Municipales : la campagne du second tour sera longue, très numérique et sans meetings

La tenue du second tour des municipales le 28 juin et la crise sanitaire impliquent un bouleversement inédit de la campagne électorale.

Un homme se tient devant les affiches des élections municipales organisées le 15 mars, le 16 avril 2020, à Marseille.
Un homme se tient devant les affiches des élections municipales organisées le 15 mars, le 16 avril 2020, à Marseille. (FABIEN DUPOUX/ SIPA)

Il faudra "faire campagne différemment", a déclaré Christophe Castaner, ministre de l'Intérieur, ce vendredi, mais sans préciser comment. La crise liée au Covid-19 et l'annonce de la tenue d'un second tour le 28 juin ont bouleversé les élections municipales, dont le premier tour s'est tenu le 15 mars.

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Dans un peu plus d'un mois, si les conditions sanitaires le permettent, environ 16,5 millions d'électeurs seront donc appelés aux urnes pour élire les conseils municipaux des 5 000 communes dont le sort n'a pas été défini dès le premier tour. D'ici là, la campagne devra se tenir dans une configuration inédite dont les contours ne sont pas encore clairement définis.

"Des professions de foi plus longues"

Le 18 mai, le Conseil scientifique publiait ses recommandations quant à cette nouvelle période électorale en temps de crise sanitaire. Il soulignait "les risques majeurs liés à la campagne électorale et plus singulièrement aux meetings électoraux ainsi qu’aux actions des candidats ayant pour effet des rencontres ou des rassemblements physiques (distribution de tracts, porte-à-porte, réunions publiques)". Le 20 mai, le président du Conseil scientifique, Jean-François Delfraissy, affirmait sur franceinfo qu'il n'y aurait "pas de porte-à-porte, pas de réunions dans les marchés, de réunions publiques". Pour lui, "la campagne électorale devra être totalement différente de ce qu'on a observé jusqu'à aujourd'hui".

Des recommandations entendues par Christophe Castaner, pour qui la campagne "ne doit pas devenir un facteur de circulation du virus". Le ministre de l'Intérieur a évoqué "le respect systématique des gestes barrières", la nécessité de "privilégier les campagnes numériques", ou de publier "des professions de fois plus longues", par exemple. Mais les détails pratiques de ce qui sera autorisé restent à définir. Le gouvernement a indiqué qu'il allait discuter la semaine prochaine avec les organisations politiques et les associations de maires pour décider des contours techniques de cette campagne.

Dans l'attente de ces précisions, les partis s'organisent. Louis Aliot, député RN des Pyrénées-Orientales et candidat aux municipales à Perpignan, a évoqué sur franceinfo le recours au "boîtage" (le fait de déposer des tracts dans des boîtes aux lettres) et aux coups de téléphone. L'accent peut être mis sur une campagne numérique, même rapide, car, pour lui, "la campagne électorale sur le fond des choses, c'est-à-dire le bilan des maires sortants et le projet de ceux qui aspirent à être maire de la mandature qui arrive, a déjà eu lieu". Julien Bayou, d'Europe Ecologie-Les Verts, a annoncé sur BFMTV que son parti allait édicter "un cadre de bonne conduite" pour les candidats. Il a expliqué envisager d'organiser des meetings en visioconférence, mais aussi continuer à faire campagne dans l'espace public "avec le respect des consignes sanitaires". Pour Eric Coquerel, député de La France insoumise, ces conditions empêchent de mener une vraie campagne. "M. Castaner a parlé de campagne numérique, mais ça, ça n'existe que pour les notables, a-t-il déploré sur BFMTV. La campagne, par essence, c'est d'aller voir les gens, de discuter, c'est de débattre. Il était urgent d'attendre le moment d'organiser deux tours classiques."

Un rythme de campagne plus diffus

D'habitude, la campagne du second tour des municipales dure cinq jours seulement. Avec un second tour le 28 juin, cette période sera étendue à plus d'un mois, soit une campagne avec "un peu moins d'intensité, mais beaucoup plus de durée", selon Edouard Philippe.

Cela devrait également bouleverser le rythme des alliances, alors que trois mois et demi sépareront les deux tours de l'élection. De fait, les candidats du premier tour auront eu beaucoup plus de temps pour débattre des possibles ralliements. A l'instar des discussions agitant l'équipe de Cédric Villani à Paris, dont une partie soutient une alliance avec LREM tandis que l'autre souhaiterait rejoindre Anne Hidalgo (PS). Les candidats auront jusqu'au 2 juin pour déposer leurs listes définitives. Pour Gaël Perdriau, maire Les Républicains de Saint-Etienne (Loire), cette décision du 28 juin était la bonne. "La campagne, elle a eu lieu. Chacun a pu rencontrer les habitants et exposer sa vision", a-t-il indiqué à BFMTV.

Inclure les électeurs dans cette campagne reste un enjeu important, comme le rappelle Sacha Houlié, député LREM de la Vienne. Dans un tweet, il estime que cette décision "appelle notre plus grande vigilance pour que le retour de la démocratie ne se fasse pas sans les électeurs".