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Le décryptage éco. Opération "ports morts" : quelles conséquences économiques ?

Pour protester contre la réforme des retraites, la CGT-Dockers appelle à bloquer les ports français au moins jusqu’à jeudi. Quelle incidence cela peut avoir sur notre économie ? Le décryptage de Fanny Guinochet ("L'Express").

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Le port du Havre (Seine-Maritimes).
Le port du Havre (Seine-Maritimes). (MAXPPP)

Le Havre, La Rochelle, Bordeaux,  la plupart des grands ports maritimes de l’hexagone sont bloqués depuis mardi 14 janvier. La CGT-Dockers appelle à bloquer les ports français au moins jusqu’à 16 janvier. Une opération "ports morts" qui inquiète les professionnels du secteur, notamment les entreprises de logistique et de transport.

Juste un exemple, à Nantes-Saint-Nazaire, tous les terminaux sont à l’arrêt et les bateaux ne peuvent pas être déchargés. D’où cet appel à l’aide des entreprises : "Le gouvernement ne peut pas rester inerte face à une forme de sabotage de l’économie portuaire", écrit l'organisation des PME du transport routier (OTRE) dans un communiqué. Il faut dire que depuis le début du conflit, on n'en est pas au premier arrêt. Résultat : les conteneurs restent à quai, les camions à l’arrêt, les marchandises coincées.

Et le tourisme est aussi touché : la compagnie maritime Corsica Linea a du annuler toutes ses traversées vers la Corse mercredi et toute la fin de semaine car ses bateaux sont bloqués dans le port de Marseille. Bref, pour tous les professionnels du secteur, la séquence "ports morts" de cette semaine, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase.

La filière inquiète pour son redressement

Le conflit ruine tous les efforts de relance de la filière maritime, d'après les professionnels du secteur. C’est vrai qu’elle avait plutôt repris des couleurs ces trois dernières années, elle rattrapait les pertes subies pendant la crise de 2008 : le tonnage traité dans les ports maritimes français repartait à la hausse. La filière recommençait à investir. Même si, ne nous trompons pas, malgré les progrès, la France reste très en retard par rapport aux grands places maritimes européennes comme Anvers, Rotterdam ou Hambourg.

Là, c’est un coup de frein, avec des dizaines de millions d’euros de pertes par jour, sans compter les conséquences en terme d’image. Au Havre, par exemple, c’est en début d’année que les plus gros logisticiens et armateurs renouvellent leurs contrats annuels. Ils pourraient privilégier des ports où ils sont sûrs de récupérer leurs marchandises et mettre, par exemple, leurs bateaux à Anvers. Les entreprises du secteur estiment qu’il y a mise en péril de l’activité du transport de marchandises. mais pas que. Et elles préviennent : sans ports, pas de commerce extérieur.

Les blocages pourraient durer. On saura en fin de semaine si la CGT-Dockers décide de continuer le mouvement. Elle semble déterminée, et comme elle est puissante dans le secteur, elle est suivie. Elle demande le retrait pur et simple de la réforme des retraites. Les travailleurs des ports et des docks n’ont pas à proprement parler de régime spécifique mais ils ont un accord de pénibilité lié à leur convention collective. Ce qui leur permet de prendre leur retraite deux ou trois ans avant l’âge légal de départ. 

Le port du Havre (Seine-Maritimes).
Le port du Havre (Seine-Maritimes). (MAXPPP)