"Gilets jaunes" : comment Valence se prépare à être l'un des points chauds de la mobilisation de samedi

Les "gilets jaunes" ont appelé à une forte mobilisation samedi 2 février dans cette ville récemment visitée par Emmanuel Macron. Conséquence : la municipalité a pris des mesures drastiques pour éviter tout débordement tandis que des tensions sont apparues entre certains organisateurs. 

Quelque 1 800 \"gilets jaunes\" manifestent à Valence (Drôme), le 12 janvier 2019.
Quelque 1 800 "gilets jaunes" manifestent à Valence (Drôme), le 12 janvier 2019. (MAXPPP)

Après Bourges, il y aura donc Valence. Le chef-lieu de la Drôme se prépare à une manifestation massive des "gilets jaunes", samedi 12 février, lors de cette douzième journée de mobilisation. "Entre 6 000 et 10 000 personnes" sont attendues, selon Steven Lebee, l'un des organisateurs, dans cette ville de 62 000 habitants. De quoi inquiéter la préfecture de la Drôme ainsi que la mairie de Valence qui ont pris des mesures drastiques pour éviter tout débordement.

"On va mettre Valence sous cloche de 7 heures à 21 heures", a ainsi confié Nicolas Daragan, le maire LR de la ville, à franceinfo. Concrètement, la municipalité a, par exemple, démonté les plaques en fonte situées auprès de plus de 300 arbres. "Plus de 400 corbeilles à papier et plus de 500 plots-barrières ont été rescellés. Dans les rues piétonnes, on a mis de l’enrobé sur les plots qui ne sont pas bien scellés pour que cela ne serve pas de projectile", a-t-il expliqué. L'accès au centre de la ville "ne sera autorisé qu’aux riverains, à pied ou en véhicule, ainsi qu’aux personnes exerçant une activité professionnelle en son sein", a, par ailleurs, annoncé la préfecture dans un communiqué. 

"On est là pour que tout se passe bien"

Les autorités craignent en effet la présence de casseurs. Le préfet de la Drôme, Eric Spitz, a indiqué à France Bleu s'attendre à "environ 500 à 600" casseurs. Un chiffre avancé à partir de la manifestation de Bourges (Cher) : "Il y avait 6 400 manifestants, environ 500 casseurs qui se sont attaqués au mobilier urbain, aux commerces, aux banques, c'était compliqué", dit-il.

Ces arguments sont balayés par Steven Lebee. "C'est un appel à ce qu'il y ait plus de casseurs. C'est impossible à calculer, il faut être réaliste. Et à Bourges, il n'y a pas eu 10% de casseurs. Il y avait une interdiction de manifester en centre-ville mais les forces de l'ordre n'ont pas empêché les personnes d'aller casser", assure-t-il. "Je veux rassurer tout le monde, on est là pour que ça se passe bien", avait-il préalablement affirmé à France BleuPas de quoi "rassurer" le maire de la ville qui dit être habité par "la crainte".

On n'a pas envie qu'il y ait des affrontements. On est une ville paisible.Nicolas Daragon, maire de Valenceà franceinfo

Pour l'édile, pas de doute, la visite d'Emmanuel Macron à Valence puis à Bourg-de-Péage, le 24 janvier, a tout changé : "C’est le branle-bas de combat depuis que lundi on s’est aperçu qu’il y avait eu une poussée de fièvre sur les réseaux sociaux. Pour être très clair, jusqu’à la venue à Valence d’Emmanuel Macron, il y avait 1 000 inscrits. Cette manifestation, annoncée depuis trois semaines, a vu flamber le nombre de participants depuis la visite du président de la République."

"On n'a pas à déclarer notre ras-le-bol"

Si l'on ne peut prédire le nombre de manifestants ou de casseurs, une chose reste certaine : ce rassemblement ne sera pas déclaré."C'est un mouvement citoyen qui appartient au peuple, ce n'est pas une simple manifestation, on n'a pas à déclarer notre ras-le-bol", signale Steven Lebee. Une déclaration qui a de quoi faire tiquer Lilou. Cette ambulancière est l'une des organisatrices des mobilisations de "gilets jaunes" à Valence, toutes déclarées. Avec les autres figures locales du mouvement, elle ne prend pas part à l'organisation de la manifestation samedi. Ainsi, "les organisateurs locaux se sont retirés car ils n'étaient pas d'accord sur beaucoup de choses et avaient peur que ça dégénère", explique Steve Lebee. Ce sont des organisateurs régionaux qui ont pris le relais. 

"Depuis le début, je ne suis pas d'accord avec cette mobilisation. Valence est une petite ville par rapport à Paris ou Lyon. Jusque-là, ça se passait bien, là avec 6 000 à 10 000 personnes, on craint des débordements", soupire Lilou. Cette dernière appelle "les personnes à mobilité réduites ainsi que les familles" à ne pas venir manifester. Lilou, elle, sera de garde toute la journée à l'hôpital. "Le parcours passe par l'hôpital, imaginez-vous. Il va y avoir 10 000 personnes sous les fenêtres, on va avoir des entrées sécurisées pour le personnel".

Avant même qu'elle ne se produise, la mobilisation valentinoise a déjà une conséquence forte sur les organisateurs locaux des "gilets jaunes". "Avec cette manif, la cellule a été éparpillée, c'est très compliquée. On verra comment se passe samedi pour se projeter sur les mois prochains", conclut Lilou.