Trois questions sur l'accord "historique" de l'Opep qui vise à enrayer la chute des cours du pétrole

L'accord entre les pays exportateurs de pétrole prévoit une baisse de la production de l'ordre de 10 millions de barils par jour afin de faire face à la baisse de la demande provoquée par l'épidémie de coronavirus.

Des puits de pétrole, le 6 février 2020, à Los Angeles, aux Etats-Unis. 
Des puits de pétrole, le 6 février 2020, à Los Angeles, aux Etats-Unis.  (FPA / FULL PICTURE AGENCY / AFP)

"Un très bon accord pour tous !", s'est exclamé Donald Trump sur Twitter, dimanche 12 avril, au sujet de l'accord conclu par l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep). Les pays exportateurs de pétrole, Arabie saoudite et Russie en tête, ont convenu dimanche soir d'une baisse de la production de pétrole d'une ampleur inédite dans l'espoir d'enrayer la chute des cours affectés par la pandémie de coronavirus. Franceinfo résume ce qu'il faut retenir de cet accord.

En quoi consiste cet accord ?

En raison du confinement de la moitié de la population mondiale pour lutter contre l'épidémie de Covid-19, la demande de pétrole est en chute libre depuis plusieurs semaines, sur un marché où l'offre était déjà excédentaire avant la crise sanitaire. La situation a fait plonger les cours et contraint les acteurs du secteur à réagir. L'Arabie saoudite et la Russie ont ainsi accepté de mettre de côté leur guerre des prix et des parts de marché. Il a fallu aussi convaincre le Mexique qui bloquait l'accord depuis jeudi dernier. Ce dernier estimait excessif l'effort qui lui était réclamé alors que le gouvernement mexicain a lourdement investi pour relancer la production.

Au final, après plusieurs jours de négociations ardues, l'Opep s'est mis d'accord avec les autres exportateurs (la Russie et les Etats-Unis ne sont pas membres de l'Opep) sur une réduction de l'offre pétrolière de près de 10 millions de barils par jours en mai et en juin, soit près de 10% de la demande mondiale. Il s'agit d'une réduction quatre fois supérieure au précédent record en la matière, qui remonte à 2008, pendant la crise financière. L'Arabie saoudite, le Koweït et les Emirats arabes unis ont même offert d'aller plus loin et de réduire davantage encore leur production. L'offre de pétrole globale au sein de l'Opep pourrait de fait baisser de 12,5 millions de barils par jours, a indiqué le ministre saoudien de l'Energie.

Est-ce suffisant ?

Les pays producteurs de pétrole ont tous salué l'importance de cet accord. Le secrétaire général de l'Opep, Mohammed Barkindo, s'est félicité d'un "ajustement historique" de la production, en soulignant que cette réduction serait "la plus importante en volume et la plus longue en durée" jamais mise en œuvre. "Les prix du pétrole vont se stabiliser", a affirmé avec enthousiasme le président vénézuélien Nicolas Maduro. "Cela sauvera des centaines de milliers d'emplois dans le secteur de l'énergie aux Etats-Unis", premier producteur mondial de pétrole, a également assuré Donald Trump.

Le marché du pétrole se stabilisera et [il] sera la base de la reprise financière, commerciale et économique dans un monde post-pandémique.Nicolas Maduro, président du Venezuela

Mais du côté des analystes financiers, la prudence domine. Tous saluent un effort inédit, mais rappellent que les capacités de stockage arrivaient à saturation et que, dans l'immédiat, la pression baissière risque de se poursuivre sur le prix du baril. De fait, les cours du pétrole ont fluctué lundi, ce qui prouve que l'accord n'a pas éloigné toutes les inquiétudes. Le baril de Brent, le brut de référence, est un temps passé dans le rouge, à 30,88 dollars, après être monté en début de séance en Asie jusqu'à 33,99 dollars "Après une réaction initiale positive sur les cours pétroliers, nous nous attendons à ce que la décision de l'Opep se traduise au mieux par un cours plancher", estime Harry Tchilinguirian, de BNP Paribas, dans une note.

Le pire a été évité, mais il va falloir attendre avant de voir le marché reprendre des couleurs. Philippe Chalmin, économiste et professeur à l'université Paris-Dauphine, confirme sur franceinfo que cet accord "ne sera pas le miracle attendu" pour faire remonter les prix. Harry Tchilinguirian estime qu'"une reprise soutenue" du cours n'est pas à attendre avant le troisième trimestre et la levée des mesures de confinement. On peut imaginer qu'une fois le coronavirus passé, la consommation reprendra. "On peut imaginer que les prix du pétrole remonteront peut être à 50 ou 60 dollars vers la fin de l'année ou le début d'année prochaine au mieux", complète Philippe Chalmin. Pour l'économiste, le contre-choc pétrolier est quand même parti pour durer. 

Qui sort gagnant de cet accord ?

Le premier gagnant reste les pays exportateurs de pétrole, mais plus largement aussi l'économie mondiale. "On allait dans le mur : s'il n'y avait pas eu d'accord, les prix tombaient à 10 dollars le baril", rappelle Philippe Chalmin. "Même si les réductions de production sont inférieures à ce dont le marché avait besoin, le pire est pour l'instant évité", estime également Magnus Nysveen, analyste pour Rystad Energy.

Mais l'accord est également géopolitique. "Je pense que l'essentiel ça a été la reconstitution d'une sorte d'axe Trump-Poutine. Ils ont tordu le bras de l'impétueux et imprévisible prince héritier saoudien qui avait déclenché la crise", estime Philippe Chalmin. Pour lui, le président américain s'est encore révélé fin stratège dans cette séquence diplomatique. "Le dernier petit caillou, à la fin, c'était les Mexicains qui ne voulaient pas réduire leur production. Et [Donald Trump] a dit : 'Si c'est comme ça, les Etats-Unis vont compenser'. Il a vraiment été, comme il l'est toujours, un très bon joueur de poker. Il a réussi un deal au bord du gouffre."