Essonne : Tron et Guedj jouent à "Game of Thrones" lors du premier conseil départemental

Adversaires durant la campagne, les deux ennemis se sont retrouvés, jeudi, lors d'une séance marquée par de nombreux rebondissements. Récit du spectacle qui s'est joué dans l'assemblée.

Georges Tron (UMP), conseiller départemental de l\'Essonne et maire de Draveil, le 2 avril 2015 à Evry (Essonne).
Georges Tron (UMP), conseiller départemental de l'Essonne et maire de Draveil, le 2 avril 2015 à Evry (Essonne). (LIONEL BONAVENTURE / AFP)

Comme dans une bonne série, le personnage principal a ménagé le suspense jusqu'au bout. L'appel des nouveaux élus avait déjà commencé au conseil départemental de l'Essonne, jeudi 2 avril, quand l'insubmersible Georges Tron a finalement fait son apparition dans la salle. Quelques minutes plus tôt, le patron de l'UMP locale renonçait à jouer les dissidents et annonçait, par communiqué, sa décision de ne pas briguer la présidence du département, hautement symbolique dans ce fief de Manuel Valls.

Sortie de scène pour Jérôme Guedj

Les conseillers départementaux de sa famille politique lui avaient préféré, par 12 voix contre 15, lundi, la candidature de François Durovray, élu dans le canton de Vigneux-sur-Seine. "Force est de constater que les calomnies et les mensonges ont dissuadé certains de ces nouveaux élus [de droite] de m'accorder leur confiance", écrit le maire de Draveil, empêtré dans une affaire de viols qui l'a poursuivi durant toute la campagne et dont il attend encore le dénouement

Sans dissidence, pas de surprise. En à peine 20 minutes, et un seul tour de vote, les conseillers de l'Essonne choisissent François Durovray pour prendre la tête de l'exécutif. Le candidat de la droite obtient 28 voix, contre 12 pour le président sortant, le frondeur Jérôme Guedj. Durant le discours de son successeur, le socialiste tapote sur son téléphone portable, grâce auquel il fait part de sa mélancolie. Sur Twitter, le voilà qui partage son "humeur du moment", une chanson de Jean-Louis Aubert, Voilà c'est fini.

Un spectacle sous les huées et les applaudissements

Mais tout n'est pas terminé pour Jérôme Guedj, qui prend la parole face à l'assemblée. Pour s'adresser à François Durovray, mais pas seulement. "Nos félicitations comportent, sinon aussi un soulagement, au moins une satisfaction, débute le conseiller départemental socialiste. Voir que nous avons fait, les uns et les autres, ce que nous avions à faire pour que l'image de notre institution demeure préservée." Un discours en forme de charge à l'encontre de Georges Tron, jamais directement nommé par son opposant.

L'ambiance s'anime dans la salle, entre applaudissements et huées. Georges Tron en profite pour se tourner vers les photographes massés derrière lui, décochant un sourire apparemment satisfait, attendant son tour. A peine le discours de son adversaire socialiste terminé, le maire de Draveil lève le bras et claque des doigts pour s'exprimer. "Je n'avais pas prévu de prendre la parole, assure-t-il en préambule. Mais je suis surpris d'entendre Jérôme Guedj reprendre l'antienne qui a fait le cœur de sa campagne... et qui l'a mené à la défaite." Le public joue son rôle, huées et applaudissements résonnent à nouveau dans l'assemblée.

L'Essonne, ton univers impitoyable

Juste avant la suspension de séance, Georges Tron quitte l'assemblée, suivi par une meute de journalistes, sans faire davantage de commentaires. "Monsieur Tron, Monsieur Tron, hurle une jeune femme sur ses traces. Monsieur Tron, et la photo pour le trombinoscope des élus ? Monsieur Tron ?" Peine perdue, le maire de Draveil ne souhaite pas s'attarder - "je viendrai demain, appelez mon bureau sinon, ils en ont plein des photos" - et s'engouffre dans son véhicule, sous le regard des caméras.

Le spectacle n'est pas tout à fait fini. Devant les portes de l'assemblée départementale, Jérôme Guedj fume une cigarette, entre deux directs à la télévision. L'occasion de fustiger une nouvelle fois l'attitude de Georges Tron, qui avait laissé planer jusqu'à aujourd'hui le doute sur ses intentions. "On a vécu trois jours de Game of Thrones, de Dallas essonnien", estime l'ancien député. Ou est-ce plutôt "Règlements de comptes à OK Corral" au sein de la droite, s'interroge-t-il un peu plus tard ? "Tous ces propos n'avaient pas leur place lors d'une première séance, tranche François Durovray. On doit être à la hauteur." Dans la salle, l'assemblée reprend finalement son travail, dans une ambiance nettement plus calme. Avant un deuxième acte lors du prochain conseil ?