Réforme des retraites : cinq questions sur la durée de cotisation privilégiée par Emmanuel Macron

Le chef de l'Etat affiche sa préférence pour un accord sur la durée de cotisation avec les partenaires sociaux plutôt que sur l'instauration d'un âge pivot.

Emmanuel Macron prononce un discours à l\'Elysée pour la conférence des ambassadeurs et ambassadrices, le 27 août 2019, à Paris.
Emmanuel Macron prononce un discours à l'Elysée pour la conférence des ambassadeurs et ambassadrices, le 27 août 2019, à Paris. (YOAN VALAT / AFP)

L'annonce a surpris. Emmanuel Macron a exprimé, lundi 26 août, dans le JT de 20 heures de France 2, sa préférence pour un calcul des droits à la retraite lié à la durée de cotisation plutôt qu'à l'âge de départ, dans le projet de refonte du système des retraites, qui vise à instaurer un régime universel par points en 2025. 

Pourtant, le haut-commissaire aux retraites, Jean-Paul Delevoye, qui a rendu ses préconisations mi-juillet, a préconisé jusqu'à présent un taux plein à l'âge "pivot" de 64 ans. Pour comprendre le choix du chef de l'Etat et ses conséquences, franceinfo répond à cinq questions sur le sujet.

1Age "pivot" ou durée de cotisation : quelle est la différence ?

Dans son rapport préparatoire à la réforme des retraites, dévoilé le 18 juillet, Jean-Paul Delevoye défend "un âge d'équilibre" à 64 ans tout en maintenant l'âge légal de départ à la retraite à 62 ans. Avec ce système, une décote de 5% par an s'appliquerait pour ceux qui choisiraient de partir avant 64 ans. Ceux qui partiraient après 64 ans bénéficieraient, eux, d'une surcote équivalente. Jean-Paul Delevoye estime avoir privilégié une solution à la fois "socialement juste", pour laisser à chacun le choix du moment du départ à la retraite, et "budgétairement et financièrement solide", en vue d'un retour du système à l'équilibre en 2025.

En revanche, avec un système de retraites organisé sur la base d'une durée de cotisation, personne ne part à la retraite au même âge : le départ ne dépend pas de l'âge, mais du nombre de trimestres cotisés. Actuellement, la durée de cotisation minimum (sous peine de décote) est de 41,5 annuités. Elle doit s'allonger progressivement, pour atteindre 43 ans en 2035. Toutefois, elle devait disparaître dans le système à points tel qu’envisagé par le gouvernement. Finalement, Emmanuel Macron juge ce système "plus juste". "Je préfère qu'on trouve un accord sur la durée de cotisation plutôt que sur l'âge. Parce que si vous avez un accord sur la durée de cotisation, quand vous rentrez tard dans la vie professionnelle, vous finissez plus tard (…). Quand vous commencez tôt, (…) vous partez plus tôt", a-t-il plaidé lundi soir sur France 2.

2Pourquoi Emmanuel Macron a-t-il fait cette annonce surprise ?

Le chef de l'Etat a clairement choisi la voie de l'apaisement plutôt que le risque de la contradiction. De fait, au-delà des consultations avec syndicats et patronat que le Premier ministre a entamées les 5 et 6 septembre, le gouvernement prévoit de sonder les grands élus et de recueillir l'avis des Français via une "concertation citoyenne". "Je veux que cette réforme incarne un changement de méthode", a affirmé Emmanuel Macron lundi soir.

"L'objectif est d'éviter un embrasement social en cette rentrée, alors que des manifestations contre cette réforme sont déjà annoncées, analyse Guillaume Daret mardi depuis l'Elysée. Le chef de l'Etat veut convaincre les Français d'une chose : la méthode du gouvernement aurait changé. Terminées les réformes imposées par le haut. Désormais, place à la concertation."

"Il faut prendre le temps nécessaire pour expliquer aux Français ce que nous voulons", a renchéri mardi matin, sur LCI, le ministre de l'Economie et des Finances, Bruno Le Maire. "Je ne crois absolument pas que ce soit un virage sur l'aile. C'est l'expression, la position du président de la République, de la justice", a-t-il défendu.

Autre explication, selon Les Echos : "Le gouvernement craint que dans le futur système universel de retraite par points, les salariés partent dès qu'ils le peuvent, à 62 ans, alors que dans le système actuel, il faut aussi avoir cotisé suffisamment de trimestres pour bénéficier du taux plein."

3D'où sort cette idée ?

Elle n'est pas nouvelle. Fin avril, Emmanuel Macron avait en effet suggéré "d'allonger la durée de cotisation et de laisser le libre choix", avec "un système de décote qui incite à travailler davantage""Cette option du maintien d'une durée minimum de cotisation dans le système par points avait en réalité été largement étudiée ces derniers mois au sein de l'exécutif", affirment Les Echos. Le relèvement de la durée de cotisation est aussi et surtout une idée appprouvée par la CFDT "dans le cadre de la réforme Fillon de 2003 en échange de départs anticipés pour ceux ayant commencé à travailler très jeune", rappelle le quotidien économique. 

4Qu'en pense le patronat ?

Dans un entretien publié mardi dans Le Monde, le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, s'est dit "un peu surpris" que le président "chamboule un peu tout". "J'espère que ce n'est pas une manœuvre pour enterrer la réforme", a-t-il déclaré sur France Inter. "On a une impasse financière en 2025 et il faudra augmenter le nombre d'annuités et passer à 43 ans, mais on ne fera pas l'économie de l'âge et c'est mentir par omission aux Français que de dire le contraire", a-t-il ajouté.

De son côté, la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME) a jugé "indispensable" de relever l'âge minimal de départ à la retraite, en plus de trouver un accord sur la durée de cotisation. Il est nécessaire selon elle "de concilier ces deux éléments" pour "garantir l'équilibre financier du régime".

5Et les syndicats ?

Tous sans exception avaient exprimé leur opposition au mécanisme de l'âge pivot présenté par Jean-Paul Delevoye. Néanmoins, les syndicats accueillent avec prudence les déclarations d'Emmanuel Macron, y compris la CFDT. "Le président de la République a dit que l'âge pivot était une erreur, n'était pas une bonne chose en tout cas. Tant mieux, on l'avait dit aussi, donc maintenant on verra", a réagi son secrétaire général, Laurent Berger. 

"Personne n'est dupe", juge le secrétaire général de Force ouvrière, Yves Veyrier, prédisant que "ce qui pourrait apparaître comme une position moins arbitraire va conduire beaucoup de personnes à travailler au-delà de 64 ans". "On a plutôt l'impression que c'est une manœuvre de contournement (...) via une individualisation à travers la durée", a estimé le secrétaire confédéral de FO chargé des retraites, Philippe Pihet.

Quant à la CGT, farouchement opposée à cette réforme, elle y voit une "confirmation pour les salariés" qu'ils devront "travailler plus pour gagner moins à la retraite". "Ce discours, c'est une opération déminage qui a pour objectif d'entretenir une confusion dans l'esprit des Français, une opération de communication qui marche très bien", estime dans Le Parisien son secrétaire général, Philippe Martinez.