"Gilets jaunes" : "Il y a une forme de banalisation de la mobilisation et une incapacité à se réinventer"

Arnaud Benedetti, professeur associé en histoire de la communication, analyse ce 23e samedi de mobilisation des "gilets jaunes".

Manifestation des \"gilets jaunes\" à Paris le 20 avril 2019.
Manifestation des "gilets jaunes" à Paris le 20 avril 2019. (JULIEN PASQUALINI / FRANCE-INFO)

"Il y a une forme de banalisation de la mobilisation et, surtout, une incapacité des 'gilets jaunes' à se réinventer en matière de communication politique, a estimé sur franceinfo samedi 20 avril Arnaud Benedetti, professeur associé en histoire de la communication à l'université Paris IV Sorbonne. Les mesures qu'entend prendre le président ne sont pas des mesures qui sont susceptibles de calmer les 'gilets jaunes'", a-t-il poursuivi.

franceinfo : Comment analysez-vous cette nouvelle journée de mobilisation ?

Arnaud Benedetti : Le face-à-face continue et les 'gilets jaunes' persistent à mettre la pression sur le président, et le gouvernement, au moment où il s'apprête à annoncer les mesures qu'il entend prendre pour résoudre la crise. Finalement, on est dans la reproduction d'un phénomène qui, depuis 23 semaines, ne cesse d'égrainer la vie politique et sociale avec un petit fléchissement de la mobilisation. Le plus important, c'est la bataille de l'opinion publique, entre le président et les 'gilets jaunes'. On voit que cette opinion publique a, d'une certaine façon, infléchi son soutien mais il reste toutefois important après plus de cinq mois de mobilisation.

Pourquoi ce fléchissement ?

Le fléchissement de la mobilisation ne veut pas dire fléchissement du soutien. Il est lié à la répétition, semaine après semaine, de l'évènement. Il y a une forme de banalisation de la mobilisation et, surtout, une incapacité des 'gilets jaunes' à se réinventer en matière de communication politique. Le deuxième aspect, c'est que les violences, qui ont égrainé les mobilisations, ont peut-être dissuadé un certain nombre des 'gilets jaunes', du début, de continuer à venir sur le terrain, samedi après samedi. Le troisième aspect, qui à mon avis est le plus incertain, c'est l'effet du grand débat qui peut avoir, d'une certaine façon, convaincu une certaine frange de la population. L'attente reste forte, tout va se jouer dans les semaines qui viennent. D'abord, l'annonce par le président des mesures qu'il entend prendre et, surtout, la réception de ces mesures par les 'gilets jaunes' et une partie de l'opinion publique. Or, ce que l'on voit se dessiner depuis quelques jours, suite aux fuites dans les colonnes d'un certain nombre de vos confrères, c'est que les mesures qu'entend prendre le président ne sont pas des mesures qui sont susceptibles de calmer les 'gilets jaunes'.

Certains disent qu'Emmanuel Macron, qui ne voulait pas l'être, est le président du pouvoir d'achat, êtes-vous d'accord ?

Il est clair que, depuis le 11 décembre, le président de la République a beaucoup lâché. Ce qu'il faut bien analyser, c'est qu'en près de 24 mois de mandat, ceux qui ont fait le plus bouger le gouvernement et le président, sur la question sociale, ce sont les 'gilets jaunes', bien plus que les syndicats ou les oppositions politiques les plus radicales. C'est indéniablement ce mouvement, qui est apparu alors que personne ne le voyait venir, qui a vraisemblablement infléchi, de la manière la plus évidente, la politique du gouvernement. C'est vrai qu'on peut considérer que le président a été obligé de lâcher du lest, contrairement à ce qu'il annonçait et à l'image qu'il a essayé de se bâtir dès son élection, c'est-à-dire un président inflexible et qui ne cède pas aux assauts de l'opinion publique.