VRAI OU FAKE Le "gilet jaune" Maxime Nicolle va-t-il vraiment obtenir sa carte de presse ?

Celui qui est aussi connu comme "Fly Rider" estime qu'il pourra être reconnu en tant que journaliste professionnel d'ici trois mois environ. Mais Quartier général, la web-télé pour laquelle il va travailler, n'est pas encore admise comme entreprise de presse. L'obtention de cette classification, comme celle de la carte de presse, ne sont pour l'heure pas garanties.

Maxime Nicolle, alias \"Fly Rider\", le 1er mai 2019 à Paris, lors d\'une journée de mobilisation des \"gilets jaunes\".
Maxime Nicolle, alias "Fly Rider", le 1er mai 2019 à Paris, lors d'une journée de mobilisation des "gilets jaunes". (ALAIN JOCARD / AFP)

La déclaration en a laissé beaucoup incrédules. Maxime Nicolle, l'une des figures les plus médiatiques des "gilets jaunes", connu notamment pour les rumeurs qu'il relaie sur Facebook, a annoncé dans l'une de ses vidéos qu'il allait prochainement recevoir sa carte de presse, la carte d'identité des journalistes professionnels. 

Maxime Nicolle va en effet rejoindre Quartier général, la web-télé lancée par Aude Lancelin, ancienne directrice adjointe de L'Obs qui a officié un temps à la direction du Média, autre web-télé, proche de La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon, qu'elle a quittée en avril dans des circonstances mouvementées.

L'arrivée de "Fly Rider" à QG a été officialisée début septembre, lors d'une conférence à laquelle le "gilet jaune" et la journaliste participaient, et dont des extraits ont été diffusés sur les réseaux sociaux. Contactée par franceinfo, l'équipe de QG confirme que Maxime Nicolle a été engagé en CDI et qu'il commencera à travailler comme chroniqueur dans l'émission "Quartier jaune" à partir du vendredi 20 septembre. "Je vais toucher un peu plus de 1 000 euros", glisse "Fly Rider" dans sa vidéo. Mais cela ne saurait suffire à lui permettre d'obtenir une carte de presse. 

Pour décrocher le précieux sésame, Maxime Nicolle doit déjà en faire la demande à la Commission de la carte d'identité des journalistes professionnels (CCIJP). Interrogée par franceinfo, la CCIJP refuse de donner la moindre information sur l'éventuel dépôt d'une demande par Maxime Nicolle, comme sur la possible attribution d'une carte de presse au "gilet jaune".

Deux commissions et beaucoup d'obstacles

La CCIJP rappelle les conditions que "Fly Rider" doit remplir, telles qu'elles sont définies par le Code du travail. D'abord, le journalisme doit être son "occupation principale et régulière". En cas de première demande, il doit avoir travaillé en tant que journaliste pendant trois mois consécutifs. Ensuite, cette activité journalistique doit représenter "l'essentiel de ses ressources", soit plus de 50% de ses revenus. Maxime Nicolle est au fait de ces critères, qu'il énumère lui-même dans sa vidéo. Reste un dernier point : il doit exercer "dans le cadre de la profession", c'est-à-dire que son activité et l'entreprise dans laquelle il travaille doivent être considérées comme relevant de la presse.

Cela signifie que la web-télé d'Aude Lancelin doit être reconnue comme organe de presse par la Commission paritaire des publications et agences de presse (CPPAP), une instance composée à parité de représentants de l’administration et de professionnels de la presse, dont les critères sont stricts. La web-télé s'est lancée en juin. Et la commission ne se réunit que six à sept fois par an pour prendre ses décisions. Jointe par franceinfo, la CPPAP confirme que Quartier Général ne fait pas partie des médias en ligne reconnus, dont la dernière liste en date, arrêtée début juillet, est consultable ici. Peut-être QG obtiendra-t-il cette reconnaissance, comme cela a été le cas pour le Média. Les demandes doivent être adressées à la CPPAP au plus tard le 25 octobre, pour pouvoir être examinées lors de la prochaine réunion de la commission.

Une condamnation en 2012

Maxime Nicolle doit aussi joindre à son dossier un extrait de son casier judiciaire. Or "Fly Rider" a été condamné en 2012 à huit mois de prison pour menaces de mort, séquestration et violences, comme il l'avait lui-même reconnu dans Le Télégrammequi avait révélé l'information. Comme l'explique la CCIJP à Libération, le fait qu'un casier judiciaire ne soit pas vierge peut être un obstacle à l'obtention de la carte de presse.

Quand QG sera reconnu comme entreprise de presse et quand Maxime Nicolle aura travaillé trois mois pour ce média dont il tirera plus de la moitié de ses revenus, il pourra faire une demande de carte de presse. La CCIJP décidera alors, après examen de son dossier, si elle lui accorde ou non sa carte de journaliste professionnel. S'il l'obtient, Maxime Nicolle sera pendant deux ans un journaliste stagiaire, puisqu'il n'a pas suivi le cursus de formation d'une école de journalisme reconnue par la profession.