Elections municipales 2020 : comment franceinfo a choisi de vous présenter les résultats du 2e tour du scrutin

En raison du flou qui règne autour des nuances politiques attribuées par le ministère de l'Intérieur, voici quelques précisions sur la façon dont nous présentons les résultats des élections municipales lors de ce second tour.

Les premiers résultats seront disponibles à partir de dimanche soir 20 heures sur le site de franceinfo.
Les premiers résultats seront disponibles à partir de dimanche soir 20 heures sur le site de franceinfo. (ERIC CABANIS / AFP)

Qui a remporté le 2e tour ? Les partis politiques ont-ils atteint les objectifs qu'ils s'étaient fixés avant le scrutin ? Quels enseignements nationaux peut-on tirer de ces élections municipales ? Dès 20 heures, dimanche 28 juin les résultats seront consultables en temps réel sur notre site franceinfo.fr. Mais cette année, bien davantage que lors du dernier scrutin municipal il y a six ans, il est probable que l'interprétation de ces résultats ne soit pas chose aisée.

>> DIRECT. Résultats et réactions : suivez le second tour des municipales 2020

Plusieurs raisons expliquent le grand flou qui pourrait brouiller cette soirée électorale en plus de la forte abstention liée à l'épidémie de coronavirus. D'abord la nature très particulière du scrutin – une élection par commune, soit près de 35 000 sur toute la France au premier tour et 4 855 au second – qui rend toute analyse nationale forcément imparfaite. Déclin des partis traditionnels, morcellement du paysage politique, clivage droite-gauche de moins en moins structurant, alliances à géométrie variable, refus grandissant des étiquettes partisanes… Autant d'évolutions qui ajoutent à la confusion.

C'est pourquoi il nous est apparu nécessaire d'informer nos lecteurs, en toute transparence, sur la façon dont nous avons décidé de traiter et d'afficher les résultats officiels dans nos articles, nos cartes et nos infographies. Voici les réponses aux questions que vous pourriez légitimement vous poser.

Quelles données utilisons-nous pour livrer les résultats ?

A partir de 20 heures et tout au long de la soirée, les pages des communes, accessibles depuis notre moteur de recherche, afficheront les résultats officiels de l'élection dès qu'ils seront connus. La rédaction de franceinfo.fr est connectée en temps réel au flux de données fourni par le ministère de l'Intérieur, grâce auquel les pages des communes seront mises à jour automatiquement. Ainsi, les résultats d'au moins trois quart des communes de France seront disponibles avant 20h30. Les autres seront consultables au fur et à mesure de l'arrivée des résultats.

En outre, franceinfo sera en mesure de vous communiquer les résultats d'un grand nombre de communes avant même le ministère de l'Intérieur. La cellule élections de France Télévisions est présente dans les préfectures et fait remonter les résultats directement dès leur proclamation. Dans un souci d'harmonisation, ces résultats seront "écrasés" par ceux du ministère de l'Intérieur dès leur communication via le flux officiel.

"LUC", "LLR", "LDVG"… A quoi correspondent les nuances attribuées aux candidats ?

Lorsqu'un candidat dépose sa liste en préfecture, il lui est possible de mentionner, s'il le souhaite, son étiquette politique. Nos résultats ne tiendront pas compte de cette étiquette, pour deux raisons. D'abord parce qu'il s'agit d'une démarche purement déclarative. Or, nombreux sont les candidats qui se présentent comme "sans étiquette" alors qu'ils sont plus ou moins clairement marqués politiquement. Ensuite, parce que le ministère de l'Intérieur n'a pas rendu publiques les étiquettes déclarées des candidats.

