Y aura-t-il une liste "gilets jaunes" pour les élections européennes ?

Entre les annonces et les défections de certains, les listes qui se réclament des "gilets jaunes" pour les européennes se comptent sur les doigts de la main. A six jours du dépôt des candidatures, la plupart laissent planer le doute sur un possible rapprochement.

Des \"gilets jaunes\" brandissent une pancarte pour le RIC à Montmartre à Paris, le 23 mars 2019.
Des "gilets jaunes" brandissent une pancarte pour le RIC à Montmartre à Paris, le 23 mars 2019. (LAURE BOYER / HANS LUCAS)

Combien de "gilets jaunes" seront candidats aux européennes ? A six jours de la clôture du dépôt des candidatures, plusieurs membres des "gilets jaunes" disent avoir réussi à réunir les 79 candidats nécessaires pour déposer leur liste. La plupart ne souhaitent pas fusionner leurs listes, mais d'autres laissent entendre que des ralliements pourraient être effectués jusqu'à la date butoir, afin d'éviter la dispersion.

Une chose est sûre : aucune liste ne risque de faire l'unanimité. A la fin janvier, Eric Drouet et Maxime Nicolle, deux principaux relais des "gilets jaunes" avaient désapprouvé la liste du Rassemblement d'initiative citoyenne (RIC) lancée par Ingrid Levavasseur tandis que, le 7 avril, l'"Assemblée des Assemblée" des "gilets jaunes" réunie à Saint-Nazaire (Loire-Atlantique) avait condamné "toutes les tentatives de constitution de liste politique au nom des 'gilets jaunes'" et avait rejeté toute consigne commune pour les élections.

Des fusions encore possibles

Face à ce problème de légimité, certains candidats se disent encore ouverts à un rapprochement avec d'autres listes. C'est le cas de la liste RIC dirigée par Frédéric Mestdjian depuis le retrait d'Ingrid Levavasseur. "La liste est arrêtée chez nous depuis très longtemps et on a déjà fusionné avec d'autres listes, mais ça peut encore changer jusqu'au dernier moment, explique le chef d'entreprise âgé de 39 ans. Nous sommes prêts éventuellement à changer de nom, dans l'intérêt général, si c'est une volonté commune. S'il faut faire des sacrifices nous sommes prêts à les faire."

Il n'y a aucun avantage à ne pas fusionner, ça divisera le vote. Ce qui bloque, ce sont principalement les egos. Frédéric Mestdjian, liste "RIC"à franceinfo

Idem pour Jean-François Barnaba de la liste "Jaunes et citoyens", inspirée du mouvement du 17 novembre : "Il n'est pas exclu qu'un certain nombre de personnes qui maintiennent encore leur projet nous rejoignent." Fondateur et tête de liste de "L'Union jaune", Patrick Cribouw abonde : "Je suis en discussion avec plusieurs listes, mais il faut se dépêcher. Désormais, le temps se compte en secondes."

On n'est pas là pour grignoter des voix aux autres mais pour faire en sorte que les "gilets jaunes" aient le plus de sièges au Parlement. L'idéal est donc d'avoir une liste unique.Patrick Cribouw, liste "Union jaune"à franceinfo

Selon le Niçois de 64 ans, des discussions sont toujours en cours avec plusieurs listes pour une éventuelle fusion. "J'accepterai sans aucun problème de ne pas être en tête d'une liste commune", rajoute-t-il. Un temps candidat aux européennes, Thierry Paul Valette a annoncé en fracas le retrait de sa candidature le 26 avril, au lendemain de la conférence de presse d'Emmanuel Macron. "J'appelle tous les 'gilets jaunes' à l'unification", a-t-il lancé sur Facebook.

En revanche, la liste "Evolution citoyenne", ne compte, a priori, pas fusionner. "J'ai constitué cette liste pendant deux mois, avec celle du RIC notamment, mais il y avait trop de guerres d'ego, dépeint Christophe Chalençon à franceinfo. Nous travaillons sur le long terme pour être présents aux municipales", reprend celui qui a plusieurs fois fait débat en rencontrant le numéro deux du gouvernement italien, Luigi Di Maio, ou en assurant que des paramilitaires étaient "prêts à faire tomber le pouvoir". Interrogé, Francis Lalanne assure avoir réuni les 79 candidats nécessaires au dépôt de sa liste citoyenne, mais réserve tout commentaire à sa conférence de presse du 30 avril.

