De ses critiques de Macron à son "licenciement" : la rupture entre Ségolène Royal et le gouvernement en sept actes

Le "licenciement" de Ségolène Royal en tant qu'ambassadrice des pôles sera officialisé le 24 janvier en Conseil des ministres, selon une information de France Inter.

Ségolène Royal, ambassadrice des pôles, lors d\'une cérémonie en présence d\'Emmanuel Macron, à New Delhi, en Inde, le 10 mars 2018.
Ségolène Royal, ambassadrice des pôles, lors d'une cérémonie en présence d'Emmanuel Macron, à New Delhi, en Inde, le 10 mars 2018. (POOL / AFP)

"J’ai choisi sans hésiter de garder ma liberté de parler", écrit Ségolène Royal, mercredi 15 janvier. L'ambassadrice des pôles annonce ainsi sur Facebook qu'elle va être "licenciée". Franceinfo revient sur deux mois et demi de tensions entre l'exécutif et l'ancienne ministre de l'Environnement. Deux mois et demi pendant lesquels Ségolène Royal a multiplié les critiques contre la réforme des retraites, tandis que le gouvernement tentait de l'appeler à la réserve. Son départ doit être acté le 24 janvier en Conseil des ministres, selon une information de France Inter

Acte 1. Ségolène Royal critique des "réformes tous azimuts"

Ségolène Royal ouvre les hostilités le 3 novembre. Elle critique des "réformes tous azimuts, dont les Français ne comprennent plus la cohérence". Les Français souffrent d'"un sentiment d'abandon absolument réel", selon elle.

Elle attaque la réforme des retraites à venir, et déplore la crise que traverse actuellement le système de santé, "trésor qu'il faut préserver". Au sujet des "gilets jaunes", elle commente : "Le désordre qui est en France depuis un an doit prendre fin, il faut calmer les choses, il faut rassurer les Français, il faut remettre les réformes en perspective", poursuit-elle.

Il faut s'interroger sur le bien-fondé d'un certain nombre de réformes qui sont mal pensées, mal discutées, qui sont brutales.Ségolène Royalsur BFMTV

 Acte 2. Elle dénonce "la brutalité de cette réforme des retraites"

Deux semaines après le début de la grève contre la réforme des retraites, alors que les transports sont très perturbés, Ségolène Royal juge, le 19 décembre, sur franceinfo qu'Emmanuel Macron est "bien sûr" responsable de la crise actuelle. Elle dénonce "la brutalité de cette réforme des retraites". Selon elle, le projet doit être retiré, "c'est évident, ça crève les yeux".

Elle pointe "un gouvernement arc-bouté pour des raisons d’ego sur les annonces qu’il a faites", jugeant que l'exécutif "est beaucoup plus borné que l'ensemble des autres partenaires".

Interrogée sur les arguments du gouvernement, qui assure que sa réforme des retraites est avantageuse pour les salariés ayant des carrières "morcelées", Ségolène Royal estime qu'Edouard Philippe ment.

Le Premier ministre n'a pas dit la vérité (…) Ce système va une fois de plus pénaliser les femmes.Ségolène Royalsur franceinfo

Acte 3. Elle étrille Emmanuel Macron et le "monde du business mondialisé"

Ségolène Royal réagit, le 22 décembre, à l'annonce d'Emmanuel Macron, qui dit renoncer à sa future pension de président de la République. "La vraie question c'est de savoir s'il renonce à retourner après l'Elysee dans le monde du business mondialisé", réplique-t-elle sur Twitter.

Acte 4. Elle est convoquée devant l'Assemblée nationale

En novembre, l'hebdomadaire Le Point et franceinfo publient des enquêtes pointant le comportement de Ségolène Royal à son poste d'ambassadrice des pôles. Ces enquêtes l'accusent de se servir de sa fonction – pour laquelle elle n'est pas rémunérée – et de ses trois collaborateurs, financés par le ministère des Affaires étrangères, pour promouvoir des activités personnelles.

