Avec la hausse du prix de l'énergie, les bains-douches élargissent leur public : "On a même vu des propriétaires"

Ces salles de bain publiques et gratuites accueillent encore une majorité de sans-abris. Mais de plus en plus de personnes logées et n'ayant pas les moyens de payer l'eau chaude s'y rendent régulièrement. Reportage à Paris.

Article rédigé par
Thibault Delmarle - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Les bains-douches d'Oberkampf, dans le 11e arrondissement de Paris, en mai 2022. (THILBAULT DELMARLE / RADIO FRANCE)

Eddy et Ali, deux agents de la mairie de Paris en charge des bains-douches d’Oberkampf dans le 11e arrondissement, ont remarqué l’arrivée d'une nouvelle catégorie d'usagers. Des personnes qui ne sont pas à la rue mais qui souffrent de l'augmentation des prix de l'énergie. Ce service public est gratuit pour tout le monde, rapelle Eddy : "Il y a des gens qui ont des logements qui viennent aux bains douches, bien sûr. De plus en plus. Ils nous disent qu'ils n'ont pas trop les moyens parce que l'eau, c'est cher. Beaucoup de retraités aussi. Il y a des personnes handicapées aussi, qui ont des tout petits salaires, qui viennent ici pour prendre leur douche, etc". "Ils peuvent rester 40 minutes sous la douche, 30 minutes", ajoute Ali.

"C'est propre, c'est le principal"

Parmis ces habitués, Il y a Annie, une jeune retraitée qui habite le quartier. Elle était auxiliaire de vie et touche donc une toute petite retraite : "J'ai 75 litres de ballon, mais ça va vite, ça coûte trop cher. [Les bains-douches] ça fait des économies, j'ai pas trop d'argent. Ce n'est pas évident, donc je prends une douche ici, c'est propre, c'est le principal." 

Claire Levy-Vroelant, professeure de sociologie urbaine à l'université Paris 8, a mené une étude sur les bains-douches avant la crise sanitaire et cette tendance était déjà forte : "Presque la moitié des personnes que nous avions interrogées étaient logées dans des conditions qui les amenaient aux bains-douches. On a même vu des propriétaires ou des gens qui logaient dans le logement social, qui fréquentait les bains douches."

"Quand on est à 10 euros près, 15 euros près, 20 euros près, vous cherchez toutes les solutions. Et puis il arrive un moment ou vous ne pouvez pas arbitrer parce que toutes ces dépenses sont incontournables."

Christophe Robert, fondation Abbé Pierre

à franceinfo

La fondation Abbé Pierre fait aussi ce constat. Pour Christophe Robert, secrétaire général de l'association, il faut aider davantage ce public : "Il faut une réponse en argent sonnant et trébuchant. Je pense au chèque énergie dont nous appelons à un doublement du montant, notamment pour les ménages les plus modestes, pour que les personnes puissent passer le cap". À Lyon, la mairie estime que 10 à 15% des usagers des bains-douches ont un logement. 

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