Réforme des retraites : le casse-tête budgétaire de la revalorisation des salaires des enseignants

La promesse de revalorisation salariale des enseignants, censée compenser la réforme des retraites pour cette profession, devrait, selon les calculs de franceinfo, coûter cher.

Jean-Michel Blanquer et Edouard Philippe parlent à des enseignants à Nancy, le 13 décembre 2019.
Jean-Michel Blanquer et Edouard Philippe parlent à des enseignants à Nancy, le 13 décembre 2019. (JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP)

Question taboue au gouvernement : combien va vraiment coûter la réforme des retraites à l'Éducation nationale ? Le gouvernement s'est engagé à ce que les pensions des professeurs ne baissent pas et pour cela, il faudra significativement augmenter les enseignants. Jean-Michel Blanquer vient d'achever, mercredi 15 janvier dans la soirée, ses premières discussions avec les organisations syndicales. Cette concertation sur les revalorisations promises va durer six mois.

Si l'exécutif veut tenir ses promesses, il devra consentir à un effort budgétaire considérable. Pour l'instant, le ministre s'est engagé sur un seul chiffre : 50millions d'euros de revalorisations pour 2021. Mais pour compenser les effets négatifs de la réforme sur les pensions des enseignants, cet effort financier devra non seulement se renouveler, mais aussi s'amplifier chaque année jusqu'en 2037, quand les premiers profs concernés par la réforme partiront à la retraite.

Un "escalier" très onéreux

L'idée est qu'en 2037, dans le budget annuel, soient mis environ 10 milliards d'euros de plus qu'aujourd'hui dans les rémunérations des enseignants. Mais atteindre cette cible coûtera beaucoup plus cher. Le ministère a imaginé un processus cumulatif. Comme un escalier, avec une première marche donc de 500 millions en 2021, à laquelle se rajoutera une nouvelle marche, une nouvelle enveloppe en 2022, puis une autre marche en 2023... 2024, etc.

Si l'on prend comme hypothèse que ce sera environ 500 millions à chaque fois, ce qui est nécessaire pour tenir l'objectif final selon les syndicats, cela pourrait donner un milliard pour les revalorisations en 2022, un milliard et demi en 2023, deux milliards en 2024... Et quand on cumule toutes ces sommes annuelles, on atteint un montant total considérable sur toute la période 2021-2037. L'UNSA Education estime l'effort nécessaire au total sur 16 ans à au moins 76 milliards d'euros... des chiffres que le ministère ne confirme pas. En comparaison, le budget annuel de l'Éducation nationale, c'est 53 milliards d'euros.

La crainte de contreparties

Comment le gouvernement peut-il s'engager sur une période aussi longue de 16 ans ? Le ministre de l'Éducation nationale propose une loi de programmation pluriannuelle pour garantir cet engagement, mais il faudrait que cette loi couvre toute la période concernée, 16 ans, du jamais vu... Pas suffisant pour rassurer les profs : que vaudra cet engagement en cas d'alternance politique ?

Autre grosse inquiétude côté syndicat : y aura-t-il des contreparties demandées pour ces hausses de salaire ? Le ministre veut profiter des six mois de discussion qui s'ouvrent pour tout remettre à plat, redéfinir le métier d'enseignant... faut-il comprendre par là nouvelle mission ? Dans l'entourage de Jean-Michel Blanquer, on explique qu'il faut veiller à ce que l'opinion publique comprenne l'effort financier majeur demandé à la nation pour augmenter les enseignants, qu'il faut que ces revalorisations aient un sens. Autrement dit : ce ne sera pas un chèque en blanc.