Législatives 2024 : ce qu'il faut retenir de la journée du jeudi 13 juin

L'alliance de gauche a finalement fait fructifier ses négociations, tandis qu'à droite, Eric Ciotti a annoncé contester devant la justice son exclusion du parti Les Républicains.
Article rédigé par franceinfo
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Marine Tondelier, Olivier Faure et Manuel Bompard devant le siège des Ecologistes, à Paris, le 13 juin 2024. (QUENTIN DE GROEVE / HANS LUCAS / AFP)

La campagne des élections législatives du 30 juin et du 7 juillet sera courte, mais intense. De toutes parts du spectre politique, les discussions se sont poursuivies, jeudi 13 juin, concernant les candidats investis dans les 577 circonscriptions françaises. Voici ce qu'il faut retenir de cette journée mouvementée. 

A gauche, le "Nouveau Front populaire" s'accorde sur un "programme de gouvernement"

Après quatre jours d'intenses négociations entre ses principaux partis, le "nouveau Front populaire" a mis un terme au suspense. Le Parti socialiste, le PCF, Les Ecologistes-EELV et La France insoumise ont annoncé dans la soirée avoir scellé un "programme de gouvernement" pour accompagner des "candidatures uniques" aux législatives, dans un communiqué commun. "Nous avons réussi. Une page de l'Histoire de France s'écrit", s'est réjouie sur X le premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure, alors que le leader insoumis Jean-Luc Mélenchon a salué "un événement politique considérable en France". "L'espoir est là. Rejoignez-nous !", a pour sa part lancé la secrétaire nationale d'EELV, Marine Tondelier.

Dans la matinée, la tonalité était pourtant bien différente. En cause, l'épineuse question des investitures dans les 577 circonscriptions de France et la couleur politique des candidats. Ces points changent les discussions en véritable bras de fer, apprenaient franceinfo et France Télévisions à la mi-journée. "C'est irresponsable. Ils se foutent de nous", lançait une source socialiste, déplorant une volonté hégémonique du mouvement de Jean-Luc Mélenchon et évoquant même la possibilité d'une rupture des négociations. 

Mais à la tombée de la nuit, les représentants de la gauche, sur X comme sur les plateaux de télévision, n'ont eu de cesse d'appeler à l'union, saluant "un accord historique" face à l'extrême droite, deux ans après la création de la Nupes. "On a réussi à rassembler dans un programme de gouvernement des mesures dont certaines sont très attendues par les Français, en faveur du pouvoir d'achat, comme augmenter les salaires", a ainsi assuré sur le plateau de BFM TV le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel. "Nous allons indexer les salaires sur l'inflation, toutes les pensions sur l'inflation", a-t-il ajouté, interrogé sur le contenu de ce programme qui sera dévoilé vendredi à 12h à la Maison de la chimie à Paris. 

Reste une question primordiale à trancher : qui incarnera cette alliance. "Il faut un profil qui ne soit pas clivant, il faut un profil capable de rassembler", a jugé la députée sortante LFI, Clémentine Autain. Dans la matinée, son collègue de LFI, François Ruffin, a déclaré se sentir "capable" d'endosser cette fonction, reprenant le terme employé la veille par Jean-luc Mélenchon. Quant à Raphaël Glucksmann, pourtant nouvel homme fort de la gauche sociale-démocrate depuis son bon score dimanche aux européennes, il ne s'est pas exprimé.

A droite, la querelle entre LR et Ciotti se règlera en justice

Nouvelle journée à rebondissements pour les Républicains. Au lendemain de son exclusion, Eric Ciotti a repris possession de son bureau au siège du parti et contestera vendredi devant la justice sa destitution que les dirigeants de LR cherchent à légitimer. Dans une courte vidéo, diffusée à la mi-journée sur le réseau social X, le nouvel allié du Rassemblement national s'est affiché, seul, à son bureau, avant d'apparaître à la fenêtre pour saluer les journalistes.

Eric Ciotti apparaît à la fenêtre du siège parisien du parti Les Républicains, le 13 juin 2024. (QUENTIN DE GROEVE / HANS LUCAS / AFP)

Plus tard, toujours sur le réseau social, il a revendiqué 60 000 soutiens à son projet d'alliance entre le LR et le RN pour les législatives anticipées, sur la plateforme en ligne qu'il a lancée pour recueillir des signatures.

Celui qui a annoncé mardi une alliance inédite entre LR et le RN aux législatives du 30 juin, sans se concerter avec la direction du parti, a clamé qu'il en "reste [le] président". Il a d'ailleurs fait savoir que "le tribunal judiciaire de Paris est saisi par référé pour contester la validité" de son expulsion "qui n'a aucun sens". L'instance examinera son recours vendredi à 11 heures et devrait rendre sa décision dans les heures qui suivent, selon une source judiciaire citée par l'AFP. 

De leur côté, les dirigeants de LR ont reporté à vendredi, pour "des raisons d'organisation", le bureau politique qu'ils avaient convoqué pour jeudi en fin d'après-midi en vue de "légitimer" l'exclusion d'Eric Ciotti. La légalité de cette nouvelle réunion est aussi contestée par l'équipe d'Eric Ciotti qui a appelé, dans un communiqué, "à cesser l'escalade de convocations illégales et inutiles".

