"Gilets jaunes" : "Ça tourne au ridicule, il faut une stratégie", estime une ancienne figure du mouvement

Plusieurs manifestations sont organisées samedi 9 mars pour une 17e journée de mobilisation. Pour Fabrice Schlegel, une ancienne figure des "gilets jaunes" dans le Jura, le mouvement doit se réinventer. 

Des \"gilets jaunes\" lors du rassemblement du 2 mars 2019 à Bordeaux
Des "gilets jaunes" lors du rassemblement du 2 mars 2019 à Bordeaux (COTTEREAU FABIEN / MAXPPP)

Avec les violences et le sit-in sur le Champs-de-mars à Paris vendredi 8 mars qui fût un échec, le mouvement des "gilets jaunes" "tourne au ridicule" en animant des "idiots utiles" aux médias, tels qu'Eric Drouet et Maxime Nicolle, selon Fabrice Schlegel, une ancienne figure du mouvement contestataire dans le Jura. "Il faut s'organiser, il faut des têtes pensantes et il faut une stratégie. Et ce n'est surtout pas en se mobilisant le samedi de 9h à 18h qu'on va changer la France", déclare-t-il samedi 9 mars sur franceinfo avant une nouvelle journée de mobilisation.

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franceinfo : Vous avez pris des distances avec le mouvement des "gilets jaunes", quatre mois après son début. Pourquoi ?

Fabrice Schlegel : Oui, j'ai pris une forme de distance parce que j'ai l'impression qu'on est arrivé au bout d'un cycle. J'ai pris des distances début décembre, parce qu'on voit très bien que le mouvement n'est plus efficient dans sa forme actuelle et qu'il faut se réinventer. N'oublions pas quand même que le soutien populaire était encore de 70% il y a quelques semaines. Ça veut dire qu'il y a des gens qui sont mobilisables différemment, parce qu'on voit bien que la violence ou alors un sit-in, ça tourne au ridicule. Aujourd'hui, les médias sont un peu responsables, dans le sens où ils ont gardé des idiots utiles, parce qu'il faut le dire, sur les plateaux télé, Fly Rider [Maxime Nicolle] ou Eric Drouet, ne sont pas ceux qui vont faire le plus de mal à Emmanuel Macron.

Pensez-vous que les violences ont dévoyé l'idée de départ des "gilets jaunes" ?

Bien évidemment. Les violences et concomitamment les dégâts collatéraux, par exemple vis-à-vis de nos commerçants. Ce sont des gens qui sont accablés par les charges, les impôts, les réglementations, et puis là tous les samedis on les met un peu plus en difficulté avec des actions qui ne sont pas réfléchies. À un moment donné, il faut que le peuple s'organise, parce que les vraies raisons, les raisons originelles sont là, sont valables, sont justifiables, et il faut qu'on sorte de cette France qui se complaît dans une médiocrité depuis quarante ans. Donc effectivement le peuple doit se lever mais pas comme ça. Ce n'est pas en allant brûler une Porsche dans le 7e arrondissement de Paris qu'on va faire avancer les choses.

Le grand débat national et un référendum éventuel peuvent-ils faire avancer les choses ?

C'est du bricolage. Quand on parle de 10 points de dépenses publiques en moins, si on devait libérer 45%, ce n'est pas avec un grand débat ou les supposés 10 milliards d'euros de mesures sociales annoncées par Emmanuel Macron en réponse au mouvement des "gilets jaunes". C'est souvent du manque à gagner ou alors ce sont les patrons qui paient, donc ce n'est pas un cadeau de 10 milliards qu'il a fait. C'est mieux que rien, mais je pense qu'il faut aujourd'hui arriver à un Grenelle de la fiscalité et réfléchir à cette fiscalité en France pour qu'elle soit efficiente car aujourd'hui on paie de plus en plus d'impôts, de plus en plus de taxes, et on a de moins en moins de services publics. Donc il faut à un moment qu'on se dise que chez nous il y a quelque chose qui ne va pas, on va faire une grande réforme.

Organiser un Grenelle de la fiscalité, ça veut dire travailler sur le long terme alors que des "gilets jaunes" demandent des actions immédiates. Comment faire ?

C'est quelque chose qui va se faire sur le long terme, c'est pour ça qu'il faut s'organiser, il faut un peu de verticalité en ce mouvement parce que de toute façon on ne peut pas faire de l'horizontalité comme ça et prendre des décisions collégiales tout le temps, ça ce n'est pas possible. Il faut s'organiser, il faut des têtes pensantes et il faut une stratégie. Ce n'est surtout pas en se mobilisant le samedi de 9h à 18h qu'on va changer la France. Les élections européennes, c'est quelque chose qui arrive trop tôt, une trop grosse machine à mettre en place et ce serait ridicule de se dire expert de la Commission européenne parce qu'on a fait les "gilets jaunes" deux mois avant. Mais déjà il faut se cultiver, il faut apprendre et il faut s'organiser, monter peut-être une structure, je n'ose pas dire un parti. En tout cas, le mot politique ce n'est pas un gros mot au départ, c'est s'occuper de la vie de la cité et il faut que ces gens qui sont en colère s'occupent de la vie de la cité.