En revanche, nos pages de résultats afficheront les nuances politiques des listes candidates. Au contraire des étiquettes, ces nuances sont attribuées par les services préfectoraux à toutes les listes qui se présentent dans les communes de 3 500 habitants et plus. Une circulaire – dite "circulaire Castaner" et dont une première version avait été retoquée par le Conseil d'Etat – précise quelles sont les 23 nuances applicables. Quelques exemples : LSOC (liste du Parti socialiste), LLR (liste des Républicains), LREM (liste de La République en marche), LRN (liste du Rassemblement national), mais aussi LUG (liste d'union de la gauche), LUD (liste d'union de la droite) ou encore LUC (liste d'union du centre)…

La circulaire Castaner précise également de quelle manière ces nuances doivent être attribuées. Le premier critère pris en compte est celui des investitures officielles accordées par les partis politiques. Lorsqu'une liste est investie par un seul parti, la nuance coule de source : LSOC, LLR, LREM, LRN, par exemple.

Cela se complique un peu lorsqu'une liste est investie par plusieurs partis. Ainsi, une liste investie par le Parti socialiste et au moins un autre parti de gauche (comme EELV, La France insoumise ou le Parti radical de gauche, par exemple), se voit attribuer la nuance LUG. Idem à droite : une liste investie à la fois par LR et un autre parti, tel que le Parti chrétien-démocrate ou le Mouvement pour la France, est nuancée LUD. Enfin, une liste investie par LREM et un autre parti du centre (MoDem, Agir, UDI) est nuancée LUC. Vous suivez toujours ? Alors accrochez-vous pour la suite.

De nombreuses listes ne sont pas investies, mais simplement soutenues par un parti. Dans ce cas, les listes concernées sont classées en divers gauche (LDVG), divers centre (LDVC) ou divers droite (LDVD). Cette nomenclature est également utilisée pour les listes investies ou soutenues uniquement par un petit parti auquel le ministère de l'Intérieur n'a pas attribué de nuance (par exemple Génération.s, Agir ou encore le Parti chrétien-démocrate). Les préfets ont également reçu la consigne d'attribuer les nuances LDVG, LDVC, LDVD, LEXG (extrême gauche) ou LEXD (extrême droite) aux listes en dissidence par rapport à un parti politique, ainsi qu'aux listes qui ne sont soutenues par aucune formation, mais que l'on peut rattacher à une sensibilité politique.

Pourquoi ce "nuançage" pose-t-il des difficultés ?

La distribution de ces étiquettes n'est pas sans poser quelques problèmes de lisibilité. Alors que La République en marche a investi ou soutient près de 600 listes en France au premier tour, seules 248 sont nuancées LREM. Entre les scrutins de 2014 et de 2020, le nombre de listes estampillées avec la nuance d'un parti est en chute libre : les listes LSOC (socialistes) sont passées de 682 à 175 et les listes LLR (Les Républicains) de 539 à 305. On note en revanche une explosion des catégories "divers" (DVG, DVG, DVC).

Il n'est ainsi pas possible d'agréger les résultats des candidats se réclamant de la majorité présidentielle, ces derniers étant éparpillés au sein de plusieurs nuances. A titre d'exemple, les membres du gouvernement qui se présentent aux élections municipales sont parfois rangés sous la bannière LREM, d'autres fois sous la nuance LUC (union du centre) ou LDVC (divers centre), voire LDVD (divers droite). Illustration emblématique de cette situation : au Havre, la liste du Premier ministre Edouard Philippe, soutenue (et non investie) par La République en marche, est nuancée LDVC.

Comment franceinfo.fr utilise-t-il ces nuances ?

Comme expliqué plus haut, nous affichons sur les pages de résultats des communes les nuances telles qu'elles ont été définies par le ministère de l'Intérieur.

En revanche, dans nos articles d'analyses, nos cartes et nos infographies, nous tentons autant que faire se peut de donner des résultats agrégés, même si cette agrégation reste incomplète. Ainsi, lorsque nous évoquons dans nos contenus "le vote PS", celui-ci doit s'entendre comme l'addition des scores des listes LSOC et LUG. Idem pour "le vote LREM", qui prend en compte les nuances LREM et LUC. Selon la même logique, "le vote LR" consiste en l'addition des nuances LLR et LUD.