Tout ce qu'il faut savoir sur la vente du Rafale à l'Egypte

Pour la première fois, la France a vendu à l'exportation son avion militaire, fabriqué par Dassault. 

Un avion militaire Rafale, près de la base militaire d\'Istres (Bouches-du-Rhône), le 30 mars 2011. 
Un avion militaire Rafale, près de la base militaire d'Istres (Bouches-du-Rhône), le 30 mars 2011.  (GERARD JULIEN / AFP)

La France va conclure lundi le premier contrat à l'exportation de son fleuron aéronautique, le Rafale. Après treize années passées à tenter de convaincre, en vain, les pays étrangers d'acquérir l'avion militaire de Dassault, Paris en a vendu 24 exemplaires à l'Egypte, a annoncé François Hollande, jeudi 12 février. "J'ai demandé au ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, de signer au nom de la France", a-t-il ajouté. 

Francetv info vous dit tout ce qu'il faut savoir de cette transaction historique. 

Quels sont les équipements concernés par cette vente ? 

L'Egypte va acheter 24 avions militaires Rafale. Mais outre cet achat, Le Caire a également commandé une frégate multimissions FREMM, fabriquée par le groupe DCNS à Lorient (Morbihan). "Une bonne nouvelle pour l’Etat français, qui pourrait lui vendre la Normandie, deuxième FREMM de la flotte tricolore actuellement en cours de finition", explique 20 Minutes.fr. Au total, la vente s'élève à 5,2 milliards d'euros. 

Une frégate FREMM, le navire de guerre \"Normandie\", le 2 juillet 2014 à Larmor-Plage, près de Lorient (Morbihan).
Une frégate FREMM, le navire de guerre "Normandie", le 2 juillet 2014 à Larmor-Plage, près de Lorient (Morbihan). (JEAN-SEBASTIEN EVRARD / AFP)

"L'armée égyptienne va verser un acompte, et des paiements s'échelonnent", a précisé le ministre des Finances, Michel Sapin, sur i-Télé.

Est-ce une bonne nouvelle pour l'économie française ? 

Ce premier succès est crucial pour le constructeur Dassault Aviation, qui doit pérenniser la chaîne de production de l'appareil, mais aussi pour l'Etat français, qui appuyait le budget de la défense sur la vente de l'appareil à l'exportation. La Loi de programmation militaire (LPM) prévoit ainsi explicitement que des "livraisons à l'exportation [sont] également prévues, permettant d'atteindre une cadence de production satisfaisante".

En France, le Rafale "fait vivre pas moins de 7 000 salariés", écrit France Info. Ils travaillent chez Dassault Aviation, mais aussi Thales, Safran et quelque 500 entreprises sous-traitantes, poursuit la radio. Or, "jusqu'ici, leur travail était garanti jusqu'en 2018, date des dernières livraisons programmées pour l'armée de l'air française." Cette vente assure l'activité "pendant au moins deux années supplémentaires". France Info révèle enfin que ces avions continueront d'être fabriqués intégralement sur le sol français, "en grande partie sur les sites de Dassault Aviation : Mérignac, Martignas-sur-Jalle et  Biarritz".

Quant à la FREMM, elle est construite sur les chantiers de DCNS à Lorient, qui emploient 2 000 salariés de l'entreprise et 1 000 sous-traitants. Quand bien même "le carnet de commandes est bien garni", relève 20 Minutes.fr, "c’est une bouffée d’oxygène pour les salariés de la production", selon un syndicaliste contacté par le site. "Toute signature est bonne à prendre."

Pas de cocorico, en revanche, chez les écologistes. Emmanuelle Cosse, secrétaire nationale d'Europe Ecologie-Les Verts (EELV), a maintenu que le Rafale était "un ratage industriel", sur France Info. "Trente ans pour vendre 24 Rafale, on peut s'interroger sur pourquoi on a autant investi dans cet avion", a-t-elle observé. 

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Comment se sont déroulées les négociations avec l'Egypte ?  

En un temps record. "L'essentiel a été convenu" lors des obsèques du roi Abdallah d'Arabie saoudite, a révélé jeudi François Hollande. Selon le ministère de la Défense, tout a commencé en septembre. A cette date, le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, rencontre le président égyptien, Abdel Fattah Al-Sissi, au Caire, lequel évoque pour la première fois l'acquisition de Rafale et d'une frégate multimissions. Au retour, Jean-Yves Le Drian mandate une équipe de négociation autour des industriels impliqués, Dassault Aviation, MBDA pour les missiles et DCNS, ainsi que de son cabinet.

Deux mois plus tard, lors d'une visite à Paris, Abdel Fattah Al-Sissi précise ses intentions, soit 24 Rafale et une frégate. Enfin, en janvier, il passe à la vitesse supérieure en invitant Jean-Yves Le Drian à inaugurer avec la frégate le deuxième canal de Suez, le 2 août prochain. L'affaire s'est finalement bouclée dans la semaine, Paris obtenant dès vendredi 6 février l'accord des Egyptiens. Ces derniers ont accepté de soumettre le projet d'accord au président Al-Sissi, lequel a donné son feu vert définitif jeudi. Le ministre de la Défense se rendra "lundi au Caire pour la signature avec le président Abdel Fattah Al-Sissi".

L'Egypte avait déjà acquis depuis les années 1970 des Mirage 5, des Alpha Jet et des Mirage 2000, tous produits par Dassault Aviation.

Pourquoi l'Egypte passe-t-elle cette commande ? 

Selon Les Echos, l'achat de ces équipements renforce une armée égyptienne déjà au cœur du pouvoir. "[Elle] doit se doter d’équipements modernes et tout particulièrement d’une aviation de chasse, qui lui permettrait d’intervenir en Libye, dans le Sinaï et peut-être demain au Moyen-Orient." Confirmer la puissance militaire de cet acteur clé de la région pourrait aussi servir à stabiliser son contexte politique, rappelle le quotidien économique.

Sur France Info, Emmanuelle Cosse s'est pour sa part demandé si la "priorité" de l'Egypte était d'acheter ces avions, "dans la difficulté économique et sociale dans laquelle elle est, une Egypte qui, je vous le rappelle, il y a une semaine, n'a pas hésité à tirer sur des manifestants".

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D'autres signatures de contrats sont-elles attendues ?

"Dans ce domaine-là, il ne faut jamais fanfaronner à l'avance", a noté Michel Sapin avec prudence. Toutefois, le ministre des Finances a indiqué, sur i-Télé, que ce "premier contrat à l'extérieur (...) en annonce certainement d'autres".

Dès samedi, le PDG de Dassault Aviation, Eric Trappier, avait indiqué dans Le Figaro que d'autres pays de la région pourraient être preneurs de Rafale : "Nous avons plusieurs prospects au Moyen-Orient qui sont très actifs", a-t-il indiqué, tandis que l'AFP a évoqué des négociations en cours avec le Qatar et les Emirats arabes unis, potentiellement intéressés depuis 2008. "Nous menons un travail de fond avec l'Inde dans un dossier très complexe en termes de montage industriel", avait ajouté Eric Trappier.Dassault est en effet en négociation depuis 2012 avec l'Inde pour la vente de 126 appareils. 

"Nous avons des campagnes Rafale plus lointaines, y compris en Europe", avait encore affirmé le PDG de Dassault Aviation. Et pour cause, l'avionneur a ouvert récemment un bureau à Bruxelles pour se positionner en vue du remplacement des F-16 belges vieillissants.