Après avoir repris la veille la gouvernance du parti aux côtés de la secrétaire générale Annie Genevard, François-Xavier Bellamy, tête de liste aux européennes, a assuré qu'il voterait pour le RN en cas de deuxième tour avec l'alliance de gauche"Je ferai tout pour empêcher que la France insoumise arrive au pouvoir", a martelé l'eurodéputé sur Europe 1, refusant que le pays "tombe dans cette alliance d'extrême gauche".

Gabriel Attal entre en campagne  

Gabriel Attal a lancé jeudi dans le Pas-de-Calais la campagne de la majorité présidentielle sur le terrain. A Boulogne-sur-Mer, le Premier ministre a été interpellé sur des sujets du quotidien comme les inondations, les heures supplémentaires des professeurs ou la réforme de l'assurance chômage, contestée à gauche, qui fera bien l'objet d'un décret "d'ici au 1er juillet". Il s'est enfin désolé que le Parti socialiste "passe un accord de la honte" avec la France insoumise, qui fait selon lui du "communautarisme politique". Le Premier ministre a ainsi appelé "les électeurs d'une gauche sociale-démocrate, qui ne se retrouvent pas dans les valeurs du programme de la France insoumise," à soutenir les candidats de la majorité.

Gabriel Attal

Même s'il martèle qu'il est désormais "dans l'action" et non "la sidération", le Premier ministre a tout de même eu du mal à masquer son malaise au moment d'évoquer la manière dont il a appris la dissolution de dimanche, dans l'émission Quotidien, sur TMC. "Il m'a annoncé son choix", a-t-il déclaré, confirmant qu'Emmanuel Macron ne lui a pas demandé son avis, dimanche, avant de prendre la décision de dissoudre l'Assemblée nationale. Le Premier ministre l'a justifié en rappelant qu'il s'agit d'une prérogative uniquement présidentielle.

Les premières candidatures dévoilées 

La majorité a dévoilé jeudi une deuxième vague d'investitures. Le ministre des Affaires étrangères et secrétaire général de Renaissance Stéphane Séjourné a été investi par le parti macroniste, a annoncé la coalition présidentielle Ensemble. Le chef de la diplomatie, qui n'était pas député, part en campagne dans la 9e circonscription, détenue depuis 2022 par le député Renaissance Emmanuel Pellerin. Délogé de son siège, ce dernier a affirmé sur X qu'il ne présenterait "pas de candidature dissidente", assurant que "l'intérêt général doit prévaloir".

La liste des investis dévoilée par Ensemble promet par ailleurs un duel probable entre le porte-parole de Renaissance Loïc Signor et le député sortant insoumis Louis Boyard dans la troisième circonscription du Val-de-Marne. L'ancienne ministre de la Santé Brigitte Bourguignon, battue en 2022 d'une poignée de voix face au RN, va retenter sa chance dans le Pas-de-Calais. La majorité présidentielle a également donné son investiture à l'ancien député Les Républicains Sébastien Huyghe dans le Nord, une autre circonscription gagnée par le RN en 2022.  Autre choix de rassemblement dans le Tarn : le soutien par les macronistes du sénateur de centre droit Philippe Bonnecarrère.

L'ancienne députée et conseillère de Gabriel Attal, Laurianne Rossi, affrontera le sortant insoumis Aurélien Saintoul dans les Hauts-de-Seine, tandis que l'avocate et activiste féministe Rachel-Flore Pardo a été désignée pour défier à Paris Julien Bayou. Après avoir quitté Les écologistes, ce dernier, visé par des plaintes de son ex-compagne pour harcèlement moral et abus de faiblesse, n'a pas été investi par le parti, selon le sénateur Yannick Jadot.

Quant à l'ex-ministre Damien Abad, mis en examen pour tentative de viol, il a confirmé jeudi à l'AFP se représenter dans sa circonscription de l'Ain, où le Rassemblement national est arrivé largement en tête lors des Européennes, "en candidat divers droite sans étiquette", a-t-il expliqué. Citée par l'AFP, une responsable locale du groupe Renaissance a confirmé que le parti ne présenterait pas de candidat face à lui dans la 5e circonscription.

A l'extrême droite, Guillaume Bigot, éditorialiste sur la chaîne CNews, défendra les couleurs du Rassemblement national dans la seconde circonscription du Territoire-de-Belfort, actuellement aux mains de La France insoumise, a annoncé le parti lepéniste.

Marie-Caroline Le Pen, la sœur de Marine, a quant à elle été investie par le Rassemblement national sur la 4e circonscription de la Sarthe, a appris le service politique de franceinfo, auprès d'une source interne au parti. Quant à la nièce de Marine Le Pen, Marion Maréchal, elle a déclaré n'avoir "en aucun cas rallié ou rejoint le Rassemblement national", affirmant sur TF1 qu'elle ne serait pas candidate aux législatives. 

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