RATP et l'affiche sur les "chrétiens d'Orient" : la polémique en cinq actes

Au nom du "principe de neutralité du service public", la RATP avait refusé la mention "au bénéfice des chrétiens d'Orient" d'une affiche pour un concert des Prêtres. La Régie autonome des transports parisien a fini par céder. 

Le siège de la RATP, à Paris, le 15 décembre 2014.
Le siège de la RATP, à Paris, le 15 décembre 2014. ( MAXPPP)

C'était l'objet de la discorde : 250 affiches annonçant, dans le métro, le concert, en juin, du groupe Les Prêtres (des prêtres catholiques auteurs d'albums à succès) à l'Olympia, et qui mentionnaient que le concert était "au bénéfice des chrétiens d'Orient". La RATP (Régie autonome des transports parisiens) a, dans un premier temps, refusé cette mention au nom du "principe de neutralité du service public", avant de faire marche arrière. Francetv info revient sur cette polémique en cinq actes.

Acte 1 : la RATP refuse la mention "au bénéfice des chrétiens d'Orient" 

TF1 Entreprises, la production du trio musical créé par l'évêque Jean-Michel Di Falco Léandri, avait prévu de mentionner, via un bandeau, que le concert parisien était organisé au bénéfice des chrétiens d'Orient, a expliqué l'évêque de Gap, mercredi 1er avril. Les recettes du concert doivent être reversées à luvre d'Orient, explique l'hebdomadaire catholique La Vie. Mais la RATP et sa régie publicitaire, Metrobus, se sont opposées à l'affichage de cette mention, demandant que l'on retire "le logo de l'association et la référence aux chrétiens d'Orient".

Acte 2 : surprise et colère des catholiques

Un refus qui surprend la "cathosphère" sur les réseaux sociaux, comme Jean-Michel Di Falco Léandri. L'évêque de Gap s'est fendu d'un tweet pour dire son incompréhension, repris plus de 700 fois.

L'abbé Pierre Amar, blogueur connu dans les milieux conservateurs, évoque lui un "intégrisme laïc".

Acte 3 : la RATP propose un nouvel affichage

Cherchant à apaiser la situation, la régie des transports propose, samedi 4 avril, une nouvelle campagne, mentionnant le nom de l'association bénéficiaire :"L'Œuvre d'Orient", plutôt qu'"au bénéfice des chrétiens d'Orient".

Acte 4 : les politiques condamnent en bloc

Trop tard, le mal est fait, et la classe politique s'engouffre dans la polémique, réclamant à la RATP de revenir purement et simplement sur cette décision. 

"Je demande au patron de la RATP de se saisir de ce problème le plus vite possible", a ainsi déclaré le sénateur écologiste Jean-Vincent Placé sur BFMTV. Le patron des socialistes, Jean-Christophe Cambadélis, a appelé "solennellement la RATP à revenir sur cette décision". Le député UMP Thierry Solère a, quant à lui, dénoncé "une faute", et une "application bébête" de la laïcité. 

Le député UMP Luc Chatel a lui réclamé l'intervention de Ségolène Royal et de Jean-Paul Huchon. 

Lundi 6 avril, le président socialiste de la région Ile-de-France, Jean-Paul Huchon, discret jusque-là, "invite" la RATP à autoriser les affiches de promotion du concert avec la mention "au bénéfice des chrétiens d'Orient". "Pour ma part, je considère que marquer dans l'espace public une manifestation de soutien à une communauté victime, en tant que telle, d'exactions reconnues de manière objective et condamnées par l'Etat français, ne saurait constituer une entrave à la laïcité", dit-il dans un communiqué.

Il ajoute : "Dans une logique d'apaisement, j'invite la RATP à tenir compte de l'émotion suscitée par cet événement et à autoriser l'affiche initiale faisant mention des chrétiens d'Orient."

Acte 5 : la RATP finit par céder

La marche arrière sera effective "dès demain", selon Jean-Vincent Placé. Contacté par francetv info, le sénateur EELV de l'Essonne a affirmé, lundi 6 avril, avoir obtenu de la RATP la garantie du rétablissement de la mention "au bénéfice des chrétiens d'Orient" des affiches pour un concert caritatif. Quelques instants plus tard, l'évêque Jean-Michel di Falco a confirmé sur Twitter avoir reçu la même garantie.