"Aucune réponse", "insuffisant", "tout ça pour ça"... Les réactions politiques aux annonces d'Edouard Philippe

Le Premier ministre Edouard Philippe a annoncé mardi un moratoire sur la hausse des taxes sur les carburants ainsi que le gel de la hausse du prix de l'électricité et du gaz.

Edouard Philippe avant ses annonces, le 4 décembre 2018 à Paris. 
Edouard Philippe avant ses annonces, le 4 décembre 2018 à Paris.  (LUDOVIC MARIN / AFP)

Plus de trois semaines après le début du mouvement des "gilets jaunes", Edouard Philippe a pris la parole mardi 4 décembre, lors d'une allocution télévisée, pour trouver une sortie à la crise. Pour répondre à la colère, Edouard Philippe a annoncé une série de mesures. Son discours et ses promesses ont suscité de nombreuses réactions dans le monde politique. 

Pour les écologistes, "il était nécessaire d'apaiser les choses" 

L'annonce par le gouvernement d'une suspension de la hausse des taxes sur les carburants et d'un dialogue avec les Français va-t-il amorcer un virage ? C'est en tout cas ce qu'espère le secrétaire national d'Europe-Ecologie-Les Verts, David Cormand. Il s'est exprimé sur franceinfo et demande au pouvoir "de la lucidité, de la cohérence et de la constance" dans sa politique.

"Il était nécessaire d'apaiser les choses, d'envoyer un signal pour qu'il n'y ait pas de violence samedi prochain, a déclaré David Cormand. Mais surtout qu'il y ait une méthode de dialogue, qui ne soit plus un face à face entre un peuple et son roi. J'espère que cela amorce un virage. On ne résout pas les questions sociales qui sont liées notamment à notre dépendance aux énergies fossiles sans traiter la question écologique."

"Des annonces très insuffisantes" estime le RN

"Les annonces faites par le Premier ministre sont très insuffisantes et pas du tout à la hauteur de la situation, et de la révolte profonde des Français", a réagi sur franceinfo Nicolas Bay, député européen, président du groupe Rassemblement national au Conseil régional de Normandie. 

"Le fait que la suspension des hausses ne dure que six mois n'est pas due au hasard, a expliqué Nicolas Bay. Comme par hasard ces hausses seront mises en œuvre juste au lendemain des élections européennes. On ne peut pas y voir là un simple hasard."

"Il n'y a aucune réponse à la question du pouvoir d'achat" juge le PS

Les annonces d'Edouard Philippe "traduisent les difficultés à prendre des décisions du gouvernement", a réagi mardi midi sur franceinfo Valérie Rabault, député PS du Tarn-et-Garonne.

"Il propose un moratoire pour six mois. Qu'est-ce qui se passe après six mois, il ne donne absolument pas le mode d'emploi, s'interroge Valérie Rabault. Il n'y a aucune réponse apportée à la question du pouvoir d'achat et à la question de la répartition de la justesse de l'impôt. Il ne donne aucune réponse sur la remise en place de l'impôt sur la fortune qui a été demandée quasiment par toutes les oppositions."

"Tout ça pour ça", dénoncent Les Républicains

"J'ai trouvé un Premier ministre sonné. Je me dis tout ça pour ça", a déclaré sur franceinfo Aurélien Pradié, député LR du Lot, après les annonces d'Edouard Philippe. 

"Le gouvernement ne comprend pas ce qu'il se passe, estime Aurélien Pradié. Il est confronté à une réalité extrêmement dure et il essaie d'atterrir. La colère est profonde et ce n'est pas mon discours qui met de l'huile sur le feu mais la manière dont ce gouvernement traite ce pays avec mépris depuis plusieurs mois. Ma responsabilité de député c'est de dire qu'un moratoire de six mois ne suffit pas. Il faut une annulation des taxes."

"Un premier pas" qui ne suffit pas, pour la France Insoumise

Le député de la France insoumise Bastien Lachaud a salué ce mardi sur franceinfo un "premier pas". "Le Premier ministre a compris qu'on ne pouvait pas gouverner contre son peuple", a-t-il déclaré.

"Le problème, c'est que les gilets jaunes demandent leur annulation, a poursuivi l'élu. J'ai peur que le gouvernement n'ait pas pris l'ampleur des revendications. Il reporte [les hausses] dans six mois, après les élections européennes, comme par hasard. Il dit : on va prendre le temps de discuter. Mais c'est maintenant ! C'est aujourd'hui qu'on étudie le budget à l'Assemblée nationale. C'est possible d'avoir la discussion maintenant, de ne pas valider ces hausses et de restaurer l'impôt sur la fortune."

"C'est un premier recul qui est très timide et qui arrive bien tardivement, a réagi Clémentine Autain, député La France insoumise de la 11e circonscription de Seine-Saint-Denis, sur franceinfo. Selon elle, "le gouvernement hors-sol avance comme un bulldozer. Il y a une immense colère, un rejet du système institutionnel, et ça le gouvernement ne l'entend pas. Il ne formule pas de propositions qui permettraient de renouer un rapport de confiance. Je pense qu'il y a une série de doléances très claires [exprimées par les gilets jaunes] et que maintenant on est entré dans une période de crise politique".