"Régulièrement on a des bateaux annulés" : les PME qui exportent souffrent de la grève dans les ports français

Le port du Havre a vu une baisse de son trafic de 25%. Les blocages doivent se poursuivre ces prochains jours.

Vue du port d\'Ajaccio, lors d\'une opération \"ports morts\", le 16 janvier 2020 (illustration).
Vue du port d'Ajaccio, lors d'une opération "ports morts", le 16 janvier 2020 (illustration). (PASCAL POCHARD-CASABIANCA / AFP)

"Quand il y a une semaine de grève, on arrive à compenser d'une semaine à l'autre. Le problème là, c'est que les premiers bateaux annulés étaient mi-décembre", explique Marc Peyre, le directeur commercial d'un groupement de producteurs de pommes basé à Montauban, Blue Whale.

La mobilisation contre la réforme des retraites dans les ports joue évidemment sur leur activité : le port du Havre a ainsi constaté une baisse de 25% de son trafic au mois de décembre par exemple. Les sites de Calais, Dunkerque, Rouen, Saint-Nazaire, La Rochelle et Marseille ont également été perturbés cette semaine. "Régulièrement, on a des bateaux annulés et régulièrement, on ne sait pas à l'avance si le bateau va être annulé ou pas, poursuit Marc Peyre. Cela entraîne des surcoûts, des modifications de programme, des annulations de commandes."

Jusqu'à 25% de coûts en plus

Blue Whale vend un tiers de ses pommes hors d'Europe, principalement en Asie. Le groupe a perdu 15% de chiffre d'affaires en décembre. Il faut donc trouver des solutions pour continuer à exporter, surtout quand il s'agit de produits frais et que les producteurs de pommes sont répartis un peu partout en France : "Quand on habite dans le Sud-Ouest, on peut passer par le port de Barcelone, décrit Marc Peyre, le directeur commercial. Par contre, quand on a des productions en Provence ou dans le Val de Loire, on est obligé d'aller dans des ports plus éloignés et ça engendre des coûts assez importants."

Jusqu'à 2 000 euros de plus par container, soit 25% d'augmentation des coûts, pour aller jusqu'aux ports d'Anvers, en Belgique, ou vers l'Italie. C'est le prix à payer, pour ne pas perdre la marchandise. Mais ça fait aussi perdre du temps, et selon Marc Peyre, certains clients n'attendent pas : "Nos clients à l'autre bout du monde, si pendant trois semaines ils ne peuvent pas charger en France, ils commencent à charger aux États-Unis, ou en Italie, en Espagne, puis après ils continuent avec eux."

Cette grève-là est la plus dure qu'on ait eue depuis de très longues années.Marc Peyreà franceinfo

Même une fois la grève terminée, Blue Whale ne va plus compter uniquement sur les ports français : "Ce qui est dommage, c'est que depuis quelques années, les ports français avaient retrouvé de la fiabilité, affirme Marc Peyre. C'est vrai qu'on était très sollicités pour repasser l'ensemble de nos flux dans les ports français. Même les syndicats des ports, qui aujourd'hui sont en grève, venaient voir les entreprises pour leur dire 'demain on travaille'."

Le directeur commercial de la PME poursuit : "On se rend compte que tout ça est terminé. La conséquence, c'est que, probablement, on diminuera la part de nos sorties pour les ports français dans les années qui viennent." La fédération CGT des ports et docks a d'ores et déjà appelé à une nouvelle opération "ports morts" de mercredi à vendredi prochain.

La grève dans les ports français - Reportage de Kevin Dufreche
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