Opération de blocage du port de Marseille : "Sur le mois de décembre, on avoisine les 100 millions d'euros de perte", selon la CCI

"On est en train d'anéantir dix ans de travail", a réagi sur franceinfo le président de la Chambre de Commerce et d’Industrie et de Marseille-Provence, alors que de nouveaux blocages ont lieu au port de Marseille.

L\'accès au port de Marseille bloqué lors d\'une manifestation, le 9 janvier 2020.
L'accès au port de Marseille bloqué lors d'une manifestation, le 9 janvier 2020. (GERARD JULIEN / AFP)

Pour s'opposer à la réforme des retraites, une nouvelle opération "port mort" s'est tenue mercredi 22 janvier à Marseille, à l'appel de la Fédération nationale des ports et docks CGT. À Marseille, les actions de blocage ont déjà eu lieu en décembre, et d'autres sont prévues la semaine prochaine.

Sur franceinfo, Jean-Luc Chauvin, président de la Chambre de Commerce et d’Industrie et de Marseille-Provence, a déploré d'importantes pertes : "Sur le mois de décembre, on avoisine les 100 millions d'euros de perte". "On est en train d’anéantir 10 ans de travail. Il faudra plusieurs années pour convaincre et atteindre les niveaux que nous avons eus en 2019", a-t-il regretté.

franceinfo : Marseille est le premier port de France en tonnage. Avez-vous déjà une idée des pertes que ces blocages ont engendrées ?

Jean-Luc Chauvin : Oui, sur le mois de décembre, on avoisine les 100 millions d’euros de perte. Cela se décompose en 33 millions d’euros de perte pour l’économie portuaire, transitaire et autres locaux, 25 millions d’euros qui correspondent au manque à gagner, d’encaissements fiscaux, de taxes, de frais de douane et autres par l’État, et surtout 41 millions d’euros de surcoût pour les clients, pour faire venir ou faire partir les conteneurs par les ports étrangers et les rapatrier jusqu’à leur point d’arrivée en France. C’est environ 29 000 passagers en moins et à peu près 9 000 passagers en tête de ligne. C’est une perte de plus de 50 escales, seulement pour le mois de décembre 2019.

On est en train d’anéantir 10 ans de travail. Il faudra plusieurs années pour convaincre et atteindre les niveaux que nous avons eus en 2019.Jean-Luc Chauvinà franceinfo

C’est de l’activité en moins pour tout le monde : la réparation navale est bloquée aussi. Comme il y a peu de compagnies, s’ils considèrent que la France, d’une manière générale, n’est pas fiable, ils vont aller dans des ports étrangers et annuleront leurs travaux ici. C’est une perte très lourde pour l’ensemble de l’économie. À Marseille, on avait depuis dix ans travaillé avec les salariés et les entreprises pour démontrer la fiabilité du port de Marseille et regagner des parts de marché. L’emploi d’aujourd’hui est menacé, certaines entreprises qui travaillent avec le port ont 60% de pertes de chiffre d’affaires. On a atteint une situation qui est catastrophique.

Y a-t-il eu des retards dans les livraisons ?

Il y a des retards : des gens, qui devaient être livrés en décembre, ne sont toujours pas livrés ; des conteneurs qui se promènent ; les armateurs, les propriétaires des compagnies maritimes, qui sont en situation de crise importante. Ils débarquent où ils peuvent les conteneurs et ça coûte aux clients de les rapatrier ensuite. On a un certain nombre d’entreprises travaillant avec des fournitures qui arrivent ou qui partent par le port, qui ont ralenti leur cycle de production parce qu’ils n’ont pas assez de matière première, ou parce qu’ils ont trop de stocks et qu’ils ne peuvent pas les expédier. Pour des entreprises de taille raisonnable, on peut avoir jusqu’à 4 ou 5 millions de marchandises qui ne sont pas expédiées, donc qui ne sont pas facturées. Mais les salaires, les charges et l’ensemble des taxes seront quand même bien à payer. C'est un vrai sujet de destruction massive de l’économie et d’emplois.

Avez-vous pris des mesures ?

Dès vendredi [17 janvier], on a ouvert une cellule d’urgence. On a mis autour de la table l’Urssaf, la Direccte (Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi) pour les chômages partiels, donc les services de l’État pour obtenir des décalages de paiement, des moratoires. Mais il faut aller plus loin. On a une réunion d’urgence de crise en fin de semaine en préfecture. Comme cela a été fait par le ministre de l’Économie au niveau des commerces sur Paris, il faut des mesures qui aillent au-delà des reports. On rentre dans une phase où on a durablement repoussé nos clients chez nos concurrents étrangers. On est les meilleurs agents des ports étrangers, des ports européens comme Barcelone et Gênes.