Ce que disent les gestes des deux candidats : un spécialiste du comportement décrypte le débat Macron-Le Pen

Le spécialiste du comportement corporel Stephen Bunard était l'invité de franceinfo jeudi. Il a analysé les gestes des candidats à l'élection présidentielle lors du débat télévisé. 

Marine Le Pen et Emmanuel Macron sur le plateau du débat d\'entre-deux-tours. 
Marine Le Pen et Emmanuel Macron sur le plateau du débat d'entre-deux-tours.  (ERIC FEFERBERG / AFP)

Au lendemain du débat télévisé plutôt tendu de l'entre-deux-tours, suivi par 16,5 millions de téléspectateurs, le synergologue (spécialiste du comportement corporel) Stephen Bunard était l'invité de franceinfo. Il a estimé que les gestes des deux candidats étaient très clairs : ils ont montré "l'érosion de la puissance" de Marine le Pen, et la "montée en puissance" d'Emmanuel Macron.

franceinfo : Marine Le Pen a eu plusieurs fois le même geste, celui de remettre sa mèche de cheveux derrière ses oreilles... Est-ce que cela signifie quelque chose ?

Stephen Bunard : Cela n'est pas très grave, mais si c'est une ritournelle, au bout d'un moment, cela peut exprimer l'effort, la volonté de structuration de la pensée. Quant au sourire et au rire, qu'elle a eu parfois un bruyamment et nerveusement vers la fin, c’est son meilleur "masqueur" émotionnel. Au départ, elle en avait assez peu et il est intéressant de voir comment tout a évolué dans le rapport de force. Marine Le Pen s'était préparée à une corrida, Macron à un débat. Chez Macron, au début, il y avait beaucoup de moues d’agacement, de mains sous le menton, un peu en mode petit garçon. Mais à la fin, c’est la "petite Marine" qu’on a vu se tortiller sur sa chaise, sourire un peu niaisement, face à un Macron qui est entré dans la peau du président, avec la gestuelle qui va avec, les mains bien solidement ancrées sur la table.

Vous dites "petit garçon", Marine Le Pen lui a reproché de jouer les professeurs face à une élève...

Elle a tenté un mix de toutes les formules qui ont marché dans les derniers débats. Elle a commencé en mode bagarreur, en position de dominante, avec les coudes sur la table, les poignets ascendants. Les poignets donnent une idée de la domination. Et ces poignets, dans l'évolution du débat, on les voit de plus en plus "casser", se fléchir. C'est un item qui montre l'érosion, dans la tête de Marine Le Pen, de sa puissance. En effet ciseaux, on voit beaucoup d'éléments qui montrent la montée en charge d'Emmanuel Macron: beaucoup de haussements de sourcils pour attirer l’attention, le corps qui se détend...

On a vu très souvent Marine Le Pen fouiller dans ses dossiers. Pour y trouver une contenance ?

C'est un classique du genre, l'utilisation d'un dossier comme élément de preuve, comme si elle avait bien travaillé. Emmanuel Macron, à l'inverse, lui a fait le coup de l'impréparation. L'idée à faire passer, c'est qu'elle n'était pas préparée alors qu'elle avait plein de notes, alors que lui était dans une fausse improvisation, il avait tout dans la tête.

On a beaucoup parlé des plans de coupe, qui étaient pour la première fois autorisés dans ce débat. C'était une bonne idée ?

Le plus intéressant c'est de voir les deux débatteurs. Ce qui m'intéresse, quand quelqu'un parle, c'est de voir s'il est raccord, intellectuellement et émotionnellement, avec ce qu'il raconte. Voir si son corps "fuite" et nous livre des choses. Lorsqu'on parle à Macron de sa majorité présidentielle, cela le gêne aux entournures et il se gratte trois fois le nez. Marine Le Pen, sur certains sujets économiques ou culturels où elle est mal à l'aise, fait son sourire figé, dans la durée, avec des yeux qui eux ne sont pas rieurs... Ce qui est intéressant, idéalement, c'est de voir les deux, avec l'écran coupé en deux !