Législatives : dans le Gard, l’ex-torera Marie Sara veut "porter l’estocade" à Gilbert Collard

Cette novice en politique, qui se présente sous la bannière de La République en marche, est arrivée 670 voix derrière le député du Front national au premier tour des élections législatives. Et elle espère bien récupérer son siège dimanche 18 juin.

Marie Sara, candidate LREM, sur le marché du Grau-du-Roi (Gard), le 13 juin 2017.
Marie Sara, candidate LREM, sur le marché du Grau-du-Roi (Gard), le 13 juin 2017. (ROBIN PRUDENT / FRANCEINFO)

"Regarde, c’est la torera !" Entre les cabanes de plage et les vendeurs de savon du marché du Grau-du-Roi (Gard), le passage de Marie Sara, ancienne star de la corrida à cheval et actuelle candidate aux élections législatives sous l’étiquette de La République en marche, laisse peu de monde indifférent. Une attention qui a redoublé depuis que cette figure locale s’est lancée un nouveau défi : s’emparer du siège de Gilbert Collard, seul député du Front national à se représenter aux élections législatives.

Affronter Gilbert Collard, c’est ce qui m’a motivé. En tant que député, il n’a rien fait pour la circonscription.Marie Sara, candidate LREM dans le Gardà franceinfo

Dimanche 11 juin, cette novice en politique a récolté 32,16% des suffrages dans la 2e circonscription du Gard. Arrivée juste derrière son adversaire du Front national – à 48 voix près –, elle a désormais de bonnes chances de l’emporter au second tour. Pour y parvenir, Marie Sara continue de labourer sa circonscription à un rythme effréné, sous un soleil de plomb. Selfies, autographes, sourires… "C’est un beau combat", sourit la candidate, lunettes Ray-Ban collées sur le nez.

Marie Sara, candidate LREM, fait sa tournée au marché du Grau-du-Roi (Gard), le 13 juin 2017.
Marie Sara, candidate LREM, fait sa tournée au marché du Grau-du-Roi (Gard), le 13 juin 2017. (ROBIN PRUDENT / FRANCEINFO)

Emmanuel Macron la sollicite en personne

Mais comment cette ex-rejoneadora de renom (cavalière combattant un taureau avec un javelot, le rejon), habituée aux gros titres des journaux people après son mariage avec l'ancienne star du tennis Henri Leconte, s'est-elle retrouvée à débattre de la CSG et à distribuer des tracts sur les marchés de cette station balnéaire ? Son arrivée en politique tient à un coup de fil, celui d'Emmanuel Macron.

Les deux se connaissent depuis plusieurs années, lorsqu'Emmanuel Macron n'était encore que simple rapporteur général adjoint de la commission Attali. Une rencontre qui s'est faite par l'intermédiaire de son ancien mari, le publicitaire Christophe Lambert, proche de Nicolas Sarkozy, décédé en mai 2016. "Oui, je connais le président de la République", élude-t-elle, sans vouloir ni cacher, ni détailler cette proximité.

Peu après le second tour de l'élection présidentielle, le nouveau président de la République lui propose alors d’être candidate dans sa région. "J’ai hésité 24 heures, j’ai consulté mes enfants et tout le monde m’a dit de foncer", raconte-t-elle.

La candidate "des salons parisiens", selon Gilbert Collard

Marie Sara n'hésite pas à utiliser son réseau pour faire avancer les dossiers prioritaires de la circonscription qu'elle convoite. Proche de la ministre de la Culture, la candidate a déjà pu rencontrer de manière informelle le ministre de l’Agriculture pour le sensibiliser aux difficultés que rencontrent les pêcheurs et les arboriculteurs de Camargue. Une proximité qui lui attire aussi les critiques de son adversaire. Elle est la candidate "des salons parisiens", clame Gilbert Collard.

Dans les rues d'Aigues-Mortes et du Grau-du-Roi, Marie Sara s'attache à montrer l'inverse, en allant à la rencontre de chaque commerçant et en écoutant les réclamations de la population. Face aux procès en incompétence qui est régulièrement fait aux candidats issus de la société civile, elle vante sa "motivation" et son "courage". "Etre débutante est mon atout majeur. Je ne cherche pas à faire carrière en politique, s’exclame-t-elle. Je prends ça comme une mission pour cinq ans."

