Européennes : six questions sur la liste "gilets jaunes" Ralliement d'initiative citoyenne, menée par Ingrid Levavasseur

Plusieurs "gilets jaunes" ont lancé mercredi la liste Ralliement d'initiative citoyenne en vue des élections européennes. 

Ingrid Levavasseur, l\'une des figures du mouvement des \"gilets jaunes\", le 15 janvier 2019 à Grand Bourgtheroulde (Eure), lors du lancement par Emmanuel Macron du grand débat national. 
Ingrid Levavasseur, l'une des figures du mouvement des "gilets jaunes", le 15 janvier 2019 à Grand Bourgtheroulde (Eure), lors du lancement par Emmanuel Macron du grand débat national.  (ISA HARSIN / SIPA)

Des "gilets jaunes" se préparent pour les élections européennes. Après le lancement du "Rassemblement 'gilet jaune' citoyen" en décembre par le chanteur Francis Lalanne, des membres du mouvement ont annoncé, mercredi 23 janvier, la mise en place du Ralliement d'initiative citoyenne (RIC), mené par Ingrid Levavasseur. 

Cette liste est composée, à ce stade, de dix personnes. L'objectif est de rassembler 79 candidats avant "mi-février", a précisé le Ralliement d'initiative citoyenne dans un communiqué mercredi. Hayk Shahinyan, le directeur de campagne, a annoncé au Figaro qu'ils allaient "lancer un appel aux dons et peut-être une campagne de crowdfunding", en vue du scrutin le 26 mai. Qui sont les premiers membres de cette liste ? Pour quelles raisons se présentent-ils, et comment réagissent les figures du mouvement des "gilets jaunes" ? Eléments de réponse. 

1Qui sont les premiers candidats de cette liste ?

Le choix de lancer une liste aux européennes s'est décidé au sein d'une coordination nationale du mouvement, a précisé sur franceinfo Hayk Shahinyan. Le communiqué de cette nouvelle liste présente pour l'instant dix candidats, menés par l'une des figures du mouvement des "gilets jaunes", Ingrid Levavasseur. Cette aide-soignante de 31 ans, résidant dans l'Eure, avait refusé début janvier de participer en tant que chroniqueuse à l'émission "Et en même temps" de BFMTV, présentée par Apolline de Malherbe. 

Les neuf autres membres, âgés de 29 à 53 ans, sont comptable, cariste, commercial, juriste ou encore fonctionnaire territorial. Il s'agit de Côme Dunis, Myriam Clément, Frederic Mestdjian, Brigitte Lapeyronie, Ayouba Sow, Agnès Cordier, Marc Doyer, Barbara Turini et Geoffrey Denis. 

Certains ne sont pas des néophytes en politique. Comme l'a relevé le journaliste Vincent Glad sur Twitter, l'une des membres du Ralliement d'initiative citoyenne, Brigitte Lapeyronie, est conseillère municipale sans étiquette à Nandy (Seine-et-Marne). Elle a néanmoins participé au conseil national du parti de centre-droit Union des démocrates et indépendants (UDI), jusqu'en septembre 2013, précise le journaliste. D'après lui, un autre membre, Marc Doyer, a été "candidat à l'investiture" La République en marche pour les élections législatives en 2017. En novembre, ce dernier était également présenté comme "membre du bureau départemental de La République en marche" dans l'Oise. 

Le directeur de campagne de la liste, Hayk Shahinyan, est également un ancien du Mouvement des jeunes socialistes (MJS) de Dieppe (Seine-Maritime), précise le site actu.fr

Comment les 69 autres membres de la liste seront-ils désignés ? "Nous allons ouvrir la liste à toutes celles et tous ceux qui souhaitent intégrer ce projet. Ensuite, il y aura une votation interne entre candidats retenus", a précisé sur franceinfo Hayk Shahinyan

2Pourquoi lancer une liste aux européennes ?

Dans son communiqué, la liste Ralliement d'initiative citoyenne affirme que les "gilets jaunes" ont fait émerger "la nécessité de transformer la colère en un projet politique humain, capable d'apporter des réponses aux Français qui soutiennent le mouvement des 'gilets jaunes' depuis des mois".

