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Énergie : "À la fin, c'est Vladimir Poutine qui va décider" si les stocks de gaz sont remplis en France, prévient un professeur à Sciences Po Paris

Mardi 30 août, Engie a annoncé que le groupe russe Gazprom allait encore réduire ses livraisons de gaz dans l'Hexagone. 

Article rédigé par France Info
Radio France
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Des infrastructures de transport et de stockage de gaz dans les Landes. (DAVID ADEMAS / OUEST-FRANCE / MAXPPP)

"À la fin, c'est Vladimir Poutine qui va décider" si les stocks de gaz sont remplis en France, prévient mardi 30 août sur franceinfo Thierry Bros, professeur à Sciences Po Paris et spécialiste des questions relatives à l'énergie. Mardi matin, Engie annonce que le groupe russe Gazprom réduit encore ses livraisons de gaz. La société française rappelle, de son côté, avoir déjà mis en place des mesures pour pouvoir fournir ses clients même en cas d'interruption des flux. La Première ministre Elisabeth Borne a, elle, appelé lundi les entreprises françaises à réduire leur consommation d'énergie face aux risques de pénurie de gaz cet hiver dans le contexte du conflit ukrainien et des risques de rupture des approvisionnements en gaz russe. "Nous sommes effectivement face à des risques vitaux", assure cependant Thierry Bros.

franceinfo : Quelle conséquence la réduction de livraison en gaz de Gazprom va avoir en France, selon vous ?

Thierry Bros : Je pense qu'on est dans une crise multi-énergies. En plus, vous avez Vladimir Poutine qui joue avec les volumes. Les stocks de gaz, c'est Vladimir Poutine qui va décider s'ils sont remplis à 90 % ou 100 % pour la France ou pour l'Union européenne. Nous sommes effectivement face à des risques vitaux. Nous risquons d'avoir un rationnement parce que nous n'avons pas fait les investissements nécessaires, que ce soit dans le pétrole, dans le gaz ou dans le nucléaire.

Est-il possible d'éviter le rationnement ?

Le gaz, c'est une partie de notre mix énergétique. Ce n'est pas l'essentiel pour la France, mais je vous rappelle qu'on a aussi des réacteurs nucléaires à l'arrêt. Donc tout ceci se combine. Je vous rappelle aussi que l'Arabie saoudite a décidé d'un pétrole à 100 dollars par baril et que les pays développés sortent des stocks stratégiques de pétrole pour essayer de limiter la casse sur les prix du pétrole. Donc, oui, le rationnement me semble être quelque chose d'assez sérieux à envisager. De l'autre côté, nous n'avons pas fait nous-mêmes d'efforts sur la demande puisqu'on dit qu'il y aura une sobriété énergétique heureuse. Elle ne se matérialise pas parce que nous ne voulons pas changer nos modes de vie.

Si toutes les entreprises suivent la demande du gouvernement de baisser de 10 % leur consommation énergétique, est-ce que cela peut aider ?

Ça peut aider. Mais, pour vous donner un ordre de grandeur, si on fait ce que l'Union européenne nous a demandé, à savoir une baisse de la demande gazière de 15 % et, si on prend en compte – et c'est très important – le fait que les réacteurs français sont à l'arrêt, la demande d'énergie primaire en France doit baisser de 12 %. 12 % par rapport à 10 % pour les entreprises, c'est insuffisant.

Est-ce que cela veut dire qu'il faut s'attendre à des coupures de gaz ou d'électricité cet hiver ?

Pour les industriels, je crois que la Première ministre a été assez franche. Pour les particuliers, il y aura un risque de coupures d'électricité. Ça sera des délestages partiels, par exemple. Mais nous allons vivre dans un nouveau monde. Je pense que la grande question que doivent se poser les Français et leurs dirigeants, c'est après qu'est-ce qu'on fait ? Est-ce qu'on relance des investissements dans des énergies que l'on maîtrise ? On attend le messie hydrogène qui peut-être arrivera, mais peut-être qu'il n'arrivera pas.

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