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"Si je ne me rends pas au travail, c'est la catastrophe" : l'angoisse de certains salariés face à la pénurie de carburant

C'est l'une des conséquences de la pénurie de carburant. Les salariés qui n'ont pas accès aux transports en commun rencontrent des difficultés pour se rendre au travail. C'est le cas dans cette petite PME, installée dans une zone industrielle en région parisienne.

Article rédigé par Sarah Lemoine
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min
Les ateliers de la confiserie Kubli à Morangis (Essonne), le 8 décembre 2020.  (CECILE CHEVALLIER / MAXPPP)

C'est l'une des menaces qui planent sur les petites entreprises situées à l'écart des centres-villes. La pénurie de carburant pourrait priver certains salariés de l'usage de leur véhicule et donc provoquer un absentéisme forcé. L'inquiétude est grande, comme chez Kubli, ce fabricant de confiseries traditionnelles, berlingots ou sucres d'orge, installé dans une zone industrielle de l'Essonne, au sud de Paris. Sur les 25 salariés que compte l'usine, 20 sont obligés d'utiliser leur voiture pour aller travailler. 

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"Moi, je fais 35 kilomètres le matin et 35 kilomètres le soir", raconte Thierry Bersot, le chef d'équipe au conditionnement. Il lui reste un peu de réserve de carburant, de quoi tenir encore "cinq ou six jours", mais il s'inquiète franchement pour la suite. "On en parle tous les jours, on est très inquiet. Si je ne me rends pas à mon travail, je n'ai pas de salaire et une semaine sans salaire, c'est la catastrophe. On est une toute petite PME, on n'a pas les mêmes bénéfices que Total", poursuit-il. 

La crainte d'une production à l'arrêt

L'inquiétude est aussi forte chez le patron, Gilles Duault. Lui craint un arrêt de la production. Tous les matins, il attend de voir si les salariés sont à leur poste, avec une certaine anxiété. "Dans l'atelier de production, il faut qu'ils soient huit. Donc s'ils sont cinq, on n'arrive pas à démarrer", explique-t-il. 

"Ça peut effectivement faire stopper complètement la production du jour. Tout le monde discute autour de la capacité à venir bosser."

Gilles Duault

à franceinfo

Pour le moment, Gilles Duault a "encore tout le monde" dans l'atelier. "Certains ont fait du covoiturage, d'autres passent l'après-midi à chercher de l'essence autour de chez nous. Il y en a un qui a mis 1h45 et qui a payé son gasoil 2€30, donc c'est quand même assez angoissant", constate-t-il. 

Pour le moment, la PME tourne encore à peu près normalement. Mais une question se pose : comment réagira le patron si un salarié ne peut pas venir du tout travailler ? Va-t-il lui retirer une journée de salaire ? "Je n'y avais pas vraiment pensé", répond le patron. "Je pense qu'on va être vachement tolérants, et on trouvera un accord là-dessus, je rémunérerai quand même", explique-t-il. Le sujet est sensible, car le code du travail n'a rien prévu pour encadrer une absence au travail liée à la pénurie de carburant.

La crainte de l'absentéisme lié à la pénurie de carburant dans les PME - Le reportage de Sarah Lemoine

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