VIDÉO. Réformes : Raymond Soubie appelle le gouvernement à "refroidir les foyers qui aujourd'hui sont très, très chauds", en trouvant des mesures "d'accalmie"

Pour Raymond Soubie, ex-conseiller social de Jacques Chirac puis de Nicolas Sarkozy, si l'Etat sait "décider" et "faire des annonces", il ne sait pas "embarquer les gens dans les réformes".

FRANCEINFO / RADIO FRANCE

Alors que le climat social, orageux depuis plusieurs mois, s'annonce de plus en plus tendu, Raymond Soubie, ex-conseiller social de Jacques Chirac à Matignon entre 1974 et 1976, puis de Nicolas Sarkozy à l’Élysée de 2007 à 2010, appelle sur franceinfo jeudi 14 novembre le gouvernement à "refroidir les foyers qui aujourd'hui sont très, très chauds", en trouvant des mesures "d'accalmie", "comprises par les gens".

franceinfo. La plupart des syndicats et collectifs de santé appellent à manifester jeudi. Que pensez-vous de la situation des hôpitaux ?

Raymond Soubie. Il y a une dégradation de la situation dans des pans entiers de l'appareil de santé, les hôpitaux, les Ehpad et même dans la médecine de ville où apparaissent des déserts médicaux. Il y a un vrai problème sur la santé et sur le plan social c'est l'un des secteurs les plus chauds, dans lequel les personnels sont les plus à cran, sont en train depuis plusieurs mois de se mobiliser et où il y a des risques pour l'hôpital, pour les patients et aussi pour le calme social.

Tous les gouvernements sont-ils responsables du sous-investissement pour l'hôpital ?

Je crois qu'il y a deux sujets : un sujet de sous-investissement et un sujet d'organisation, de régulation. Il y a des plans pour les hôpitaux, deux en un an. Mais il y a un problème dans l'État, depuis toujours d'ailleurs, c'est que l'État sait décider, sait faire des annonces, sait faire des beaux papiers, mais ne sait pas embarquer les gens dans les réformes. Bref, ne sait pas les mener au bout et les mener à bien. Ce qui est vrai dans les hôpitaux est vrai dans d'autres sujets sensibles comme la SNCF.

Manifestations des hôpitaux, de la SNCF, des étudiants, faut-il s'attendre à un automne difficile sur le plan social ?

Il est déjà très chaud. Je ne sais pas s'il va devenir brûlant, mais il est déjà très chaud. Il y a une série de foyers qui se sont allumés dans une série de secteurs et ces foyers-là sont vraiment très chauds. Les hôpitaux, on le voit aujourd'hui, nous savons qu'à la RATP et à la SNCF il y a un mot d'ordre illimité pour le 5 décembre. Il y a donc des foyers très forts. Ce qui est inquiétant c'est que ces mouvements ne sont pas télécommandés, ce ne sont pas des mouvements rituels organisés par les organisations syndicales, ce sont des mouvements basiques qui viennent des gens et ces personnes sont très impliquées dans les conflits et prêtes à en découdre.

En 2010, un peu plus d'un million de Français sont descendus dans la rue contre la réforme des retraites que vous avez pilotée. Auriez-vous fait la réforme actuelle ?

La réforme actuelle, je ne l'aurais sans doute pas faite de la manière dont elle est faite. C'est une réforme parfaite, sur le papier elle est idéale, égalité des droits, des contributions, justice, équité. Mais elle met tout le monde dans la rue parce que l'on passe de 42 régimes à un seul. Donc chacun se dit : "Et moi, qu'est ce qui va m'arriver ?" Certains le savent et ils se mettent en colère et certains ne le savent pas et ils sont très inquiets.

Que conseilleriez-vous à Édouard Philippe ? De tenir bon ou de lâcher ?

Lâcher tout, sûrement pas, parce que quand on commence à tout lâcher, tout lâche. La bonne technique, même si je n'ai pas de leçon à donner à quiconque, c'est de refroidir les foyers qui aujourd'hui sont très, très chauds, en trouvant des mesures d'accalmie qui sont comprises par les gens. Des mesures concrètes. Tant pis, dans l'instant, pour les 3%. Une fois qu'on s'est donné du temps en refroidissant les foyers allumés, il faut se demander que faire, quelles sont les réformes pour lesquelles il faut vraiment aller au bout, quelles sont celles sur lesquelles il faut mettre le pied sur le frein, bref faire un choix entre les réformes si on ne veut pas qu'elles soient toutes emportées.

Repousser l'entrée en vigueur de la réforme des retraites avec la clause "du grand-père". C'est une piste envisageable ?

Oui, parce que cela retarde l'application finale à 40 ans de la réforme. Cela a été fait. L'année dernière, quand le statut a été abrogé, il l'a été pour les nouveaux entrants et cela a été fait dans beaucoup d'endroits.

Raymond Soubie, sur franceinfo, le 14 novembre 2019.
Raymond Soubie, sur franceinfo, le 14 novembre 2019. (FRANCEINFO / RADIOFRANCE)