Réforme des retraites : quels sont les principaux points de friction entre le gouvernement et les partenaires sociaux ?

Le gouvernement lance un second round de consultations avec les syndicats sur le futur "système universel" de retraites. Les partenaires sociaux sont reçus jeudi et vendredi à Matignon. 

Le secrétaire général de Force ouvrière, Yves Veyrier (au premier plan à gauche), face au Premier ministre,  Edouard Philippe (à droite), le 5 septembre 2019, à Matignon. 
Le secrétaire général de Force ouvrière, Yves Veyrier (au premier plan à gauche), face au Premier ministre,  Edouard Philippe (à droite), le 5 septembre 2019, à Matignon.  (BERTRAND GUAY / AFP)

Consultations, round 2. Après 18 mois de discussions avec le haut-commissaire à la réforme des retraites, Jean-Paul Delevoye, les partenaires sociaux sont de nouveau attendus, jeudi 5 et vendredi 6 septembre à Matignon, pour des pourparlers sur le futur "système universel des retraites".

>> Réforme des retraites : suivez en direct la première journée de concertation entre le gouvernement et les partenaires sociaux

Cette fois-ci, les syndicats et le patronat ont rendez-vous avec le Premier ministre, Edouard Philippe, et la ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn. Force ouvrière a ouvert le bal, jeudi matin, suivi de la CFTC, puis de la CFDT, du Medef et de la FNSEA jeudi après-midi. Les entretiens reprendront vendredi avec, dans l'ordre, l'UNAPL, l'Unsa, la CGT, la CFE-CGC puis la CPME.

Ces consultations doivent permettre au gouvernement de mettre en place une méthode et un calendrier qui seront présentés la semaine suivante. Encore faut-il que les partenaires sociaux et l'exécutif arrivent à s'entendre, tant les points de discorde sont nombreux. Franceinfo les a listés.

Le "système universel à points"

Réunir les 42 régimes existant actuellement dans un seul "système universel à points" : c'est le cœur de la réforme des retraites que souhaite engager le gouvernement. Très concrètement, cela veut dire que tous les actifs cotiseront et accumuleront chaque année un certain nombre de points qui seront ensuite convertis au moment de leur retraite.

Cette refonte ne plaît pas aux professions libérales et aux salariés qui bénéficiaient jusque-là de régimes spécifiques. Tous ont d'ailleurs appelé à manifester le 16 septembre pour défendre leurs régimes, les principaux syndicats de pilotes et d'hôtesses de l'air ayant décidé de rejoindre le mouvement insufflé par les avocats, infirmiers et médecins libéraux dans le cadre du collectif SOS Retraites.

Décidé à donner une "dernière chance à la négociation" avec le gouvernement, l'Union nationale des professions libérales (UNAPL) doit être reçue vendredi à Matignon. L'occasion pour l'organisation patronale – qui fédère 68 organisations de secteurs – de dire son opposition à la disparition des régimes complémentaires de retraite des libéraux et à l'intégration de leurs 27 milliards d'euros de réserves au sein du futur régime universel. 

"Nous aurons à cette occasion la possibilité de dire que le rapport", dévoilé le 18 juillet par Jean-Paul Delevoye, "tel qu'il est aujourd'hui ne peut être accepté", a expliqué le président de l'UNAPL, Michel Picon, lors d'un point presse. L'organisation a annoncé qu'elle renonçait à appeler à manifester le 16 septembre, mais assure qu'il "y aura un mouvement d'ampleur national" si ses revendications "ne sont pas prises en compte".

La durée de cotisation

Contrairement au rapport de Jean-Paul Delevoye préconisant de fixer à 64 ans "l'âge pivot" de départ à la retraite à un taux plein, Emmanuel Macron a récemment exprimé, sur France 2, sa préférence pour un calcul des droits basé sur la durée de cotisation. En clair, cela veut dire que le départ à la retraite dépend du nombre de trimestres cotisés et que, par conséquent, personne ne part au même âge. 

