La note de la France de nouveau dégradée : c'est grave docteur ?

Après la perte du AA+ par la France, francetv info a interrogé Philippe Waechter, directeur des études économiques chez Natixis AM.

Le ministère de l\'Economie et des Finances, quai de Bercy à Paris, le 24 mars 2010.
Le ministère de l'Economie et des Finances, quai de Bercy à Paris, le 24 mars 2010. (LOIC VENANCE / AFP)

Près de deux ans après avoir perdu son triple A, la France voit sa note souveraine à nouveau abaissée. L'agence Standard & Poor's a en effet revu son évaluation, vendredi 8 novembre, la faisant passer de AA+ à AA. Comment expliquer cette décision ? Quelles conséquences pourrait-elle entraîner ? Francetv info a interrogé Philippe Waechter, directeur des études économiques chez Natixis AM. 

Francetv info : La dégradation de la note française est-elle une surprise ?

Philippe Waechter : Hélas, au regard de l'économie française, personne ne peut être surpris. Nous sommes dans un environnement où il y a beaucoup d'interrogations sur la manière dont va évoluer notre économie dans les mois et les années à venir. Standard & Poor's ne fait que mettre le doigt sur ce problème.

La décision de Standard & Poor's sanctionne-t-elle les décisions prises par François Hollande depuis son arrivée au pouvoir ?

Elle sanctionne ce qui a été fait depuis mai 2012, mais aussi avant. Ce n'est pas parce que François Hollande est arrivé au pouvoir que les choses ne fonctionnent plus. Nous avons un problème de croissance, et Standard & Poor's estime que les gouvernements ont une tendance à mettre en place des réponses conjoncturelles à court terme, plutôt que des réformes structurelles à long terme. Ce qui est sanctionné, finalement, c'est notre manière de réfléchir aux moyens qui peuvent nous aider à sortir de la crise.

Le message de Standard & Poor's, c'est que le retour à 2% de croissance ne se fera pas de manière automatique, qu'il ne viendra pas tout seul. L'économie française doit s'adapter aux évolutions de l'économie globale. Cela demande de prendre des directions beaucoup plus claires que celles qui ont été prises jusqu'à présent.

Après l'annonce de Standard & Poor's, le taux d'emprunt de la France à dix ans est reparti à la hausse. Est-ce inquiétant ?

Cette dégradation de la note de ne devrait pas avoir un impact très fort sur l'économie. Il n'y a pas de rupture dans le discours de Standard & Poor's. La perspective de la note française est d'ailleurs stable, et non pas négative.

Peut-on imaginer que la France puisse retrouver, un jour, son triple A ?

Bien sûr. Il n'y a pas de fatalité à ne jamais retrouver un triple A. Si la dette publique, qui s'élève actuellement à 93,4% du PIB, repasse sous la barre des 80%, la France retrouvera sans doute son triple A. Pour cela, il faut renouer avec la croissance. Et le message de Standard & Poor's, encore une fois, c'est que pour renouer avec la croissance, la France doit procéder à des réformes structurelles plutôt qu'à des ajustements conjoncturels.