"Un mouvement social qui reste incompris n'est pas facile à gagner", juge Stéphane, un cheminot gréviste, très actif sur Twitter

Un cheminot a choisi Twitter pour détricoter les idées reçues sur le mouvement à la SNCF et le statut des cheminots, alors que, vendredi, une troisième séquence de grève est sur les rails.

Le compte twitter de Stéphane Vardon, contrôleur à la SNCF.
Le compte twitter de Stéphane Vardon, contrôleur à la SNCF. (CAPTURE D'ÉCRAN TWITTER)

Le troisième épisode de la grève en pointillécontre la réforme de la SNCF est lancé, avec, en conséquence, des perturbations dans le trafic ferroviaire vendredi 13 avril et samedi 14 avril. Le mouvement social très présent sur les réseaux sociaux donne lieu à des discussions parfois virulentes entre les défenseurs et les opposants à la grève.

On assiste ainsi à une bataille des mots-dièse sur Twitter et Facebook entre #JeNeSoutiensPasLaGreveDesCheminots et #JeSoutiensLesCheminots. Parmi les grévistes présents sur les réseaux, Stéphane Vardon, contrôleur en grève et délégué CGT. 

SNCF : Stéphane, contrôleur CGT, défend la grève sur Twitter - un reportage de Damien Triomphe
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En ce moment, Stéphane Vardon passe une partie de son temps sur Twitter à répondre aux questions des autres tweetos, mais surtout à démonter les idées reçues. Par exemple, selon certains, les cheminots bénéficient d'une prime... "d'absence de prime". "Ça, c'est faux, elle n'existe pas", répond aussitôt le contrôleur.

D'autres croient savoir que les salariés de la SNCF prennent leur retraite à 50 ans : "C'était le cas pour les conducteurs avant Sarkozy, rétorque-t-il. Maintenant, il y a une décote. Donc, les conducteurs pourraient partir à 52 ans et demi, 57 et demi pour les autres cheminots, mais ils ne partent plus à cet âge-là parce que, sinon, ils partent avec moins d'argent."

Rester pédagogue et... calme

Ce contrôleur, appelé aussi chef de bord, qui travaille depuis 19 ans à la SNCF, est aussi très actif sur Twitter avec son compte personnel @ControleurPM733. Il voit passer de nombreuses critiques sur le réseau social. "Il y a un côté injuste, confie-t-il. J'essaye au maximum de répondre en étant pédagogue, sans m'énerver parce que, souvent, ceux qui m'attaquent sont déjà un peu énervés donc si en plus j'en rajoute une couche."

Même quand on lui lance que les cheminots sont des fainéants, il garde son calme. "Il y en a sûrement, comme partout, mais ce n'est pas la majorité sinon on n'aurait pas autant de trains qui rouleraient tous les jours, répond Stéphane.

Ça m'est arrivé, en blaguant, de dire : 'Non, je ne travaille pas, je suis cheminot.' Je ne fais plus ces blagues-là parce que je me suis rendu compte que, finalement, des gens le prennent au premier degré.Stéphane Vardon, cheminot et tweetosà franceinfo

Les échanges qu'il a avec les internautes sur les réseaux sociaux portent sur le statut des cheminots, mais aussi sur le mouvement de grève : "Le plus courant, c'est : 'Avec ou sans statut, de toutes façons les trains fonctionnement mal.' Régulièrement aussi c'est : 'La prise d'otage'." 

La bataille de l'opinion

Selon lui, c'est une véritable guerre de communication qui se joue sur Twitter notamment. "La bataille de l'opinion publique fait aussi partie d'un mouvement social, affirme-t-il. Un mouvement social qui reste incompris n'est pas facile à gagner." S'il pense que l'opinion publique s'appuie encore aujourd'hui sur les médias, il estime que beaucoup de sujets doivent être approfondis ou nuancés. Ce que permettent les réseaux sociaux. De là, à convaincre... "Je dirais que je vais réussir à convaincre les gens qui avaient un avis pas encore tranché, mais assez positif, reconnaît Stéphane Vardon. Ceux qui ont un avis négatif, non."

Au moins je me suis exprimé. Les gens vont prendre ce qu'ils veulent prendre.Stéphane Vardon, cheminot et tweetosà franceinfo

Il existe aussi un compte, MLCVR (pour "Media : les cheminots voient rouge) alimenté par les cheminots pour défendre la grève et tenter de distinguer les fausses et vraies informations.