Amazon : un "gilet jaune" de Saran, licencié pour faute grave, obtient gain de cause devant les prud'hommes

Cet agent d'exploitation du site Amazon de Saran (Loiret) avait été licencié pour faute grave, le 4 décembre 2018. Dans un message posté sur Facebook, il avait appelé à bloquer l'entrepôt.

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Radio France
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L'entreprise Amazon à Saran (Loiret), le 26 octobre 2018. (GUILLAUME SOUVANT / AFP)

Rémi Deblois, "gilet jaune", employé du site Amazon de Saran (Loiret), a obtenu gain de cause face à son employeur, a appris franceinfo par son avocat lundi 19 octobre. Le licenciement pour faute grave a été jugé "sans cause réelle et sérieuse" par le conseil des Prud'hommes d'Orléans.

Cet agent d'exploitation avait été licencié pour faute grave, le 4 décembre 2018, après avoir posté un message sur Facebook, appelant à bloquer l'entrepôt. "Pour frapper un grand coup et nuire à l'économie, blocages des entrepôts Amazon. La semaine du Black Friday commence demain et c'est encore les plus aisés qui vont en profiter", avait-il écrit sur Facebook le 18 novembre 2018.

"Amazon a voulu faire un exemple", selon son avocat

"Je pense en effet qu'Amazon a voulu, dès le début du mouvement des 'gilets jaunes', faire un exemple", a réagi son avocat Me Avi Bitton mardi 20 octobre auprès de franceinfo. "Le problème, c'est qu'en voulant donner l'exemple, cela s'est retourné contre eux jusqu'au point où aujourd'hui, au contraire, ils ont été condamnés et qu'ils vont devoir indemniser le salarié", a-t-il ajouté.

Il n'est pas fautif de la part d'un salarié d'appeler à manifester devant l'entreprise.

Me Avi Bitton, avocat du salarié

à franceinfo

"Il a appelé à manifester sur la voie publique qui n'est pas un lieu privé et qui n'appartient pas à Amazon. Alors certes, effectivement, lorsque vous manifestez, cela bloque la circulation, les entrepôts et les camions d'Amazon. Mais c'est le propre d'une manifestation", a argumenté Me Avi Bitton.

Selon l'avocat de ce salarié d'Amazon, une décision inverse du tribunal aurait créé un dangereux précédent : "Si le tribunal avait jugé fautif le fait pour un salarié d'appeler à manifester devant son entreprise, ça voudrait dire que, demain, tous les salariés qui lancent une grève et appellent leurs collègues à manifester devant l'entreprise ne pourraient plus le faire", a-t-il déclaré à franceinfo. "Or, ce sont deux droits fondamentaux, le droit de grève, mais aussi le droit de manifester et la rue. Le domaine public n'appartient pas à l'entreprise. Tout citoyen et même tout salarié d'une entreprise est libre de manifester sur le domaine public, y compris devant sa propre entreprise", a-t-il ajouté.

"Amazon peut faire appel, mais cet appel n'est pas dénué de risques pour eux", a prévenu l'avocat. "La Cour d'appel pourrait alourdir la sanction et attribuer davantage de dommages et intérêts au salarié", a-t-il conclu.

Une "attitude déloyale" selon Amazon

La multinationale estimait que cet employé avait notamment eu une "attitude déloyale", vis-à-vis de son employeur. L'employé considérait de son côté que son message relevait de "la liberté d'expression" et d'opinion. Dans le jugement que franceinfo a pu se procurer, la justice a estimé que ce message avait "une portée générale", avec la volonté de "nuire à l'économie", et non à l'entreprise. Le conseil des prud'hommes a jugé aussi qu'il ne "dénigrait pas la société" dans ce message Facebook.

L'entreprise SAS Amazon France Logistique a été condamnée et doit indemniser cet employé pour licenciement sans cause réelle et sérieuse.

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