VIDEOS. Européennes : les six séquences qu'il ne fallait pas rater pendant le premier débat des têtes de listes

Les douze têtes de listes pour le scrutin du 26 mai ont échangé pendant plus de trois heures sur le plateau de "L'Emission politique".

Les 12 têtes de listes présentes au premier grand débat télévisé de la campagne des élections européennes, sur le plateau de \"L\'Emission politique\" de France 2, le 4 avril 2019 à Saint-Cloud (Hauts-de-Seine). 
Les 12 têtes de listes présentes au premier grand débat télévisé de la campagne des élections européennes, sur le plateau de "L'Emission politique" de France 2, le 4 avril 2019 à Saint-Cloud (Hauts-de-Seine).  (BERTRAND GUAY / AFP)

Une première, à sept semaines du scrutin. Un grand débat télévisé, organisé par France 2 et France Inter, a réuni douze têtes de listes des principaux partis et mouvements politiques français pour les élections européennes, jeudi 4 avril. Plus de trois heures d'échanges souvent difficiles, virant parfois à la cacophonie, et qui ont mis en évidence de vifs désaccords, notamment à gauche, mais aussi à l'extrême droite. Franceinfo revient sur les temps forts de ce premier débat des européennes.

Les objets improbables apportés par les douze candidats

Chacune des douze têtes de liste était invitée à venir sur le plateau avec un objet symbolisant leur engagement et leur rapport à l'Europe. François Asselineau (UPR) a ouvert le bal avec une paire de menottes décorées aux couleurs du drapeau européen, symbole selon lui du carcan dans lequel se trouvent les politiques publiques, et une clé aux couleurs du drapeau français "pour en sortir". Florian Philippot est lui venu avec une baguette de pain, "l'enjeu de toutes les révoltes populaires". Nicolas Dupont-Aignan a exhibé un avion Airbus miniature, "symbole de l'Europe des coopérations et des projets, tout le contraire de l'Europe qu'on nous propose depuis 20 ans".

Jordan Bardella, tête de liste du Rassemblement national, est venu avec un passoire symbole selon lui d'une Europe "incapable de protéger". Jean-Christophe Lagarde (UDI), a présenté des fragments du mur de Berlin, en s'en prenant à "ceux qui veulent reconstruire des murs", tout comme Raphaël Glucksmann (Place publique-PS).

Manon Aubry (La France insoumise), a montré un chèque de 5 milliards d'euros, "celui fait par Macron aux riches", tandis que Ian Brossat (PCF) a présenté un bracelet de naissance pour critiquer les fermetures de services publics. François-Xavier Bellamy (Les Républicains) s'est déplacé avec L'Iliade et L'Odyssée d'Homère, arguant que "l'héritage européen est menacé". Yannick Jadot (Europe Ecologie-Les Verts), venu avec un pot de miel d'une apicultrice bretonne ayant "perdu 200 ruches sur 260", a dit vouloir "sortir des pesticides en quinze ans".

Benoît Hamon a quant à lui présenté un gilet de sauvetage, "celui que l'Europe a tendu aux banquiers responsables de la crise de 2008, et qu'elle n'a pas tendu à des milliers d'hommes et de femmes morts en Méditerranée". Enfin, Nathalie Loiseau a présenté un flacon de piment d'Espelette qui a bénéficié du label européen Appellation d'origine protégée (AOP), permettant selon elle de multiplier par 5 en 30 ans le nombre de producteurs.

S'éloigner de l'Europe ou la changer ? La passe d'armes entre Yannick Jadot et Manon Aubry

"Le Brexit est l'occasion de remettre à plat la construction européenne", a estimé la candidate de La France insoumise, Manon Aubry. Avant d'interpeller le candidat écologiste : "Nous, c'est pas l'Europe à tout prix, mais sur des bases de souveraineté populaire, des bases climatiques, des bases de justice fiscale." "J'ai bien compris que pour vous l'Europe c'est 'on la change ou on la quitte'. Pour nous c'est 'on y est et on la change'. C'est deux choses totalement différentes !", a rétorqué Yannick Jadot. "On peut faire plein de choses sans changer les traités", a-t-il poursuivi en citant "la pêche électrique, les énergies renouvelables, le glyphosate, et même l'investissement".

La colère de Ian Brossat sur les discours anti-migrants

La première partie du débat a été largement consacrée à la question des frontières, et en particulier de la politique migratoire en Europe. Le candidat du PCF, Ian Brossat, a réagi avec passion aux discours anti-immigration tenus par certains de ses adversaires. "Ces discours qui consistent à parler de ces hommes, de ces femmes, de ces mômes comme si c'étaient des animaux, c'est profondément honteux", a-t-il lancé. "Moi je dis oui à l'accueil parce que je pense que c'est notre dignité d'Européens d'accueillir des hommes et des femmes qui crèvent chez eux."