Des candidats "à l'image des ronds-points"

Fusion ou pas fusion, les têtes de liste ont pris soin de choisir des candidats représentatifs du mouvement. "Le profil des personnes est très varié, que ça soit au niveau de l'âge, de la catégorie socio-professionnelle ou de la région, étaye Frédéric Mestdjian de la liste "RIC". On a des agriculteurs, des gens de la classe moyenne, des commerçants, des personnes handicapées..."

Malgré son ancrage dans le Sud, Christophe Chalençon de la liste "Evolution citoyenne" affirme avoir des candidats de toute la France, "le même type de personnes que celles qui étaient sur des ronds-points : des artisans, commerçants... On risque même d'avoir plus de femmes que d'hommes". La loi du 6 juin 2000 impose en effet la parité sur chaque liste.

Nous avons des gens engagés ou encartés dans des mouvements : à droite, gauche, extrême droite, extrême gauche... Notre but est de travailler avec des assemblée citoyennes.Christophe Chalençon, liste "Evolution citoyenne"à franceinfo

Jean-François Barnaba de la liste "Jaunes et citoyens" assure que la plus grande difficulté a été, justement, de choisir les candidats parmi les 135 CV reçus. "Nous regroupons des 'gilets jaunes' d'origine, ceux du 17 novembre. Nous ne nous reconnaissons pas dans ce que le mouvement est devenu, prévient-il. Nous ne développons pas de thématiques anticapitalistes." 

Les candidats viennent du secteur associatif, anti-corruption... A priori, personne n'a déjà été élu ou encarté, mais c'est du déclaratif.Jean-François Barnaba, liste "Jaunes et citoyens"à franceinfo

"Les candidats de l''Union jaune' viennent d'au moins 20 villes différentes. Je les ai rencontrés à travers mon site et les réseaux sociaux", ajoute Patrick Cribouw.

Quant aux programmes, tous disent avoir repris les principaux thèmes du mouvement – pouvoir d'achat, justice fiscale et sociale, écologie – mais préfèrent attendre le lancement officiel de la campagne ou leur conférence de presse pour les développer.

Des financements difficiles à trouver

D'ici le 3 mai, la principale difficulté reste donc celle du financement. "On nous a proposé des dons très conséquents, à hauteur d'un million d'euros ou 250 000 mais il fallait mettre trois personnes dans les cinq premières places de la liste en contrepartie", dénonce Christophe Chalençon. Pour le moment, les candidats de la liste "Evolution citoyenne" "se débrouillent" et font appel aux aides des uns et des autres. "On ne va pas imprimer de tracts ni d'affiches, et on ne va pas se déplacer. On va surtout travailler sur les réseaux sociaux", poursuit celui qui a écrit deux posts sur le site d'extrême droite Boulevard Voltaire.

Moins ferme, Frédéric Mestdjian avance la participation d'un "financier", mais son organisation pourrait changer si la liste fusionne. De son côté, Patrick Cribouw attend encore des "confirmations de promesses de dons."

Nous avons d'énormes difficultés à trouver des financements, surtout depuis que je suis moins médiatisé, et parce que je refuse de faire appel à une banque.Jean-François Barnaba, liste "Jaunes et citoyens"à franceinfo

Le plafond des dépenses électorales est fixé à 9,2 millions d'euros pour les européennes et seules les listes ayant obtenu au moins 3% des suffrages exprimés pourront être remboursées d'une partie de leurs frais. "Nous avons besoin de 800 000 euros pour être le plus visible possible, mais chaque personne ne peut pas donner plus de 4 600 euros. Il nous faut réunir énormément de donateurs", s'alarme Jean-François Barnaba.

Le 25 avril, un sondage Ifop-Fiducial créditait une éventuelle liste unique de "gilets jaunes" de 2% des intentions de vote, note BFMTV. Qu'en serait-il s'il y en avait plusieurs ? Qu'importe les sondages, Jean-François Barnaba assure : "Nous serons dans la course, notre liste est faite. Nous devons traduire nos aspirations politiquement."