Municipales 2020 : LREM, union du centre, divers droite… Derrière quelles nuances politiques se cachent les ministres ?

La liste présentée par Edouard Philippe au Havre n'est pas nuancée LREM, mais divers centre. Franceinfo vous en explique les raisons.

Le Premier ministre, Edouard Philippe, le 23 juin 2020, à Hyères (Var).
Le Premier ministre, Edouard Philippe, le 23 juin 2020, à Hyères (Var). (PHILIPPE LOPEZ / AFP)

Les membres du gouvernement se mobilisent pour les municipales… mais pas tous sous le même drapeau. Lundi 2 mars, le ministère de l'Intérieur a publié l'ensemble des listes qui se présentent au scrutin des 15 et 22 mars. Parmi elles, seul un secrétaire d'Etat figure sur une liste nuancée LREM : Gabriel Attal, à Vanves (Hauts-de-Seine). Mais alors, où sont passés les neuf autres ministres-candidats, à commencer par le premier d'entre eux, Edouard Philippe ? Réponse : sur des listes affiliées à d'autres nuances comme divers centre, union du centre, divers ou encore divers droite. 

Pour comprendre cet imbroglio, il faut reprendre la fameuse "circulaire Castaner". Rappelez-vous, en janvier, ce document, qui demandait aux préfets de n'attribuer une nuance politique aux candidats que dans les communes de plus de 9 000 habitants, avait créé la polémique. En jeu aussi : la nuance divers centre attribuée automatiquement aux listes soutenues par LREM et ce, malgré l'investiture d'un autre parti. Tout cela appartient désormais au passé. Après la suspension de ce texte par le Conseil d'Etat, une nouvelle circulaire a été publiée le 3 février.

Ce nouveau texte, adressé à tous les préfets, prévoit d'attribuer une nuance politique à toutes les listes qui se présentent dans une commune de 3 500 habitants et plus. C'est ce "nuançage" qui sera utilisé par le ministère de l'Intérieur au moment de la publication des résultats et permettra l'analyse politique du scrutin. L'enjeu est donc de taille pour les partis. Mais l'attribution de ces fameuses nuances n'est pas une mince affaire, comme l'illustre le cas de La République en marche.

Seulement 248 listes LREM

Tout d'abord, la nuance LREM n'est attribuée qu'aux listes exclusivement investies par le parti. C'est le cas pour la liste Vivre Vanves sur laquelle figure Gabriel Attal. Au total, seules 248 listes nuancées LREM se présentent au scrutin. Il faut dire que les nuances de parti sont en chute libre chez (presque) tout le monde. Les listes socialistes sont passées de 682 à 175 entre 2014 et 2020 et celles étiquetées Les Républicains de 539 à 305. Seule exception à cette dégringolade : Europe Ecologie-Les Verts, qui voit son nombre de listes passer de 135 à 182. La très (très) grande majorité des listes est donc nuancée de manière plus floue.

Le Premier ministre, Edouard Philippe, par exemple, est à la tête d'une liste classée divers centre au Havre (Seine-Maritime), tout comme le ministre de la Culture, Franck Riester (du parti Agir), à Coulommiers (Seine-et-Marne). Cette nuance est attribuée aux listes qui ne sont pas "investies", mais simplement "soutenues" par au moins un parti centriste, comme LREM, le MoDem, l'UDI ou Agir. Une nouveauté qui rassemble 1 219 listes aux municipales cette année. Même logique pour les listes divers droite, comme celle où figure la secrétaire d'Etat aux Armées, Geneviève Darrieussecq, à Mont-de-Marsan (Landes). Dans ce cas, la liste est soutenue à la fois par LREM et Les Républicains, et penche donc plus à droite.

La nuance union du centre, elle, est attribuée à celles qui ont obtenu l'investiture LREM ainsi que celle d'au moins un autre parti du centre (MoDem, Agir, UDI…). C'est le cas de l'ex-ministre de la Santé, Agnès Buzyn. Et pour cause : sa candidature Ensemble pour Paris est étiquetée LREM, MoDem, UDI, Agir et Mouvement radical. Cela s'applique donc aussi à la secrétaire d'Etat à l'Egalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, ainsi qu'à la secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Economie, Agnès Pannier-Runacher, candidates sur des listes Buzyn à Paris. Même nuance pour le ministre du Budget, Gérald Darmanin, à Tourcoing (Nord), et le ministre des Transports, Jean-Baptiste Djebbari, à Limoges (Haute-Vienne).

Un Français sur deux veut un maire sans étiquette

Enfin, certaines listes sont nuancées simplement divers quand elles ne rentrent pas dans les cases présentées ci-dessus. C'est le cas de celle de la secrétaire d'Etat aux Solidarités, Christelle Dubos, à Sadirac (Gironde), et du ministre chargé des Collectivités territoriales, Sébastien Lecornu, à Vernon (Eure).

Cet imbroglio de nuances n'est pas nouveau pour des municipales, au cours desquelles les étiquettes de partis sont marginales. D'ailleurs, pas moins d'un Français sur deux souhaiterait voir un maire sans étiquette prendre la tête de sa commune, selon un sondage Elabe pour BFMTV. Avec l'arrivée de La République en marche et ses alliances avec des candidats de droite comme de gauche, la situation s'est encore complexifiée. De quoi rendre plus difficile la lecture des résultats au soir des deux tours.