"Chemise arrachée" : quatre questions pour comprendre le procès des salariés d'Air France

Quinze salariés de la compagnie aérienne comparaissent, mardi et mercredi, devant le tribunal de Bobigny, un an après l'épisode de la "chemise arrachée", dont les images avaient fait le tour du monde.

Le DRH d\'Air France, Xavier Broseta, fuit les manifestants, le 5 octobre 2015 à Roissy.
Le DRH d'Air France, Xavier Broseta, fuit les manifestants, le 5 octobre 2015 à Roissy. (KENZO TRIBOUILLARD / AFP)

Les images de la "chemise arrachée" avaient tourné en boucle à l'automne 2015. Un an après les faits, 15 salariés d'Air France comparaissent, mardi 27 et mercredi 28 septembre devant le tribunal correctionnel de Bobigny. Franceinfo fait le point sur ce qu'il faut savoir de cette affaire.

Que s'est-il passé le 5 octobre 2015 ?

Le 5 octobre 2015, la direction est en train de présenter un plan prévoyant la suppression de 2 900 postes en comité central d'entreprise, au siège d'Air France, à Roissy, lorsque vers 10 heures, des manifestants forcent la grille d'accès au parvis et envahissent la salle. Dans un premier temps, ils ne sont que quelques dizaines. Le PDG d'Air France, Frédéric Gagey, parvient à sortir de la salle très vite. 

D'autres manifestants arrivent. La tension monte. Le directeur des ressources humaines, Xavier Broseta, et celui de l'activité long-courrier, Pierre Plissonnier, sont exfiltrés, protégés par des leaders syndicaux. Mais arrivés dehors, ils sont pris à partie par les manifestants. Sous les cris de "A poil, à poil" et "Démission", Xavier Broseta se retrouve torse nu, chemise en lambeaux, avant de s'échapper en escaladant une grille. "Quelqu'un m'attrape par derrière, tire le col de ma chemise, si fort que le bouton du col lâche. On me tire fort vers l'arrière et moi je tire fort dans l'autre sens pour me dégager. Tous les boutons sautent, ma chemise y reste", racontera-t-il quelques semaines plus tard au Parisien.

Qu'est-ce qui est reproché aux salariés jugés ?

Quatre salariés doivent répondre de "violences en réunion" pour avoir molesté deux dirigeants et un vigile, et dix autres de "dégradations", pour avoir forcé la grille. Un autre prévenu est jugé pour les deux motifs.

Des vidéos sont mises en avant par l'accusation pour justifier ces poursuites. Mais celles-ci ne permettent pas de se faire une idée très nette du déroulement des événements, ni du rôle de chacun des protagonistes.

Dans cette affaire, les responsabilités des uns et des autres sont sujettes à caution. Ainsi, dans une vidéo diffusée en boucle à la télévision, on voit l'un des prévenus, le syndicaliste Vincent Martinez, pousser un vigile. Sur d'autres images, publiées en mai par le site Les Jours, on devine ce même homme tenter de contenir la foule qui s'en prenait à l'un des dirigeants.

L'avocat d'Air France, Me Dominique Mondoloni, critique la "volonté de la défense de transformer les auteurs en victimes et les victimes en auteurs". "Air France sera là pour soutenir ses salariés et répéter que la violence ne peut en aucun cas devenir un mode de régulation des conflits sociaux", ajoute-t-il.

Au pénal, les salariés poursuivis pour violences encourent jusqu'à trois ans d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende. Au civil, Air France leur réclame un euro symbolique.

Quels sont les arguments de la défense ?

L'avocate de douze des quinze syndicalistes poursuivis, Me Lilia Mhissen, souhaite "qu'on ne juge pas les salariés sur des extraits de vidéos qui durent une fraction de seconde, mais sur leur action", pendant le déroulé entier de la manifestation.

Au moins deux des prévenus ont ainsi "clairement agi pour protéger MM. Broseta et Plissonnier", affirme-t-elle, persuadée que "si on avait récupéré toutes les images de la vidéo-surveillance et l'ensemble des rushes des journalistes, l'histoire aurait été différente".

De son côté, la CGT d'Air France critique "un dossier politisé de A à Z". Son secrétaire général, Miguel Fortea, interrogé par franceinfo, en veut pour preuve les mots très durs du Premier ministre, Manuel Valls, qui a estimé que les salariés mis en cause étaient des "voyous", dès le lendemain des faits, et "les interpellations effectuées à 6 heures, à leur domicile, devant femme et enfants".

L'intersyndicale d'Air France appelle à une grève et un rassemblement, mardi, en soutien aux prévenus aux abords du tribunal. La CGT, qui compte 14 de ses membres parmi les prévenus, veut transformer cette journée en tribune pour "les libertés syndicales".

Que sont devenus les cinq salariés licenciés par Air France ?

Cinq adhérents de la CGT ont été licenciés par la compagnie à la suite de ces événements. Quatre d'entre eux ont été licenciés dès le 12 novembre pour "faute lourde". Avec l'aide de la CGT, ils ont pu retrouver un travail. "Il s'agit d'un travail précaire, alimentaire", explique-t-on au syndicat. 

Le limogeage de Vincent Martinez est intervenu quelques semaines plus tard en raison de son statut de représentant du personnel, qui le protège. Retoqué en janvier par l'inspection du travail, son licenciement a finalement été validé en août par la ministre du Travail, Myriam El Khomri. Il pointe désormais à Pôle emploi.