Liste "gilets jaunes" aux européennes : "Nous souhaitons nous engager sur le long terme", explique le directeur de campagne

Hayk Shaninyan, directeur de campagne de la liste "gilets jaunes" a expliqué sur franceinfo que le mouvement voulait "s'engager sur le long terme". 

Ingrid Levavasseur sera la tête de liste pour les européennes. 
Ingrid Levavasseur sera la tête de liste pour les européennes.  (CHARLY TRIBALLEAU / AFP)

Alors que des membres du mouvement des "gilets jaunes" ont annoncé mercredi 23 janvier vouloir déposer une liste de candidats aux élections européennes, Hayk Shaninyan, directeur de campagne de cette liste a affirmé sur franceinfo qu'il ne s'agissait que d'une première étape : "Nous souhaitons nous engager sur le long terme."

franceinfo : Qu’est-ce qui vous a décidé à vous lancer cette liste ?

Hayk Shaninyan : Nous avons évoqué cette possibilité au sein d’une coordination nationale, qui regroupe plusieurs dizaines d’initiatives. Certains étaient pour, d’autres contre l’idée d’une liste aux européennes. Nous avons beaucoup discuté, et finalement nous avons décidé que l’ensemble des initiatives qui permettent de porter nos idées, nos revendications devant les Français sont les bonnes. Les européennes doivent être l’une de ces expressions.

Comment Ingrid Levavasseur a-t-elle été choisie comme tête de liste ?

Elle a été choisie par l’ensemble de ceux qui font partie de cette coordination nationale, tout simplement parce qu’elle incarne de manière assez emblématique ce qu’a été le mouvement depuis le premier jour, un mouvement porté par de nombreuses femmes, porté par des citoyens "lambda" qui travaillent notamment dans des zones rurales. Elle est infirmière, donc elle connaît aussi toutes les galères de celles et ceux qui travaillent dans ces domaines. Elle était sur le terrain dès le premier jour. Elle incarne parfaitement le mouvement.

Quelle est la ligne politique que vous allez vouloir incarner avec cette liste ?

Citoyenne ! Premièrement, la liste doit ressembler à ce que sont les citoyens français : il n’y a pas d'ancien député, de personne d'autre parti politique, d'énarque, de technocrate. On a essayé de faire une liste avec, vraiment, des gens qui sont sur le terrain depuis le premier jour, qui connaissent leur métier. Nous souhaitons inventer un nouveau mode de fonctionnement. Les "gilets jaunes" au Parlement européen seront des représentants des citoyens, et ils vont voter ce que les citoyens vont leur dire. C’est-à-dire que nous allons sortir de l'opacité actuelle, les citoyens français vont savoir en temps réel tout ce qui se passe à l'intérieur, les projets qui se votent, les projets de loi qui passent, ils vont pouvoir donner leur avis, et les députés européens "gilets jaunes" vont voter ce que les citoyens souhaitent qu'ils votent.

Via une plateforme en ligne, par exemple ?

C'est ça. Elle va être ouverte à tous les Français, quels qu'ils soient. L'idée est de sortir de ce système dans lequel un député n'est pas un député de sa circonscription, de ses citoyens, mais devient prisonnier de son parti politique. Nous en avons marre, de ce système-là.


Il y a, pour l'instant, dix personnes sur votre liste. Comment vont être choisies les autres ? Il en faut 79 en tout ?

Via du participatif : nous allons ouvrir la liste à toutes celles et tous ceux qui souhaitent intégrer ce projet. Ensuite, il y aura une votation interne entre candidats retenus, notamment au casier judiciaire vierge, ce genre de critère qui doit absolument être respecté. Cela nous permettra de décider de la suite de la liste. Nous avons besoin d'ouvrir cette liste à vraiment tous les citoyens qui souhaitent venir dans ce combat avec nous. En ce qui concerne les dix premiers, nous les avons choisis au sein de la coordination nationale, en fonction de leur investissement, leurs compétences, ce qu'ils ont fait depuis le début au sein du mouvement…

On entend déjà certaines critiques disant que vous entraînez une division des voix, ce qui peut mener à une victoire de LREM…

C'est une fausse critique, à mon sens, pour deux raisons. Premièrement, il faut regarder les choses sur le long terme : est-ce que, vraiment, Emmanuel Macron, ou tout autre parti politique, a vraiment intérêt à voir un mouvement citoyen, horizontal, avec de la révocabilité, un fonctionnement innovant, partant de la base, s'imposer sur le champ politique ? Evidemment que non. Donc, maintenant, en ce qui concerne les élections européennes, est-ce que Emmanuel Macron va arriver en tête ou non, ce n'est pas la question, puisqu'il s'agit d'une élection proportionnelle. Nous avons vu que, aux dernières élections, Marine Le Pen était arrivée en tête. Il y a des gens qui ont cru que, en arrivant en tête de l'élection européenne, elle allait changer quoi que ce soit au Parlement européen ou au système. Elle n'a rien changé du tout. C'est une élection qui va nous permettre de montrer l'exemple, et de montrer que ce fonctionnement est tout à fait possible, que les citoyens lambda qui sortent de nulle part peuvent faire un travail concret et, finalement, embrayer sur les autres échéances électorales, puisque nous souhaitons nous engager sur le long terme.