Flash-ball : Le gouvernement "dénie le caractère dangereux de cette arme", selon l'avocat de neuf victimes

Étienne Noël, avocat de neuf victimes de lanceurs de balles de défense ou flash-ball, plaide aussi pour que les forces de l'ordre soient mieux formés à l'usage de ces armes.

Un policier fait usage de son flash-ball, lors de la manifestation des \"gilets jaunes\" à Paris, le 12 janvier 2019.
Un policier fait usage de son flash-ball, lors de la manifestation des "gilets jaunes" à Paris, le 12 janvier 2019. (JAN SCHMIDT-WHITLEY/ LE PICTORIUM / MAXPPP)

Les lanceurs de balles de défense (LBD) ou flash-ball utilisés par la police lors de manifestations sont sérieusement remis en cause par Jacques Tourbon, le Défenseur des droits. Il demande "leur suspension", en raison de leur "dangerosité". Lors des dernières manifestations des "gilets jaunes", il y a eu 40 personnes grièvement blessées par ces tirs. "J'ai un peu le sentiment que le gouvernement accélère [l'utilisation de ces armes] plus qu'autre chose", a expliqué sur franceinfo, vendredi 18 janvier, Étienne Noël, avocat de neuf victimes de LBD ou flash-ball.

franceinfo : Ce n'est pas la première fois que Jacques Toubon tire la sonnette d'alarme. Pensez-vous que cette fois il va être écouté ?

Étienne Noël : J'ai un peu le sentiment que le gouvernement accélère plus qu'autre chose. Il dénie le caractère dangereux de cette arme, ce qui a toujours été le cas. On sait qu'il y a des commandes énormes de LBD40 qui ont été passées. Ces LBD40 ont un chargeur, ce qui veut dire qu'ils peuvent tirer plusieurs cartouches sans avoir à recharger, ce qui me paraît encore plus dangereux que l'arme actuelle. Personnellement, je ne les vois pas trop revenir en arrière en ce moment.

Le secrétaire d'État Laurent Nuñez a déclaré que "la réponse des policiers était proportionnée" et l'usage de ces armes "encadré". En aucun cas les policiers n'ont réagi en situation de légitime défense ?

Je ne peux pas me prononcer pour l'ensemble des situations qui sont décrites. Vous avez trois paramètres simultanés. La zone de tir, les jambes et entre la ceinture et la ligne des épaules, la distance et le caractère de légitime défense. Je persiste à dire que tant qu'on n'aura pas amélioré la formation des tireurs, les personnels habilités qui utilisent les armes ne sauront pas maîtriser ces trois paramètres en quelques dixièmes de secondes comme c'est le cas dans une manifestation. Le secrétaire d'État, manifestement, est sourd et aveugle puisque toutes les personnes que nous voyons sont systématiquement atteintes à des zones interdites. C'est gravissime puisqu'un grand nombre d'entre elles sont mutilées.

C'est donc un problème de formation ?

Les policiers sont mal formés. On le sait, la CNDS (Commission nationale de déontologie de la sécurité), prédécesseur du Défenseur des droits, l'a dit vers 2009-2010. Cette formation n'a jamais été améliorée. Donc, on ne peut pas imaginer une seconde que ce qui dit le secrétaire d'État soit vrai. Dans l'immédiat, tant qu'on ne les formera pas mieux sur des cibles mouvantes, il faudra retirer des armes de la police. Il faut faire en sorte que les forces de l'ordre aient une conscience d'agir exclusivement en légitime défense. Il ne faut pas que cela devienne une arme banale qui soit utilisée en toutes circonstances, y compris pour attaquer.

Est-ce que cela doit passer par une loi ?

Que dirait cette loi ? Il suffit simplement de créer une réglementation et une déontologie qui prévoit une formation réellement structurée et efficace.