Son directeur de campagne lui colle aux basques

Pour pallier ce manque d’expérience politique, celle qui dirige les arènes des Saintes-Maries-de-la-Mer et de Mont-de-Marsan, a décidé de mener une campagne intense sur le terrain, guidée de près par son équipe, et en premier lieu son directeur de campagne, toujours collé à moins d’un mètre de la candidate. Sur le marché du Grau-du-Roi, son arrivée est ainsi précédée par le tractage d’une équipe dévouée de retraités, arborant fièrement leurs tee-shirts En marche !.

Parmi eux, René, un retraité moustachu de 80 ans, interpelle tous les passants, touristes étrangers compris, pour qu’ils lisent le programme de sa protégée. "Je suis en marche, je cours même !", lance-t-il, non loin de son épouse, elle aussi en train de tracter. Une équipe d'anciens militants socialistes pas vraiment fidèles à l'image de "renouvellement" prônée par Emmanuel Macron, mais qui assure la promotion de la candidate sur une terre pas toujours favorable, marquée par le Front national.

Sa suppléante socialiste lâche sa propre campagne pour la rejoindre

Marie Sara, candidate LREM, et sa suppléante Katy Guyot au Grau-du-Roi (Gard), le 13 juin 2017.
Marie Sara, candidate LREM, et sa suppléante Katy Guyot au Grau-du-Roi (Gard), le 13 juin 2017. (ROBIN PRUDENT / FRANCEINFO)

Autre atout pour la candidate : sa suppléante, Katy Guyot, est une élue socialiste de la circonscription depuis plusieurs années. En 2012, elle avait même talonné Gilbert Collard aux élections législatives, échouant à 670 voix près. Cette année, cette vallsiste a préféré lâcher sa propre campagne pour rejoindre Marie Sara dès l’annonce de sa candidature. "Un renoncement difficile, reconnaît-elle. Mais face à la vague En marche ! et à un blockbuster médiatique, j’ai tout de suite compris que je ne pourrai pas me qualifier."

Moi je viens plutôt de la droite, Katy [Guyot, sa suppléante], de la gauche.Marie Sara, candidate LREM dans le Gardà franceinfo

Avec seulement quelques semaines de campagne à son actif, Marie Sara a déjà pris les réflexes de candidats chevronnés. La figure locale attrape toutes les mains qu’elle croise sur le marché du Grau-du Roi et ne refuse aucune photo, visiblement à l’aise dans cet exercice. Et l’accueil est chaleureux, comme lorsqu’une célébrité fait une apparition publique. Mais une fois que la candidate repart, les langues se délient un peu plus. "C’est du cinéma, lance une vendeuse de glaces. Elle ne vient pas avec son taureau aussi ?"

Pas de quoi l'arrêter. En fin d’après-midi, la candidate se lance dans une tournée sportive de porte-à-porte dans un quartier populaire d’Aigues-Mortes. Sans ascenseur, il faut faire toutes les cages d’escalier décrépies à pied. Les échanges sont souvent rapides, le temps d’une poignée de main et de rappeler son nom pour dimanche.

Il faut porter l’estocade à M. Collard maintenantun habitant d'Aigues-Mortesà franceinfo

Le chiffon rouge du FN

A travers le pas de la porte, beaucoup lui promettent d’aller voter quand la candidate agite le chiffon rouge du risque Front national. Au dernier étage d’un immeuble, un ouvrier, la cinquantaine, a envie de débattre de la réforme du droit du travail. "Mon patron investit et prend des risques, je suis d’accord pour qu’il gagne beaucoup, explique-t-il. Le problème, c’est qu’il me reverse de moins en moins. Comment je vais faire pour me défendre face à lui ?"

Marie Sara, candidate LREM, à Aigues-Mortes (Gard), le 13 juin 2017.
Marie Sara, candidate LREM, à Aigues-Mortes (Gard), le 13 juin 2017. (ROBIN PRUDENT / FRANCEINFO)

La candidate, tente de défendre le projet du président de la République : "On va essayer de libérer un peu les entreprises, mais en protégeant aussi les employés." Pas de quoi convaincre cet habitant. Pas de quoi arrêter la candidate non plus. Marie Sara s’empresse d’aller toquer à une nouvelle porte, inlassablement, pour montrer que la candidate de terrain, c'est bien elle. Sa stratégie s'avérera-t-elle gagnante ? Verdict le 18 juin.