Pourquoi les agriculteurs manifestent leur colère

Distribution de légumes, fumier déversé, opérations escargot... La FNSEA et les Jeunes agriculteurs mènent des actions, mercredi, dans toute la France, pour exprimer leur ras-le-bol. Francetv info s'intéresse aux racines de cette colère.

Un homme ramasse des pommes de terre déversées par des agriculteurs en colère, place de la République à Paris, le 5 novembre.
Un homme ramasse des pommes de terre déversées par des agriculteurs en colère, place de la République à Paris, le 5 novembre. (THOMAS SAMSON / AFP)

"Lâchez-nous la grappe !" Dans un contexte déjà tendu pour le gouvernement, qui doit notamment désamorcer la contestation liée au barrage de Sivens (Tarn), les agriculteurs organisent au son de ce slogan, mercredi 5 novembre, une grande journée de mobilisation nationale, à l'appel de la FNSEA et des Jeunes agriculteurs (JA).

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Des actions sont prévues dans presque tous les départements. Quelque 400 tonnes de fumier ont été déversées dans la nuit devant des mairies, conseils généraux et sous-préfectures du Nord-Pas-de-Calais, tandis que des centaines de tracteurs perturbent la circulation à Toulouse (Haute-Garonne). A Paris, les agriculteurs distribuent gratuitement des fruits et légumes.

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Francetv info revient sur les raisons de ce mouvement d'envergure nationale.

Un ras-le-bol face aux contraintes

"Ce que nous ressentons, c'est autant une crise morale qu'économique. Les paysans sont dans un état anxiogène. (...) On est devenu une agriculture complètement bureaucratique", a martelé Xavier Beulin, président de la FNSEA, mercredi sur RMC, dénonçant "des normes qui deviennent insupportables" et "des attaques permanentes, sur le bien-être animal par exemple".

Mais ce qui a déclenché la colère des agriculteurs, c'est l'élargissement de la directive nitrates (dérivés des engrais azotés). Elle a fait basculer près de 4 000 communes et 63 000 exploitations dans l'illégalité et impose des investissements pour limiter la pollution des eaux et une éventuellement prolifération d'algues vertes. Pour apaiser les tensions sur ce point, la ministre de l'Ecologie, Ségolène Royal, a pris le soin de publier un communiqué mardi, promettant d'éviter les contraintes injustifiées.

Un appel au patriotisme alimentaire face à la crise

Autre revendication : que l'Etat et les collectivités favorisent les produits français dans la restauration collective. Une vingtaine de Jeunes agriculteurs ont ainsi organisé, mercredi matin, une opération de contrôle des camions alimentant les cantines de Bercy. Ils y ont trouvé des "tomates du Maroc et des pommes d'Italie".

Depuis septembre pourtant, le gouvernement a tenté de donner des gages aux agriculteurs. L'écotaxe a été enterrée, 3,4 milliards d'euros d'aides de la politique agricole commune (PAC) ont été versées par anticipation à la fin octobre et mardi, Stéphane Le Foll, ministre de l'Agriculture, a promis un guide pour favoriser l'achat de produits alimentaires français dans les marchés publics.

L'embargo russe commence à leur coûter cher

Autre difficulté dénoncée par les agriculteurs, "l'effondrement des cours des céréales, du lait et des légumes, lié en partie à l'embargo russe sur les produits alimentaires", comme l'expliquait mardi le président de la branche locale de la FNSEA en Eure-et-Loire, lors d'une action à Chartres. Pour protester contre les sanctions occidentales dans le cadre de la crise ukrainienne, Moscou frappe, en effet, d'une interdiction totale, depuis le mois d'août, les produits alimentaires en provenance, notamment, de l'Union européenne.

La remise en cause du barrage de Sivens ne passe pas

Les agriculteurs sont encore plus remontés contre le gouvernement depuis que le projet de barrage de Sivens est officiellement remis en cause, et les travaux suspendus. Le projet, destiné à irriguer des terres agricoles et réclamé par les agriculteurs locaux, est défendu par la FNSEA.