Tourisme, grande distribution... Quelles sont les conséquences économiques du mouvement des "gilets jaunes" ?

Après trois semaines de mobilisation des "gilets jaunes", l'Etat a accepté d'indemniser à hauteur de 2,5 millions d'euros les entreprises touchées par le mouvement.

Des \"gilets jaunes\" sur l\'avenue des Champs-Elysées à Paris, le 24 novembre 2018.
Des "gilets jaunes" sur l'avenue des Champs-Elysées à Paris, le 24 novembre 2018. (DENIS MEYER / HANS LUCAS / AFP)

Nouvelle mobilisation nationale pour les "gilets jaunes". Le mouvement maintient la pression sur le gouvernement, samedi 1er décembre, en manifestant partout dans le pays, notamment sur les Champs-Elysées, où de nombreuses dégradations ont été commises il y a une semaine.

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Trois semaines après l'acte de naissance du mouvement, de nombreux représentants de la grande distribution, des artisans et des commerçants alertent sur ses conséquences économiques, à quelques semaines des fêtes de fin d'année. 

Plus d'un million d'euros de dégâts sur les Champs-Elysées

Les dégâts atteignent "déjà plus d'un million d'euros", a affirmé le 30 novembre Colombe Brossel, adjointe à la maire de Paris chargée de la sécurité. Des dégradations qui touchent "la chaussée, la voie, l'éclairage public… C'est colossal", a-t-elle précisé.

L'élue a expliqué que ce serait à la Ville de Paris de prendre en charge cette facture. Un chiffre qui ne prend pas en compte les dégâts enregistrés sur plusieurs commerces et restaurants des Champs-Elysées et les nouvelles dégradations qui ont eu lieu samedi 1er décembre.

Dix millions d'euros en moins pour les hôtels parisiens

Les scènes de violence sur les Champs-Elysées le 24 novembre ont entraîné des annulations de réservations qui ont coûté environ 10 millions d'euros aux hôtels parisiens, selon un communiqué du cabinet d'études MKG, évoquant "un manque à gagner sur le chiffre d'affaires des hôtels pouvant aller jusqu'à 20%".

Le cabinet estime entre 20 000 et 25 000 le nombre de nuitées annulées pour le mois de décembre, avec des pics durant les week-ends, notamment celui de la Saint-Sylvestre. Jusque-là, l'hôtellerie d'Ile-de-France avait enregistré des résultats positifs, avec une fréquentation en hausse sur les dix premiers mois de l'année 2018. Grâce au retour des touristes étrangers en France, les hôtels avaient "enfin retrouvé voire légèrement dépassé" les niveaux précédant les attentats de 2015, note le communiqué.

Au moins 104 000 euros de réparations sur l'A84

Plus de 600 camions ont bloqué l'autoroute A84 dans la Manche le 17 novembre, au niveau de l'échangeur de Guilberville. Le coût de ce blocage qui a duré quatre jours a dans un premier temps été estimé à 200 000 euros par la préfecture avant d'être divisé de moitié, précise France Bleu Cotentin. La facture des dégâts s'élève plutôt à 104 000 euros.

"Quand nous avons fait évacuer le point de blocage de Guilberville, les équipes techniques de la direction des routes m'ont fait un premier rapport absolument apocalyptique disant qu'on avait de très gros dégâts, ils ont été évalués à ce moment-là autour de 200 000 euros, s'est défendu le préfet de la Manche, Jean-Marc Sabathé. Ça reste une très grosse somme et c'est de l'argent public."

Les services de l'Etat ont notamment dû remplacer l'enrobé de la chaussée détruit par des feux de pneus et refaire le tracé de signalisation.

Au moins 315 millions d'euros de pertes pour la grande distribution

Selon les chiffres du magazine spécialisé LSA, le manque à gagner total pour les super et hypermarchés pour les week-ends des 17 et 24 novembre s'élève à 315 millions d'euros. Selon le ministère de l'Economie, la perte de chiffre d'affaires globale enregistrée dans la grande distribution a atteint 35% le 17 novembre et 18% le 24 novembre. 

C'est dans les agglomérations dont la population est comprise entre 20 000 et 100 000 habitants que les chutes ont été les plus fortes, 20,1% sur le premier week-end et 24,4% pour le second, reprend LSAEn revanche, les agglomérations ayant moins de 5 000 habitants ou plus de 250 000 ont mieux résisté. Les grandes surfaces des agglomérations de moins de 5 000 habitants ont connu une chute limitée à 3,8% les trois jours du premier week-end et de 2,8% pour ceux du second week-end. La région parisienne et les agglomérations de plus de 250 000 habitants ont respectivement enregistré des baisses de 8,2% et 10,7%.

Des centaines d'"heures perdues" pour les entreprises

Elles demandent une aide de l'Etat : 206 entreprises ont alerté le ministère du Travail sur les conséquences du mouvement des "gilets jaunes" sur leur activité. Parmi ces entreprises, le mouvement a fragilisé environ 5 000 emplois et représente près de 300 000 heures de chômage partiel. Selon les informations d'Europe 1, l'Etat a accepté de les indemniser à hauteur de 2,5 millions d'euros.

Selon Bercy, pour certains artisans bouchers, coiffeurs ou boulangers, les baisses de chiffre d'affaires peuvent atteindre 60% à 70%, tandis que les pertes pour les marchés de gros sont évaluées entre 30% et 40%.

Pour soutenir les entreprises les plus pénalisées et dont la trésorerie serait fragilisée par ce manque à gagner, le gouvernement a annoncé six mesures, dont une accélération des indemnisations d'assurance. 

Plus de 500 millions d'euros de pertes sur l'île de La Réunion

Sur l'île de La Réunion, l'économie est paralysée. Depuis le début du mouvement, la plupart des commerces, bars et restaurants ont fermé, les chantiers sont à l’abandon et les entreprises ne peuvent pas livrer leur production, décrit Le Monde.

"Depuis le samedi 17 novembre, nous avons perdu 500 millions d’euros de chiffre d’affaires dans le commerce !" affirme Ibrahim Patel, le président de la chambre de commerce et d’industrie de La Réunion. Selon lui, "40% [des salariés du commerce] n’arrivent pas à se déplacer correctement pour aller travailler". Concernant les exportations, le représentant évalue les pertes à 10 millions d’euros. Quant à la filière artisanale, qui fait vivre 43 000 familles, elle enregistrait, le 23 novembre, 30 millions de perte de chiffre d'affaires.

Le taux de chômage sur l'île est de 23%, et 40% de la population vit sous le seuil de pauvreté. Par ailleurs, le niveau de vie médian est 30% inférieur à celui de l'Hexagone, détaille Réunion La 1ère.