Et le candidat communiste d'évoquer le cas de Lassana Bathily, qui préside son comité de soutien. Présent dans le public, celui qui est plus connu pour être le héros de l'Hyper Cacher "avait 16 ans quand il est arrivé en France" en provenance du Mali, a rappelé Brossat. "Il n'avait pas de papiers. Il a été régularisé parce qu'il y a des associations qui se sont battues avec lui. Je suis très fier d'avoir un compatriote comme lui", a-t-il poursuivi. Ian Brossat s'en est ensuite pris à la candidate LREM. "Quand je vous entends, Madame Loiseau, expliquer que vous êtes fiers d'avoir divisé par 10 le nombre de migrants, vous devriez regarder vos pompes parce que pendant ce temps là, il y a des gens qui sont morts en Méditerranée. Deux mille en 2018."

La charge de Nicolas Dupont-Aignan qui invite François-Xavier Bellamy à rejoindre sa liste

Au cours de l'émission, les candidats étaient invités à voter, virtuellement, pour ou contre une éventuelle future adhésion de la Serbie. La plupart se sont prononcés contre. Parmi eux, François-Xavier Bellamy, aussitôt pris à partie par Nicolas Dupont-Aignan : "Tous les membres de votre liste ont voté pour la fameuse résolution au Parlement européen le 29 novembre 2018 !", a-t-il lancé, évoquant notamment les votes des eurodéputés sortants Arnaud Danjean et Brice Hortefeux, également candidats sur la liste LR. "Si vraiment vous avez un problème avec les membres de votre liste, moi je vous accueille sur la liste de Debout la France", a-t-il ironisé.

François-Xavier Bellamy a assuré que la position des Républicains n'avait pas changé : "On a tout intérêt à garder des liens avec ces pays qui n'ont pas vocation à entrer dans l'Union européenne, nous le disons avec la plus grande force."

Le 29 novembre 2018, le Parlement a bien approuvé un rapport de la Commission européenne se félicitant "de la poursuite des efforts de la Serbie sur la voie de l’adhésion à l’Union européenne". L'analyse des votes montre que la quasi-totalité du groupe PPE, auquel sont affiliés les membres des Républicains, ont voté ce texte. Parmi eux, Arnaud Danjean, Brice Hortefeux ou encore Nadine Morano. Seul Geoffroy Didier a voté contre.

Le tacle de Manon Aubry à Nathalie Loiseau sur le glyphosate

La candidate de la France insoumise, Manon Aubry, a attaqué Nathalie Loiseau sur la question du glyphosate et des pesticides, rappelant que les députés de la majorité ont refusé de voter à l'Assemblée nationale l'interdiction du glyphosate. "Pendant que vos ministres paradaient à la marche pour le climat le 15 mars, pourquoi avez-vous réintroduit dans la loi Pacte le prolongement de l'autorisation de pesticides qui sont produits en France et qui sont interdits dans l'Union européenne ?", a-t-elle poursuivi. Et de conclure : "Il y a peut-être un manque de cohérence, je ne sais pas si c'est le 'en même temps' !"

Nathalie Loiseau a botté en touche en se contentant de rappeler l'engagement d'Emmanuel Macron de "sortir du glyphosate en trois ans". Problème : depuis, le chef de l'Etat et gouvernement ont pris leurs distances avec cette annonce.

La main tendue de Raphaël Glucksmann à Yannick Jadot et Benoît Hamon

En toute fin d'émission, Raphaël Glucksmann a lancé un nouvel appel aux autres candidats de gauche, en particulier Benoît Hamon (Génération.s) et Yannick Jadot (EELV). "L'heure est extrêmement grave", s'est-il alarmé en évoquant le réchauffement climatique ou encore la montée de nationalismes. "Si la situation est si grave, pourquoi Benoît, pourquoi Yannick, on n'est pas en train de se battre ensemble ? Pourquoi on n'arrive pas à faire quelque-chose de commun ?", a-t-il lancé.

"On exposait nos idées et c'était presque les mêmes. Il y a une telle différence entre nous et les nationalistes, entre nous et la folie de ce libéralisme sans limites...", a-t-il poursuivi. "On n'arrivera pas à convaincre les gens d'aller voter si on ne s'unit pas. Notre comportement n'est pas à la hauteur des périls, on s'en mordra les doigts et l'histoire nous jugera."