Nous, citoyens français, ne voulons plus subir les décisions des instances européennes et les diktats des castes de financiers et de technocrates, qui ont oublié le principal : l'humain, la solidarité et la planète.la liste Ralliement d'initiative citoyennedans un communiqué

Dans ce texte, le RIC ajoute qu'en cas d'élection de ses membres, ces nouveaux eurodéputés auront "avant tout, la mission de porte-parole des citoyens qui seront consultés tout au long du mandat".

"L'ensemble des initiatives qui permettent de porter nos idées, nos revendications devant les Français sont les bonnes", a développé Hayk Shahinyan sur franceinfo. Les européennes doivent être l'une de ces expressions."

3Comment la campagne va-t-elle être financée ?

Le nerf de la guerre. Pour pouvoir présenter une liste aux européennes et assurer une campagne électorale, la liste Ralliement d'initiative citoyenne doit encore trouver les fonds nécessaires, d'un minimum de 700 000 à 800 000 euros, rappelle Le Figaro. "Nous avons pour l'instant à peu près 10% de cette somme, assure Hayk Shahinyan au quotidien. Nous allons lancer un appel aux dons et peut-être une campagne de crowdfunding." 

Problème, le "guide du mandataire" pour les élections européennes, mis en ligne sur le site de la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP) le 11 janvier précise que "la pratique du financement participatif (crowdfunding) n'est pas conforme à la législation relative à la perception de dons pour le financement des campagnes électorales, dans la mesure où les fonds sont recueillis par un intermédiaire autre que le mandataire financier ou l'association de financement". Ce qui n'empêche pas de pouvoir récolter des fonds en ligne à condition de créer son propre formulaire sur le site de la campagne ou du parti, précise Le Parisien.

En cas de manquement à cette règle, la sanction peut être sévère, ajoute le quotidien. En juin 2017, le Conseil constitutionnel avait déclaré inéligible pour un an une candidate aux législatives à Paris qui avait récolté 2 400 euros sur la plateforme Paypal, soit 36% des recettes de sa campagne. Autre point à ne pas négliger, seules les listes qui atteignent la barre des 3% des voix peuvent voir leurs frais de campagne remboursés. 

4Combien de voix la liste pourrait-elle obtenir ?

D'après un sondage Elabe pour BFMTV, dévoilé mercredi, une liste "gilets jaunes" pourrait obtenir 13% des votes lors des élections européennes, le 26 mai. Selon cette même étude, la liste La République en marche / Modem arrive en tête avec 23,5% des intentions de vote, suivie de la liste Rassemblement national (RN), avec 20,5% des voix. Une liste "gilets jaunes" arriverait devant Les Républicains (12,5%), la France insoumise (9,5%) et Europe Ecologie-Les Verts (9%). Pour Elabe, une liste représentant le mouvement "pénaliserait principalement le RN". 

Un autre sondage, réalisé par Ifop et rendu public la semaine dernière, donne de son côté 7,5% des intentions de vote pour une liste "gilets jaunes". Ce même sondage donne La République en marche / Modem en tête avec 23% des intentions de vote, et le Rassemblement national deuxième, avec 18,5% des voix. 

5Comment réagissent les "gilets jaunes" ?

Les avis des membres du mouvement sont très partagés sur le sujet. L'une des figures des "gilets jaunes", Eric Drouet, a publié sur la page Facebook "La France en colère" un communiqué, dans lequel il s'oppose à l'initiative. "Ce mouvement n'appartient à personne et chaque décision doit être approuvée par une majorité absolue, pas relative", lance-t-il. Eric Drouet a lancé un sondage à ce sujet sur la page. "Résultat sans équivoque, 18 000 votes (98%) contre une liste 'gilets jaunes', seulement 400 en sa faveur", annonce-t-il, jugeant cette initiative comme une "trahison" du fait du caractère apolitique du mouvement des "gilets jaunes". 

"Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée, a jugé Benjamin Cauchy, porte-parole des "gilets jaunes libres", au micro de franceinfo. Le mouvement des 'gilets jaunes' est un mouvement transpartisan, qui réunit de l'extrême gauche à l'extrême droite depuis plusieurs semaines sur les ronds-points. Je m'inquiète de la ligne politique que pourrait avoir une liste 'gilets jaunes' aux européennes", a-t-il estimé. Ce dernier a ajouté sur BFMTV avoir été "sollicité" pour participer à l'initiative. 

Pour l'instant, je la trouve un peu trop proche de Bernard Tapie, qui a accueilli ce mouvement dans les rotatives de 'La Provence', donc je me pose des questions.Benjamin Cauchy, porte-parole des "gilets jaunes libres"sur franceinfo

Contactée par franceinfo, Jacline Mouraud, autre figure du mouvement et membre du collectif des "gilets jaunes libres", "respecte" l'initiative, mais estime "qu'une liste 'gilets jaunes' aux élections européennes va faire monter en flèche La République en marche". "Et si LREM fait un très beau score, Emmanuel Macron va dire aux 'gilets jaunes' : 'J'ai retrouvé ma légitimité, vous rentrez chez vous'", craint-elle. "Tant que les violences continueront le samedi, les gens ne voteront pas pour une liste 'gilets jaunes'", renchérit Jacline Mouraud. 

Aller aux européennes, c’est une erreur. Il faut être prêt, connaître son sujet sur le bout des doigts. Ce scrutin arrive trop tôt pour le mouvement des 'gilets jaunes'.Jacline Mouraud, membre du collectif des "gilets jaunes libres"à franceinfo

Matthieu Blavier, "gilet jaune" dans les Bouches-du-Rhône, se dit quant à lui "embêté" par cette initiative. "Le mouvement, pour moi, il est apolitique, explique-t-il à franceinfo. Que certains souhaitent faire de la politique, pourquoi pas, mais n'entrons pas dans le système actuel, changeons-le." Pour lui, ces candidats aux européennes "vont se retrouver seuls". "Les gens n’ont plus confiance dans le système politique actuel. Ils vont se dire que ces 'gilets jaunes' vont se faire acheter", insiste-t-il. 

6Quelles sont les réactions politiques ?

"Ça ne me pose pas de problème qu'il y ait une liste 'gilets jaunes'", a réagi la présidente du Rassemblement national, Marine Le Pen, mercredi sur CNews. La question après, c'est qu'ils gardent leur indépendance et leur autonomie. Quand on voit autour de ces listes des anciens militants socialistes, ce danger, il existe", a-t-elle lancé, en référence à la participation d'Hayk Shahinyan au MJS. 

Nicolas Dupont-Aignan, président de Debout la France, a lui aussi émis des réserves face à cette liste. "Je crois qu'au contraire la force des 'gilets jaunes' tenait à leur diversité politique. A partir du moment où ils vont faire une liste il va bien falloir qu'ils clarifient les choses, a-t-il estimé sur BFMTV. Rendez-vous aux élections (...). Bonne chance."

Bruno Retailleau, chef de file des sénateurs LR, a de son côté estimé que le lancement de cette liste était "le jeu de la démocratie". "Je les félicite, je les encourage", a-t-il réagi. 

A gauche, le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, a salué l'initiative, jeudi matin sur France Inter"Je préfère très largement des 'gilets jaunes' qui se confrontent au suffrage universel plutôt que ceux qui appellent à des 'nuits jaunes' et qui, en réalité, sont dans une dérive dangereuse", a-t-il déclaré. Au sein de la France insoumise, Marion Aubry, tête de liste du mouvement pour les européennes, a jugé que "c'est toujours une bonne nouvelle quand des personnes s'engagent en politique, et portent des thèmes de justice fiscale, de partage du pouvoir et des richesses". Pour cette dernière, ces sujets "font écho aux propositions qui ont été les nôtres pendant un long moment". 

Le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, a quant à lui estimé qu'il s'agissait d'un "processus intéressant""Chacun est libre dans notre pays de constituer une liste, de porter ses idées. Moi je préfère qu'on le fasse dans les urnes à visage découvert, plutôt que planqué derrière des pseudos anonymes sur des réseaux sociaux ou cagoulés dans des manifestations avec des violences", a-t-il développé sur Radio Classique. "C'est plus sain, c'est plus net."