Explosion à Beyrouth : un an après, quelle sécurité pour les stocks de nitrate d'ammonium en France ?

Des spécialistes alertent régulièrement sur les risques dans les ports et fermes françaises, liés au stock de ce produit chimique, notamment utilisé dans la fabrication d'engrais.

Article rédigé par
Boris Hallier - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Un stockage de nitrate d'ammonium découvert dans un hangar, en 2001 (illustration). (BEP/OUEST FRANCE/MAXPPP)

L'énorme explosion dans le port de Beyrouth, le 4 août 2020, a rappelé celle d'AZF, à Toulouse, en 2001, qui avait fait 31 morts et plus de 2 000 blessés. Dans les deux cas, ce sont des stocks de nitrate d'ammonium qui sont en cause. C'est la matière première utilisée pour fabriqué les engrais appelés "ammonitrates". Depuis, certains spécialistes alertent régulièrement sur les risques en France liés à ces produits et leurs dérivés. Ils déplorent des mesures de sécurité qui restent insuffisantes.

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Un rapport commandé par le gouvernement et rendu en mai dernier est d'ailleurs venu alimenter ces craintes. Selon les experts, l'explosion de Beyrouth reste peu vraisemblable en France. Mais ils ont constaté que des stocks d'ammonitrates passaient complètement sous les radars : "Le Havre et Rouen, qui sont des grands ports maritimes, n'ont pas le droit d'importer des engrais à base de nitrate d'ammonium à haut dosage et en vrac, explique Jacky Bonnemains, de l'association environnementale Robin des Bois. Mais des petits cargos fluviaux, maritimes, passant sous les ponts de Rouen, vont décharger le nitrate d'ammonium dans un petit port, à Elbeuf, à l'insu de tout le monde." Jusqu'à ce que cette mission lance l'alerte et recommande de renforcer les contrôles dans les ports concernés.

Un produit apprécié des agriculteurs

La problématique est d'autant plus importante que la France est le premier consommateur d'ammonitrates en Europe. C'est un produit plébiscité par les agriculteurs pour fertiliser les sols. Mais en dessous d'un certain seuil, les contrôles des stocks dans les fermes sont inexistants. Et ça, c'est incompréhensible, pour Jacky Bonnemains : "Un agriculteur, à l'heure actuelle, peut stocker 250 tonnes d'engrais à base de nitrate d'ammonium, haut dosage, sans avertir personne, ni le maire ni le voisin. Il stocke dans des hangars où il y a des pneus, du foin... Il faut qu'il s'astreigne, enfin, à des règles strictes."

Il faut donc selon lui abaisser le seuil de vigilance sous les 250 tonnes, car c'est déjà une énorme quantité. À Toulouse, 300 tonnes avaient suffi pour provoquer l'explosion d'AZF.

Dans les usines d'engrais, un protocole à compléter

Chez les producteurs d'engrais en revanche, les contrôles sont drastiques : 16 entrepôts classés Seveso sont sous surveillance renforcée : à Rouen, Saint-Nazaire, Bordeaux... Test de détonabilité, détecteur de fumée, éloignement des sources de chaleur, le protocole est strict.

Mais pour Paul Poulain, spécialiste des risques industriels, cela reste insuffisant : "En France, on peut stocker 68 000 tonnes, comme à Ambès, à côté de Bordeaux, sans avoir de système de sécurité incendie, qui permettrait d'éviter qu'un départ de feu se propage au stockage d'ammonitrate et entraîne une explosion. Ce n'est pas forcément la situation la plus logique." De son côté, l'Unifa, le syndicat des industries de la fertilisation le reconnaît : le risque zéro n'existe pas, mais les usines françaises tendent vers cela.

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