Deux députés UDI et LREM annoncent, le 24 décembre, convoquer Ségolène Royal pour qu'elle s'explique à l'Assemblée. Les députés veulent l'entendre sur "son absence à l'ensemble des réunions officielles au Conseil de l'Arctique qui se sont tenues depuis sa nomination" et "ses interventions médiatiques quasiment hebdomadaires sur la politique nationale", selon Christophe Naegelen, député UDI, cité par Le Figaro.

"J'ai reçu cette information le jour de Noël… Ça marque quand même une certaine fébrilité", réagit Ségolène Royal, le 29 décembre sur LCI. "Ils ne savent plus quoi inventer pour m'empêcher de parler", poursuit-elle.

Au passage, elle continue d'attaquer le gouvernement. Elle condamne "l'obstination du gouvernement à ne pas retirer sa mauvaise réforme", "qui prend les gens à la gorge, qui crée de la peur et des angoisses". Et de trancher : "Combien de semaines de pagaille ? On ne pouvait pas éviter ça ? Si !"

Elle juge également que les Français "n'ont pas été respectés" et qu’ils sont "fatigués de ces désordres", provoqués par "un rapport de force". Elle vise le chef de l'Etat, jugeant qu'il "se grandirait" à retirer la réforme, car "le rapport de force jusqu'au bout, ce n'est pas une façon moderne de diriger un pays".

Acte 5. Le gouvernement lui lance un ultimatum

La ministre de la Transition écologique, Elisabeth Borne, tape du poing sur la table sur franceinfo, vendredi 10 janvier. "Je note que madame Royal critique le gouvernement très fortement depuis quelques semaines, est-ce que c'est bien compatible avec un poste d'ambassadeur qui appelle une certaine réserve ? On peut se demander", déclare-t-elle. Elle enfonce le clou, le 12 janvier, et lance un ultimatum à Ségolène Royal lors d'une interview sur BFMTV.

Je pense que Ségolène Royal va devoir faire un choix.Elisabeth Borne, ministre de la Transition écologiquesur BFMTV

"Soit elle veut rester ambassadrice, et évidemment il y a un devoir de réserve, soit elle veut avoir sa liberté de parole (...) et dans ce cas il faut qu'elle ne soit plus ambassadrice soumise à une obligation de réserve", déclare la ministre.

Acte 6. Ségolène Royal s'estime licenciée

"Il est envisagé de mettre fin à vos fonctions au regard de vos récentes prises de parole publiques, qui mettent en cause la politique du gouvernement à la mise en œuvre de laquelle, en votre qualité d'ambassadrice (...) vous êtes étroitement associée", écrivent à Ségolène Royal les deux secrétaires généraux du Quai d'Orsay, François Delattre et Emilie Piette, lui rappelant son "devoir de réserve".

Ségolène Royal a publié le courrier sur Facebook, mardi 14 janvier.

Outre la divulgation de la lettre, Ségolène Royal s'estime licenciée : "Je comprends par cette lettre que le Président de la République va mettre fin à mes fonctions à un prochain Conseil des ministres."

Je n'ai pas l'intention de renoncer à ma liberté d'opinion et d'expression, garantie par la Constitution.Ségolène Royalsur Facebook

Olivier Faure, le chef de file du PS, dénonce ce licenciement sur Twitter : "Quand Ségolène Royal exprimait sa bienveillance vis-à-vis de la liste LREM aux européennes ça n'était pas un sujet. Quand elle s’oppose à la réforme des retraites, le gouvernement la menace de licenciement pour une mission bénévole."

Acte 7. "La mission accomplie sur l'Arctique prend fin"

Au lendemain de la révélation de ce courrier, France Inter affirme que le licenciement de Ségolène Royal en tant qu'ambassadrice des pôles sera officialisé le 24 janvier en Conseil des ministres. Sur Twitter, Ségolène Royal confirme que "la mission accomplie sur l'Arctique prend fin".

"Quand on est nommé ambassadeur par un gouvernement, on a un devoir de réserve, comme toute personne qui a une fonction dans le gouvernement", lui répond à nouveau la ministre du Travail Muriel Pénicaud, sur franceinfo.