Que pensent les syndicats – tous farouchement opposés au mécanisme de "l'âge pivot" proposé par Jean-Paul Delevoye – de l'alternative proposée par le chef de l'Etat ? La CFDT, reçue jeudi après-midi à Matignon, se félicite du rejet de "l'âge pivot". "Tant mieux, on l'avait dit aussi, donc maintenant on verra", a réagi son secrétaire général, Laurent Berger. Mais le syndicat reste prudent. Son secrétaire national chargé des retraites, Frédéric Sève, a expliqué au Monde que ce système de calcul basé sur la durée de cotisation "ne sert à rien dans un régime à points" : "Ce n'est pas la peine de rajouter des systèmes de décote, surcote et tout l'appareillage des régimes par annuités".

Force ouvrière, qui a ouvert le bal des consultations jeudi à 10h30, dénonce pour sa part une "manœuvre de contournement". "Personne n'est dupe", a jugé le secrétaire général de Force ouvrière, Yves Veyrier, prédisant que "ce qui pourrait apparaître comme une position moins arbitraire va conduire beaucoup de personnes à travailler au-delà de 64 ans". Même son de cloche du côté de la CGT, qui regrettait, le 27 août dans Le Parisien, "une opération déminage qui a pour objectif d'entretenir une confusion dans l'esprit des Français".

L'âge de départ

A l'inverse, l'abandon visiblement programmé du fameux "âge pivot" de départ à la retraite ne plait pas aux organisations patronales. Pour le Medef, présent à Matignon jeudi après-midi, "il est indispensable de bouger le paramètre de l'âge".

"C'est seulement à ces conditions que le Medef soutiendra cette réforme ambitieuse et nécessaire", a déclaré Geoffroy Roux de Bézieux, le 28 août. Pour le patron des patrons, le choix de miser sur l'augmentation de la durée de cotisation plutôt que de repousser l'âge de la retraite à travers un âge pivot est "totalement contradictoire" avec "l'objectif d'équilibrer les régimes en 2025" annoncé par l'exécutif.

L'équilibre financier en 2025

Autre point de friction : l'objectif annoncé par le gouvernement d'atteindre l'équilibre financier en 2025. Pour y parvenir, l'exécutif prévoit un allongement de la durée de cotisation minimum. Aujourd'hui, pour bénéficier d'une retraite à taux plein, il est nécessaire d'avoir cotisé pendant 41,5 annuités. En 2035, cette durée augmentera à 43 ans, comme le prévoit la loi Touraine. Mais le gouvernement envisage d'accélérer cette réforme pour atteindre l'équilibre dès 2025. 

Pour parvenir à ses fins, l'exécutif a d'abord songé à mettre en place, dès 2020, cette augmentation de la durée de cotisation dans le budget de la Sécurité sociale. Il a finalement renoncé, craignant de parasiter la réforme en mélangeant les sujets. Mercredi, Agnès Buzyn a finalement précisé que "s'il devait y avoir la moindre mesure pour le retour à l'équilibre", elle figurerait "dans la loi qui concerne le nouveau système". La porte reste donc ouverte. 

"Le sujet sur la table, c'est comment créer un système de retraites plus lisible, plus juste. Pas une question d'équilibre financier !, s'est indigné Laurent Berger, jeudi, dans Le Parisien. La réforme Touraine adoptée dès 2014 prévoit déjà d'allonger la durée de cotisation à 43 ans pour la génération 63. Elle se mettra en place". Mais le secrétaire générale de la CFDT ne ferme pas la porte aux négociations. Il avait déjà énuméré les "conditions" pour un éventuel compromis : pension minimum à "100% du Smic", prise en compte de la pénibilité des carrières longues et des "discriminations dont sont victimes les femmes".

"On nous a dit : 'Le régime devra être à l'équilibre en 2025' (...) Le cadrage du pilotage sera fixé par les lois de finances et le budget proposé", a fustigé Yves Veyrier sur Radio classique. Il dénonce ce régime "dangereux", qui pourra être utilisé comme "un outil de gestion budgétaire" aux mains du gouvernement.