Calcul des jours de grève par la SNCF : "On est dans un jeu d'échecs et une tension permanente" dénonce le syndicat de cheminots FIRST

À une semaine du début de la grève des cheminots, le secrétaire général du syndicat de cheminots FIRST, invité jeudi sur franceinfo, dénonce la méthode de décompte des jours de grève par la direction de la SNCF.

Un cheminot en grève. Image d\'illustration.
Un cheminot en grève. Image d'illustration. (JEAN-SEBASTIEN EVRARD / AFP)

A quelques jours du début d'une grève inédite à la SNCF (2 jours sur 5), les syndicats dénoncent l'attitude de la direction de l'entreprise notamment sa manière de décompter les jours de grève et de repos. Dans une note interne, la DRH de l'entreprise considère en effet que le dépôt de 18 préavis de deux jours chacun jusqu'à fin juin équivaut en réalité à un seul mouvement de grève global. La SNCF annonce donc des retenues sur salaires, y compris lors des jours de repos.

"Je pense qu'on est dans une phase de déstabilisation avec cette règlementation", a dénoncé jeudi sur franceinfo, Bernard Aubin, secrétaire général du syndicat de cheminots FIRST. "Les agents sur le terrain se posent des questions sur la légalité de la grève, sur ce qui restera au final dans leur porte-monnaie", a-t-il ajouté. Or "dans le cas précis de cette grève calendrier, on est dans une situation où normalement aucune retenue sur salaire ne devrait avoir lieu".

franceinfo : Quel est votre sentiment sur cette méthode de calcul des jours de grève par la SNCF ?

Bernard Aubin : Je pense qu'on est dans une phase de déstabilisation avec cette règlementation, qui est d'ailleurs une règlementation SNCF, sur les jours de grève, sur les jours de repos, sur les prélèvements à faire en cas d'arrêts de travail. Ce qu'il en restera, même si la justice sera amenée se trancher sur ce point, ce qu'il en restera, c'est cette phase de déstabilisation. Consécutivement à ces annonces les agents sur le terrain se posent des questions sur la légalité de la grève, sur ce qui restera au final dans leur porte-monnaie. Est-ce que les jours de repos seront décomptés ou non comme des jours de grève ? C'est cela la véritable volonté de la direction de la SNCF. C'est peut-être d'ailleurs un coup de bluff. Quand je relis cette règlementation, elle prévoit en effet d'intégrer dans un certain nombre de cas les jours de grève et des jours de repos sur un même décompte. Dans le cas précis de cette "grève calendrier", on est dans une situation où normalement aucune retenue sur salaire ne devrait avoir lieu. On lance une idée on provoque des réactions sur le terrain afin de jeter un vent de panique. On est dans un jeu d'échecs et une tension permanente.

Votre syndicat avait déposé un préavis de grève reconductible illimité, ce qui veut dire que vous n'étiez pas d'accord avec ce principe de la grève perlée ?

On n'était pas d'accord sur ce principe pour plusieurs raisons. La première, c'est que ça manque de lisibilité sur le terrain. Et l'exemple de la SNCF avec l'interprétation de sa propre réglementation le prouve. Ça ouvre la porte à différentes interprétations, à différentes dérives. Nous on préfère les choses claires. Deuxième motif qui nous a poussés à déposer ce préavis de grève illimité, c'est qu'on connaît le terrain et on sait pertinemment qu'une grève une fois qu'elle est partie elle est souvent reconduite par des assemblées générales. Il faut donc protéger les salariés pour qu'ils puissent continuer cette grève dans la légalité.

Pensez-vous qu'il y aura une forte mobilisation pour cette grève dès le lundi de Pâques, avec un préavis qui commence dès 19h ?

Si on examine les résultats de la grève du 22 mars qui atteignaient un taux de participation de plus de 35%, alors que c'était une grève purement technique, qui n'aurait pas dû dépasser les 10%, on mesure l'ampleur de la colère et de la révolte des cheminots et cela augure mal de la circulation des trains dans la période à venir.