Revenu minimum pour les 18-25 ans : des députés socialistes veulent "accompagner ceux qui en ont le plus besoin", "le plus rapidement possible"

Hervé Saulignac est co-rapporteur avec Boris Vallaud d'une proposition de loi "Aide individuelle à l’émancipation" qui envisage le principe d'un revenu de base à partir de 18 ans et une "dotation universelle" en capital de 5 000 euros.

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Hervé Saulignac, le 4 avril 2018, à l'Assemblée nationale, à Paris. (VINCENT ISORE / MAXPPP)

"Il y a un trou dans la raquette : entre 18 et 25 ans, il n'y a rien", déplore jeudi 18 février sur franceinfo le député PS de la première circonscription de l’Ardèche, Hervé Saulignac. Avec Boris Vallaud, il est co-rapporteur d'une proposition de loi appelée "Aide individuelle à l’émancipation", débattue jeudi à l'Assemblée nationale, qui a pour principe un revenu de base à partir de 18 ans et une "dotation universelle" en capital de 5 000 euros. Et ce alors que les jeunes ont vu leurs revenus baisser de 5 à 10% depuis l'été à cause de la crise sanitaire du coronavirus Covid-19.

franceinfo : En quoi consiste cette "aide individuelle à l’émancipation" ?

Hervé Saulignac : Cela consiste à accompagner ceux qui en ont le plus besoin, à leur accorder deux dispositifs, pour les moins de 25 ans et dès l'âge de 18 ans : un revenu de base que nous avons fixé au montant du RSA, 564 euros. Et ensuite une dotation en capital, qui permet à tous les jeunes qui veulent démarrer dans la vie, soit parce qu'ils veulent se lancer dans une initiative entrepreneuriale, ou bien encore poursuivre une formation, ou accéder à la mobilité, de disposer des moyens de départ qu'ils n'ont pas, souvent, pour une bonne majorité d'entre eux. Bien entendu, il y a des jeunes qui travaillent et c'est tant mieux, ils n'ont pas besoin de la solidarité nationale. Des jeunes sont également rattachés à leur foyer fiscal, avec des parents qui ont les moyens de pourvoir à leur éducation et à leurs besoins. Et puis il y a des jeunes qui sont soit en marge, d'une certaine manière, du milieu familial, soit détachés du foyer fiscal, soit avec des parents qui ont des ressources extrêmement modestes. Tout ceux-là sont éligibles à l'aide que nous proposons.

Avec un montant fixé à 564 euros, comme celui du RSA, qui n'est pas éligible aux moins de 25 ans, souhaitez-vous proposer un substitut au RSA ?

Il y a un incendie dans ce pays : chacun a vu à la télévision ces files de jeunes devant des soupes populaires ou dans des associations caritatives, parce qu'ils n'arrivent plus à faire deux repas par jour correctement. Donc appelez-le comme vous voulez. Nous faisons simplement le constat que dans la vie d'adulte, il y a un continuum de prestations sociales, et qu'il y a un trou dans la raquette : entre 18 et 25 ans, il n'y a rien du tout. Il s'agit de dire que dans une crise telle que nous la connaissons, on ne peut pas laisser à la jeunesse le sentiment que sa nation l'oublie. C'est un dispositif qui vise d'abord à venir le plus rapidement possible au secours de ces jeunes. Si demain nous décidions d'ouvrir le RSA dès l'âge de 18 ans, ça pourrait se mettre en place de manière tout à fait immédiate et massive. Un sondage publié lundi dévoile que deux tiers des Français sont favorables à l'ouverture du RSA dès 18 ans et que deux tiers des Français trouvent que le gouvernement n'en fait pas assez pour la jeunesse.

Le gouvernement, lui, mise tout sur son "plan jeune", "un jeune, une solution". Est-ce une solution suffisante ?

Malheureusement non, pour une raison extrêmement simple : dans la tranche 18-25 ans, il y a un million de jeunes qui se trouvent sans emploi, sans formation, sans études. Par conséquent, 200 000 places en "garantie jeunes", c'est insuffisant. En outre, la "garantie jeunes" a une durée de 18 mois, et donc au bout de 18 mois, vous retournez à la case départ. C'est très insuffisant, il faut aller bien au-delà par des mesures massives.

Le gouvernement refuse d'étendre le RSA en-dessous de 25 ans, justifiant cette décision par peur que les jeunes disparaissent dans la nature si on leur confie ce revenu-là. Est-ce plausible ?

Toutes les études démontrent que c'est absolument faux, c'est une idée reçue. Quand on dispose de 564 euros, on ne disparaît pas dans la nature, on ne va pas s'installer dans un palace de la Côte-d'Azur. On a besoin d'achever sa formation, de trouver du travail, d'accéder à un salaire décent pour s'émanciper. Et 564 euros, ça ne le permet pas. Un gouvernement, à moyen-terme, finira par venir à un revenu de base, ou en tout cas à un dispositif qui fera qu'il n'y aura plus ce trou dans la raquette, et qu'il n'y aura plus une jeunesse entre 18 et 25 ans à laquelle nous ne proposons aucune solution quand elle est en grande difficulté.

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