Emmanuel Macron sur les Champs-Élysées : "Les collègues sont en train de craquer, les saluts ne suffisent plus"

Alors qu'Emmanuel Macron a salué les forces de l'ordre et les pompiers qui sont intervenus en marge des manifestations des "gilets jaunes", les syndicats demandent des actes au président de la République.

Emmanuel Macron sur les Champs Élysees dimanche 2 décembre.
Emmanuel Macron sur les Champs Élysees dimanche 2 décembre. (ETIENNE LAURENT / EPA)

"Les collègues sont en train de craquer donc les saluts, les remerciements, les félicitations réthoriques et théoriques ne suffisent plus", a indiqué ce dimanche après-midi sur franceinfo Linda Kebbab, déléguée nationale du syndicat SGP Police-Fo. Dimanche 2 décembre, le président de la République, de retour d'Argentine, s'est rendu en haut des Champs-Élysées constater les dégâts à l'intérieur de l'Arc de Triomphe dégradé hier en marge de l'acte III de la mobilisation des "gilets jaunes".

franceinfo : Que pensez-vous du soutien d'Emmanuel Macron adressé aux forces de l'ordre ?

Linda Kebbab : Ça fait des années qu'on tente de détruire le dialogue social et qu'on prévient, et malgré tout, tout le monde reste sourd. La colère des policiers est vraiment grandissante, elle est immense ! Les collègues sont en train de craquer donc les saluts, les remerciements, les félicitations réthoriques et théoriques ne suffisent plus. Encore ce dimanche matin, on a sollicité les CRS dans ce déplacement [d'Emmanuel Macron sur les Champs-Élysées], et si cette mission est tout à fait normale, je tiens juste à rappeler que ce sont les mêmes hommes, samedi, qui se faisaient jeter des projectiles sur le visage. Donc aujourd'hui, non, ça ne suffit plus ! Il nous faut des mesures, il nous faut des réponses, il faut répondre aux doléances des "gilets jaunes". Il faut revoir en fait tout ce système qui casse et le service public, et les mesures sociales, les acquis sociaux obtenus de longue date par la société française. Non, ça ne nous suffit plus ! Et nous sommes clairement en attente de réponses fortes, de réponses concrètes.

Est-ce que les forces de l'ordre pourraient gérer une nouvelle journée comme hier ?

Comment voulez-vous que ça puisse être aisément possible ? Hier, on a même sollicité les collègues de banlieue. On ne peut pas revivre un samedi comme celui d'hier. Il y a eu des collègues qui ont été blessés. Je tiens juste à rappeler aux détracteurs de policiers qui ont dit que l'intégration des mesures de l'état d'urgence dans le droit commun étaient un permis de tuer pour les policiers. Hier les collègues ont été lynchés et ils ne doivent leur survie qu'à leur protection matérielle, et à la volonté de quelques "gilets jaunes" de les extraire de là : ils n'ont pas fait usage de leur arme à feu ! Il n'y a pas d'autres pays dans le monde où la police française n'aurait pas tiré pour sauver sa peau. Il faut impérativement mettre en place une nouvelle stratégie de surveillance et de maintien de l'ordre.

Qu'avez-vous ressenti en voyant les dégâts sur et à l'intérieur de l'Arc de Triomphe ?

C'est une image qui a choqué l'ensemble des Français. Voir cet Arc de Triomphe, le symbole républicain avec le tombeau du soldat inconnu... Vous vous rendez compte, le sacrifice d'un homme, à l'échelle de millions d'autres, pour un pays qui, aujourd'hui, est en train de tomber en lambeaux. Quand on voit les tags avec des injures, bien sûr qu'on peut exprimer sa colère et c'est la syndicaliste qui parle. Oui, bien sûr, la démocratie sociale est nécessaire. Mais on n'injurie pas un soldat qui est mort pour la France ! On a un collègue qui, hier, a été lynché aux pieds de ce tombeau du soldat inconnu, qui a pu s'extraire au dernier moment. Il s'est retrouvé seul avec des personnes qui le tabassaient et qui disaient : "Pourvu qu'on ait d'autres tombeaux", sous entendu : "Tuons les policiers là, aux pieds de l'Arc de Triomphe". Bien sûr que c'est choquant. C'est inacceptable et le problème, c'est que c'est un laxisme de plusieurs dizaines d'années contre lequel on se bat, mais malheureusement, on a le mutisme du gouvernement. Il faut impérativement que tout le monde prenne ses responsabilités et qu'on arrête, on est dans un état insurrectionnel.