Hausse du carburant : le plan du gouvernement est "petit bras" et à "court terme"

Interrogé jeudi 15 novembre sur franceinfo sur le plan gouvernemental annoncé pour aider les Français face à la hausse des prix des carburants, le président de l'UFC-Que Choisir, Alain Bazot, regrette "une forme d'improvisation" de la part de l'exécutif.

Alain Bazot, président de l\'UFC-Que choisir, à Lille, le 6 décembre 2011.
Alain Bazot, président de l'UFC-Que choisir, à Lille, le 6 décembre 2011. (C. LEFEBVRE / MAXPPP)

Alain Bazot, président de l'UFC-Que Choisir a qualifié jeudi 15 novembre sur franceinfo le plan du gouvernement pour aider les Français à faire face à la hausse du prix des carburants de "petit-bras". Selon lui, "on ne voit que des mesures à court terme qui ne concernent qu'une partie de la population la plus défavorisée et pas les classes moyennes". Alain Bazot regrette "une forme d'improvisation" de la part de l'exécutif qui a tenté de calmer la colère des "gilets jaunes" à trois jours de leur mobilisation nationale. "Alors que des milliards rentrent, on n'a pas un plan extrêmement ambitieux", a-t-il affirmé.

Les annonces du gouvernement vous paraissent-elles à la hauteur des enjeux ?

Les taxes sur le carburant, ça va faire plus de 4 milliards en 2019 et à côté de ça, on ne voit pas très bien à quoi sert cet argent, car il n'y a pas de plan ambitieux pour changer de cap dans notre société de consommation et pour consommer moins et plus respectueux de l'environnement en termes d'énergie.

Êtes-vous pour la hausse des taxes sur le carburant ?

On est favorable à donner un signal-prix. Il faut que les consommateurs comprennent que l'énergie fossile, ce n'est plus possible donc elle doit avoir un prix de plus en plus cher. Tout est dans la mesure. On voit que le prix du baril augmente donc cela a un double effet. Les cours mondiaux et les taxes qui viennent s'ajouter. Il était indispensable que le gouvernement prévoie en même temps un plan d'accompagnement de compensation pour ceux qui vont souffrir et qui vont être asphyxiés et puis un plan ambitieux de transition. Il ne suffit pas de ponctionner l'argent, il faut savoir à quoi cela sert (...) On ne voit que des mesures à court terme qui ne concernent qu'une partie de la population la plus défavorisée et pas les classes moyennes.

Soutenez-vous la mobilisation des "gilets jaunes" ?

Non, on ne soutient pas parce dans ceux qui se mobilisent il y a ceux qui disent il faut arrêter les taxes, il ne faut pas de taxes. Ce n'est pas ce qu'on dit. On dit qu'il faut des mesures de compensation efficaces pour ceux qui sont dans la captivité sinon on est dans la taxation punitive. Ceux qui ne peuvent pas faire autrement. Je pense aux ruraux. On se déplace en voiture. On fait 40 km au bas mot pour aller travailler, parfois il faut deux voitures quand le couple travaille et il n'y a pas d'alternative. Dans les mesures annoncées, on n'a rien vu sur un vaste plan pour trouver cette alternative, sortir de cette captivité et avoir un plan ambitieux de transports en commun.

L'augmentation du chèque énergie à 200 euros est une bonne chose, selon vous ?

L'autre axe, c'est la rénovation énergétique. On est complètement en panne. On sait qu'il y a 20 millions de ménages qui vivent dans des passoires thermiques. La meilleure façon d'économiser l'énergie, c'est de ne pas la consommer. Qu'est-ce qu'on attend pour avoir un plan ambitieux ? L'Ademe (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie) vient de sortir un rapport en disant que depuis deux ans il y a 70% des rénovations énergétiques qui n'ont pas permis de baisser la consommation. Cela veut dire qu'on rénove n'importe comment. Tout simplement parce que les aides de l'État ne sont pas ciblées sur la performance énergétique.

Globalement, le gouvernement ne va pas assez loin ?

Autant on est gros bras pour maintenir la fiscalité autant on est petit bras sur les compensations. Quand on double la prime pour de nouveau acheter une voiture. Ce n'est pas sortir de la voiture, mais rester dans la logique de la voiture... Il faudra toujours mettre de l'essence dedans. Ça va aider quelques-uns, mais ce n'est pas le plan qu'il faut. On est dans une forme d'improvisation. Alors que des milliards rentrent, on n'a pas un plan extrêmement ambitieux. Dans le projet de loi de finances, il y a une ligne sur le fonds d'investissement aux transports en commun qui est de 200 millions. La belle affaire ! On parle de milliards. Court terme et petit bras.