit passer à l'ouest de la ville afin de boucler le périphérique et désengorger la circulation divise les candidats.

La gauche et les écologistes ont été rejoints par le dissident David Kimelfeld dans leur opposition au projet. Les Républicains y sont favorables, à condition de le remanier. Il ne reste donc plus que Gérard Collomb et le Rassemblement national pour le soutenir. "Chaque jour, la saturation des axes de circulation est de plus en plus importante", justifie l'actuel maire de Lyon à BFMTV.

Les écologistes préfèrent miser sur une modification en profondeur du réseau de transports pour répondre à l'engorgement. Les Verts souhaitent aussi végétaliser la ville, réduire les déchets et lutter contre la publicité dans l'espace public. Le camp de Gérard Collomb veut également miser sur l'environnement tout en poursuivant le travail sur l'attractivité de la ville. "La croissance doit être une croissance écologique", estime le maire de Lyon, qui propose d'accélérer la rénovation des logements et de développer de nouveaux modes de transport, comme les bus à hydrogène. David Kimelfeld promet de son côté d'investir trois milliards d'euros, notamment pour les transports en commun et "une végétalisation massive, notamment dans les cours des collèges", expose-t-il au Progrès (article abonnés).

Preuve que la question écologique est primordiale dans cette campagne, le candidat LR à Lyon s'est emparé du sujet en verdissant son programme. "Les Lyonnais demandent des mesures fortes sur la végétalisation de la ville et la qualité de l'air", explique Etienne Blanc. Il souhaite notamment végétaliser la place des Terreaux et planter 500 000 arbres et arbustes en cinq ans. Il compte se démarquer aussi en renforçant la police municipale et en améliorant le fonctionnement démocratique de la ville. Enfin, le Rassemblement national axe sa campagne sur la lutte contre l'insécurité, une baisse de la fiscalité, un développement des transports, sans oublier "la lutte contre le communautarisme". 

Qui a ses chances d'être élu ?

La division de la majorité présidentielle permet aux écologistes d'entretenir quelques espoirs. Selon un sondage Opinionway de décembre dernier pour Lyon Mag, Gérard Collomb dispose d'une certaine avance (27%) sur le candidat EELV Bruno Bernard (20%). Derrière suivent les Républicains de François-Noël Buffet (15%), la liste dissidente du sortant David Kimelfeld (13%), la liste du RN menée par Andrea Kotarac (9%) et la liste soutenue par le PS (9%). Signe que l'élection s'annonce ouverte, un quart des électeurs n'expriment pas d'intentions de vote dans ce sondage.

A Lyon, les écologistes de Grégory Doucet et les listes LREM menées par Yann Cucherat se disputent la tête de course (22%), selon un sondage Ifop pour Sud Radio et Lyon Capitale. Les listes LR d'Etienne Blanc complètent le podium (14%), devant celles soutenues par La France insoumise (13%), celles des dissidents de Georges Képénékian (9%), celles du RN d'Agnès Marion (8%) et celles du PS de Sandrine Runel (6%).

Ici, on vote par arrondissement, qu'est-ce que ça change ?

A Lyon, les 73 conseillers municipaux sont élus à l'intérieur des neuf arrondissements de la ville, et non au sein d'une circonscription unique. Il y a donc neuf "mini-élections municipales". Il s'agit d'un scrutin de listes paritaires à deux tours avec prime majoritaire et une dose de proportionnelle. La liste atteignant la majorité absolue au premier tour, ou arrivant en tête au second, remporte d'office la moitié des sièges. La moitié restante est partagée à la proportionnelle entre toutes les listes ayant dépassé les 5%, y compris celle arrivée en tête.

   
    (JESSICA KOMGUEN / FRANCEINFO)

Avec ce mode de scrutin, chaque arrondissement désigne ensuite un nombre déterminé de conseillers municipaux – de quatre pour le 1er arrondissement à douze pour le 3e et le 8e. L'ensemble de ces conseillers forment le conseil municipal qui aura la tâche d'élire le maire de la ville. Du côté de la métropole, il s'agit du même type de scrutin qui se déroule dans les 14 circonscriptions regroupant les 59 communes de la métropole.

  
   (JESSICA KOMGUEN / FRANCEINFO)

Pour la petite histoire…

Difficile d'être cohérent sur l'ensemble d'une carrière politique. En pleine contestation contre le projet de réforme des retraites, la CGT de la Ville de Lyon n'a pas hésité à déterrer une vieille affiche de campagne de Gérard Collomb datée de 1986. Alors candidat aux élections législatives, l'actuel candidat LREM avait à l'époque pour slogan : "La retraite à 60 ans, vous y tenez ? Oui. Alors… votez PS."